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Les musiques en Turquie

Les musiques en Turquie

La musique turque est, avec la musique arabe et persane, un des principaux dialectes de la la lanque musicale propre au pays musulmans. Les changements survenus naguère en Orient ont permis de l'étudier avec plus de précision et on sait maintenant qu'elle se divisent en plusieurs branches distinctes. Les musiques en Turquie comprennent divers éléments issus de l'ensemble de la culture musicale populaire répartie en Asie Mineure, qui provient des peuples sous l'ancien empire ottoman, allant de la musique perse, aux influences balkaniques mais aussi de l'héritage de la musique l'ancien empire byzantin. Elle emprunte plus récemment différents genres musicaux de la musique occidentale contemporaine. La diversité musicale et des ethnies vivant et ayant vécu à travers l'histoire (et encore actuellement) dans ce pays est assez impressionnante.

Cosmopolité de Constantinople à Istamboul

Comme l’Empire ottoman s’étendait sur 35 états actuels et que Constantinople, la capitale, avait des représentants de tous ces pays qui habitaient en ville, il est clair qu’ils n’avaient pas laissé leur culture chez eux. De nos jours, les choses n’ont pas beaucoup évoluées finalement, puisque Istamboul est toujours aussi cosmopolite et que les nouveaux arrivants sont originaires non seulement des quatre coins de la Turquie, mais aussi des Balkans, du Caucase et du Proche-Orient. Dans ce pays, la musique traditionnelle reçoit de nombreuses influences culturelles alliant les inspirations ancestrales de l'Islam et de l'Anatolie aux apports de la modernité de la musique européenne. Cette musique tient une place très importante au sein de la vie traditionnelle en Turquie. Les styles de musique sont souvent rapportés comme très éclectiques.

La musique populaire traditionnelle

Longtemps dépréciées et ignorée, elle a été révélée par des recherches assez récentes dans l'histoire de la musique : elle représente la vraie tradition nationale ; elle est d'origine asiatique et ne se réfère pas à l'Antiquité grècque. Elle comprend une partie profane - dont deux branches sont un art de plein air, aux instruments bruyants qu'on appelle davoul et zurna.

Des sorte de ménestrels pratiquaient cette musique avec un instrument à corde pincée. Quand à la musique religieuse, elle est plus discrète confinée dans diverses confréries soufies.

La musique profane trouve sa plus haute expression dans les noces, dont les cérémonies durent parfois près d'une semaine...

La musique populaire traditionnelle (Türk halk müziği) est issue de la culture et des influences anatoliennes, celle qui parle directement au coeur de tous les Turcs en restant très attachés à l'identité profonde. Les accents en sont indissociables de toute célébration traditionnelle en Turquie. La musique classique ottomane, bien spécifique, se différencie de la musique classique arabe. Les compositeurs qui l'enrichissent sont originaires de nationalités très diverses. Les Grecs, les Arméniens, les Turcs, les Persans et les Juifs, les tziganes y mêlent leurs talents. Elle est associée  aux festivités, ainsi qu'aux rencontres familialesL'Ouest anatolien est généralement réputé pour des danses d'homme seul dont la forme cyclique présente des figures complexes semblant figurer l'exploit. Elles sont toutes construites sur des cycles mélodiques à 9 temps lents groupés 3+2+2+2, ou plus rapides, groupés 2+2+2+3. Ces danses sont nommées zeybek et, dans les fêtes de mariage, elles sont parfois chorégraphiées par deux, quatre hommes ou davantage, évoluant en cercle, dans le sens contraire au soleil.

Dans les régions d'Izmir, d'Aydin, et jusqu'aux contreforts du Taurus, ces danses connaissent également une grande fortune dans le cadre de groupes folkloriques associatifs, tout comme dans les collèges et lycées, où l'on forme des « équipes de zeybek ». Le président Mustafa Kemal Atatürk a même songé en faire la danse nationale de la Turquie républicaine. La danse de zeybek est vécue avec un état d'esprit particulier, non sans théâtralité ; elle est ritualisée. On a pu voir ainsi s'affronter deux « théories » du zeybek chez les folkloristes de Turquie : soit cette danse était rapportée à des origines centre-asiatiques et chamanistes, soit elle était la rémanence d'un culte initiatique apollinien

 
La musique sharki

Au XVIIe siècle, à une époque où la culture européenne influençait l'élite, la musique turque traditionnelle est devenue plus lyrique, plus sentimentale et très populaire.

Elle était associée à  une nouvelle forme de poésie, le sharki, dont les grands thèmes étaient ceux de l'amour non partagé et la nostalgie de l'être aimé. Le sharki, désignera par la suite la musique elle-même, et assimila des éléments de la musique classique turque comme les maqams
(gammes spécifiques utilisées pour l'improvisation). Le tempo est habituellement modéré voire lent.


La musique classique ottomane

C'est au 14ème siècle qu'il faut faire remonter la musique savante ottomane qui a toujours bénéficié de la bienveillance des sultans mélomanes dont certains, à l'image de Selim III (sultan de 1789 à 1807) étaient même compositeurs. Ils permirent ainsi l'essor d'une musique de cour. Les influences de la musique ottomane sont variées : elle prend sa source aussi bien dans la musique turque, arabe ou persane que dans la musique byzantine, arménienne voir tzigane. Moins connue, mais néanmoins déterminante, c'est sans doute à cette seconde strate qu'il faut imputer le caractère rationalisé et la particularité de cette musique savante. Les Ottomans étaient ainsi les premiers à utiliser une notation musicale de manière systématique dans le monde musulman.

La musique turque s’est développée dans plusieurs domaines distincts l’un de l’autre depuis l’époque seldjoukide jusqu’à nos jours : la musique classique élitiste, développée dans les zones urbaines, la musique populaire développée par le peuple anatolien à travers les siècles en tant qu’un moyen d’expression directe et la musique religieuse ainsi que la musique dite de “Mehter”. La polyphonie occidentale ne sera largement adoptée en Turquie, qu’après l’avènement de la République. Cette musique savante ottomane, (Türk sanat müziği) se caractérise par la multiplicité de ses influences turques, arabes, musique tzigane, kurdes, byzantines[1], arménienne[2] et persanes. Elle est pratiquée sous de multiples facettes dans les institutions suivantes de l'empire ottoman[3].

  • les orchestres militaires (Mehter)
  • les ordres soufis (Mevlevis) qui pour les profanes, ils évoquent la danse et la musique en Turquie, or les Derviches tourneurs ou Mevlevi sont une confrérie musulmane soufie des Awlawiyya fondée dans la ville de Konya depuis le XIIIe siècle par Jalal al-Din Rumi (poète persan qui a fondé la confrérie des Derviches Tourneurs) qui résumait sa pensée : « Tu as besoin de l'oreille du cœur, pas de celle du corps ».
  • les académies de la cour et des cercles d'élite ottomans (Enderun).

La musique turque peut désigner la populaire ou savante, pratiquée dans l'empire ottoman depuis le XIVe siècle (fondation de l'empire ottoman) et en Turquie depuis 1923 (fondation de la république turque). Extrêmement variée et raffinée sur le plan rythmique, cette musique composée par différentes influences remonte à l’Empire ottoman et se perpétue de nos jours. Cette musique est fondée sur le maqâm, un système modal qui permettent au musiciens d’explorer une gamme donnée sur le mode du taqsim qui constitue un mode d'improvisation, évoluant au sein d’une composition préétablie.

Les Grecs Zakharia Khanendeh et Petros Peloponnesios, le prince de Moldavie Demetrius Cantemir, le juif Tambûrî Isak Fresco Romano, et son élève le sultan Selim III sont les créateurs de musique classique ottomane les plus réputés. Les instruments employés sont originaires des musiques savantes byzantines et arabes. Le oud, le qanûn, le ney, le tambur, le santour, la kemânçe et le saz en sont les principaux représentants.

On retrouve dans cette catégorie, une musique militaire interptrétée par des janissaires qui constituaient un corps d'infanterie d'élite de l'armée ottomane qui possédait une fanfare qui jouait au palais du sultan, ainsi que pour l'appel à la prière, cinq fois par jour. Leurs instruments de musiques étaient des tambours, des boru, des zurna, et des cymbales.

La musique ney est le nom d'une musique classique turque qui s'est développée parmi l'élite de cet état au XVIe siècle. Les sultans et les nobles soutenaient les arts et favorisaient la création d'académies de musique, dont certaines parmi celles-ci étaient liées aux Mevlevis (musique des derviches tourneurs). Pour les cérémonies religieuses, cette secte utilisait une flûte de roseau appelée ney souvent accompagné du bendir. Une des caractéristiques de la musique turque est la notion d'une improvisation en solo des parties vocales et instrumentales dont l' interprétation commence par quelques phrasés brefs, autour de l'un des tons fondamentaux, dans l'une des nombreuses gammes traditionnelles appelées maqams. Ensuite, le thème se développe graduellement autour des interprétations du maqams par le chanteur. On retient parmi ces maqams ceux composé par bey Ismail Hakki composés au XVIIIe siècle ou plus récemment Kudsi Erguner.

 

Entre influences chrétiennes orthodoxes et arabes

Les Ottomans surent s'approprier des techniques de la musique savante byzantine, inspirée de l'Eglise orthodoxe et de la théologie des Pères de l'Eglise qui employait les gammes de l'Orient méditerranéen afin d'accompagner les textes bibliques. La musique ottomane s'inscrit dans une aire culturelle qui se démarque cependant de celle de l'Occident. La musique arabe a joué une certaine influence, notamment par le biais d'instruments tels que le oud ou le qanûn. C'est entre 13ème et le 15ème siècle que le centre de gravité de la musique savante se déplace de la sphère d'influence des arabes abbassides vers le centre turc ottoman, après la prise de Bagdad par les Mongols en 1258 et à la chute de Constantinople en 1453. L'élitisme musical recherche alors le mécénat des sultans ottomans. L'originalité de la musique savante ottomane est fondée sur le maqâm, qui correspond à une organisation des échelles mélodiques. Ce système à l'avantage de permettre une part d'interprétation libre au musicien qui, à partir d'une composition fixée d'avance, explore une gamme donnée sur le mode du taqsim (l'équivalent d'une improvisation).

 

Des fanfares des janissaires aux musiques des soufis

Si les influences sont multiples, les interprètes de cette musique reflètent également l'hétérogénéité des couches sociales qui composaient la société ottomane de l'époque. L'auteur du "Mecmûa-i Sâz ü Söz", Ali Ufkî Beg, était par exemple un musicien d'origine polonaise de renom fait prisonnier en 1633 par les Ottomans. Initié à la musique ottomane il accéda à la cour du sultan dont il devint un des principaux musiciens. La musique savante ottomane se distingue enfin par les différentes branches auxquelles elle a donné naissance: le mehterhane, le mevlevihane, l'enderun et le meshkhane. Le mehterhane correspond à des orchestres de type militaire tel que les fanfares des janissaires. Les mevlevihane, musique d'inspiration religieuse, renvoie aux ordres soufis et à leur expression telle que la danse mystique samâ, les hymnes ilâhi. L'enderun est le versant le plus aristocratique de la musique ottomane puisqu'il fait référence aux cercles de l'élite ottomane et à l'académie musicale de la Cour (Enderun ). Enfin, le meshkhane est d'ordre plutôt privatif car il renvoie aux académies où les disciples se réunissaient autour d'un maître de musique.

 

Quelques modes de la musique d’art turque

  • Hicâz
  • Huzzâm
  • Beyâtî
  • Huseynî
  • Karcighar
  • Peykisafa
  • Segah
  • Acem
  • Bestenigâr
  • Buselik
  • Dugah
  • Nihâwand
  • Rast
  • Sabâ
  • Hisar-Buselik
  • Sâz-Kâr

 

Musique arabo-turque sous l'Empire Ottoman

Le syrien Omar Sarmini et Dogan Dikmen participent à une sorte de réconciliation traditionnelle assez puriste permettant malgré tout une liberté d'improvisation, en effet Julien Jalâl Eddine Weiss réunit autour de l’Ensemble Al-Kindî de grands maîtres turcs, azéris et persans. Résonnent ainsi tanbur et kamantché ottoman aux côtés du nay, luth et qânoun arabes en retrouvant l’interprétation la plus juste et la plus raffinée de la musique arabe, telle qu’elle devait être jouée à Alep durant l’âge d’or de l’Empire Ottoman.

La musique kurde

Situé à l'exacte frontière du monde persan, turc et arabe écartelée jadis par des barrières féodales, aujourd'hui par des frontières d'ordre étatiques cette musique très ancienne joue son rôle de gardien de la mémoire en relatant via les épopées et certaines oeuvres de la littérature lyriques écrite, afin d'être mieux mémorisé et transmis à la postérité.[4]

Sur le plan des échelles musicales, du rythme, peu de choses distinguent la musique kurde d'Iran, de la musique iranienne, par exemple. Les répertoires turcs et kurdes ont adapté aux mélodies de l'un les textes de l'autre et inversement.

La musique traditionnelle du Kurdistan est parfois définie comme la somme du fond mésopotamien et des multiples influences qui l'ont modelée au cours des siècles. Le maqam des Arabes et des Turcs, les dastgah persans y ont naturellement oeuvré, l'ont enrichie, dans une démarche, d'ailleurs, d'échange réciproque [5]. La musique kurde n’est ni une musique érudite, ni une musique populaire, mais souvent décrite comme les deux à la fois avec une prévalence du fausset dans le cadre de son exécution vocale.[6] L'utilisation du Maqam ou Dastgah permet la composition musicale laissant une large place à l'improvisation.

Cette musique kurde est une musique populaire davantage tournée vers la danse et la fête qui a l'origine était vocale, elle évoque des thèmes comme la nature, l’amour, la joie, la guerre et la beauté, en oubliant pas celui de l'érotisme[7].

Dans la vie culturelle des Kurdes, écartelés jadis par des barrières féodales, aujourd'hui par des frontières étatiques la musique est amenée à jouer, en plus de ses rôles habituels, un rôle de véhicule privilégié, remplissant une fonction sociale précise et fondamentale. Des chroniques d'histoire à la poésie lyrique en passant par les épopées et certaines oeuvres de la littérature écrite, tout est chanté, tout est mis en musique afin d'être mieux mémorisé et transmis à la postérité.

La musique kurde est donc principalement une musique populaire et anonyme. Les circonstances de son élaboration sont en fait très diverses et difficiles à préciser. A l'origine, purement vocale, la chanson est composée souvent par une femme désireuse d'exprimer ses sentiments de tristesse ou, plus rarement, de joie. Elle peut aussi surgir au cours des joutes poétiques auxquelles se livrent les jeunes gens et les jeunes filles sur les sentiers des retour d'alpages, de même qu'à l'occasion d'autres réunions de jeunes: rencontres nocturnes sur la place du village, festivités commémorant le Nouvel An, cérémonies de mariage qui peuvent durer de trois jours à trois semaines. Ou bien encore, elle sera créée sous le coup d'évènements tragiques.[8]


Instruments de musique dans la musique kurde en Turquie:

La musique kurde se caractérise, sur le plan instrumental, par la prépondérance des instruments à vent, l'absence totale d'instruments à archet-si fréquents dans les musiques populaires turco-mongoles-ainsi que celle des instruments à cordes frappées et de la flûte traversière, autre instrument répandu en Orient. Les instruments principaux sont:

1. La blûr ou flûte de berger est l'instrument de base dans la musique populaire. Tuyau sonore taillé dans un rameau de mûrier ou de noyer, la blur ne possède ni encoche, ni anche. Sa fabrication étant rustique et souvent peu soignée, elle n'a pas de dimensions standard. On peut tout au plus indiquer quelques ordres de grandeur: elle comporte soit sept, soit neuf trous équidistants, à l'exception du dernier, séparé d'un intervalle plus grand de l'avant-dernier trou. L'ouverture est à l'arrière. La longueur de la blur varie de 40 cm à 60 cm et même parfois davantage. Le rayon intérieur du tuyau est de l'ordre de 0.9 cm, son bout supérieur, qu'on tient entre les deux lèvres, légèrement à l'oblique, est en forme de cône tronqué. Le flûtiste doit en fait chanter dans son instrument et le rôle de la respiration est primordial. Jouée souvent en solo, la blûr accompagne assez fréquemment des chants d'amour et des chants épiques. Et il n'est pas rare, qu'associée à l'erbane (tambour de basque à une une peau), elle accompagne aussi les danses et les dilok dans les villages de montagne, sans oublier qu'elle sert aux bergers de moyen de communication avec leur troupeau.

2. La dûdûk qu'on appelle encore fîq est surtout utilisée dans les vallées et hauts plateaux de la région kurde septentrionnale en Turquie. On la trouve également dans les musiques de certains peuples du Caucase (Arméniens, Azerbaidjanais, etc.).

3. Le tenbûr, ou luth kurde est l'instrument le plus populaire de cette catégorie. Il en existe en divers modèles et dimensions. Le tenbûr le plus courant a une caisse de résonnance en forme de demi-poire (taillée dans du mûrier), six cordes métalliques pincées avec un plectre, un manche en noyer d'environ un mètre portant six chevilles et 32 ligatures non équidistantes et ajustables. Sa table de bois n'est pas percée. Le jeu de tenbûr n'appelle en principe pas l'adjonction de la percussion. Il est du reste utilisé seul pour accompagner des chants traditionnels de la plaine et surtout les chansons politiques où son usage est devenu général. Quand il accompagne des chansons de divertissement et de danse, il est parfois soutenu par le dembilk (tambour en poterie), notamment chez les Kurdes de Syrie et d'Irak. Cette " mode " tend à se propager également dans les villes méridionales du Kurdistan de Turquie.

Une des représentante actuelle de la musique vocale kurde est Aynur (née en 1975 dans la province turque de Tunceli), sa carrière a connait un succès très controversé lors de la sortie de son album Keçe Kurdan, en 2005, cet album est temporairement censuré par les autorités turques en 2005. Des artistes tels Shivan Perwer, les frères Kamkar, Dilshad, Bese, ont réussi à donner à cette musique une audience internationale.

Contexte politique en Turquie quant à la diffusion de la musique kurde

Les Kurdes ne jouissent d'aucune liberté culturelle au sein de leur patrie. L'état turc ne leur reconnaît pas le droit à l'autodétermination dont devraient jouir toutes les petites ou grandes nations allant jusqu'à interdire au peuple kurde l'usage de leur langue, l'exercice de leur culture, et de dispenser un enseignement dans les écoles en langue kurde, les journaux ou les émissions de télévision en langue kurde ou même, partiellement, d'écouter leur musique. L'objectif poursuivi est d'assimiler les Kurdes aux Turcs en Turquie[9]. Malgré les persécutions le peuple kurde a maintenu presque inaltérées les caractéristiques millénaires de sa langue et de sa culture traditionnelle : habitudes, usages, costumes, musique et danse.

La musique arménienne

L’Arménie s’étendait autrefois par-delà ses frontières actuelles jusque sur les territoires turcs. Comme tous les peuples de Turquie, ceux-ci ont créé une musique aux influences multiples, fondée sur la tradition des asug, des bardes qui sillonnaient les régions et se rendaient de village en village[10]. Parmi les meilleurs représentants actuels de la musique traditionnelle arménienne d’Anatolie on peut citer Knar qui est produit aussi chez Kalan Müzik.

La musique azérie

L’Azerbaïdjan, situé à l’Ouest de la mer Caspienne, fait partie du Caucase et non de l’Asie Centrale. Cependant, sa population est turcophone et d’origine centrasiatique, et l’influence iranienne est également très forte. Les azeris ont incontestablement un patrimoine culturel composé d'éléments turcs, iraniens et caucasiens.

La tradition musicale azérie remonte aux bardes appelés Ashiqs, une vocation qui survit encore de nos jours. Les ashiqs jouent du saz (un type de luth) et chantent des dastans ("ballades", "épopées"). Les autres instruments de musique utilisés sont le Tar (un autre type de luth), le Kamancheh, le duduk, le dhol (percussion).

Chez les musulmans sunnites, la musique reste extérieure au fait religieux, considérée comme un simple divertissement réservé surtout à la fête sociale par excellence, le mariage, où se transmettent surtout les airs à danser. Mais des occasions plus intimes peuvent donner prétexte à la fête musicale, comme les veillées d’antan, désormais remplacées par des réunions entre amis, avec quelques saz, à l’écart.

Avant que la laïcité ne libère peu à peu la musique des préjugés négatifs, on faisait souvent appel à des musiciens du dehors, tsiganes par exemple, pour les fêtes. Mais dans bien des campagnes, les paysans eux-mêmes assuraient jusqu’à aujourd’hui la musique des mariages de leur région.

La musique classique azérie, appelée mugham (modèle d’organisation mélodique, harmonique et parfois rythmique), consiste souvent en une performance chantée émotionnelle. Les compositeurs Uzeyir Hajibeyov, Gara Garayev et Fikret Amirov ont créé un style hybride qui combine la musique classique et le mugham. D'autres Azéris, notamment Vagif Mustafa Zadeh et Aziza Mustafa Zadeh, ont mixé le jazz et le mugham. Certains musiciens Azéris ont reçu un bon accueil de la critique internationale, comme Rashid Behbudov (qui pouvait chanter en huit langues) et Muslim Magomayev (une pop star de l'époque soviétique).

En Iran, la musique azérie prend un chemin différent à celui de la Turquie. D'après le chanteur iranien azéri Hossein Alizadeh, "la musique en Iran, historiquement, a toujours rencontré une forte opposition de la part des religieux, la forçant à devenir confidentielle[11]. Le résultat en est que la plupart de la musique azérie iranienne est aujourd'hui pratiquée en dehors de l'Iran parmi les communautés en exil.

La musique traditionnelle azérie reçoit, avec le livre de Jean During, une partie de l'attention qu'elle mérite sans conteste. Dans cet ouvrage fort bien documenté, et amplement fourni en exemples musicaux, Jean During ne se limite pas à l'examen des aspects techniques, historiques ou purement musicologiques de la musique azerbaïdjanaise. Il prend, bien au contraire, soin de situer la pratique musicale dans son contexte géographique et culturel où les apports de maintes civilisations ont contribué à la constitution du fonds musical azéri. Un des grands mérites de Jean During est, précisément, d'avoir su, à chaque pas, mettre en évidence la spécificité de la tradition azérie par rapport aux aires culturelles persane, arabe ou turque-ottomane.

La musique tzigane

Les peuples tziganes issus du nord-ouest de l'Inde émigrent successivement vers l'Asie du Sud-Ouest avant de s'établir en Europe de l'ouest. En Turquie, ce peuple importent et développent harmonieusement leur propre tradition musicale. Leur musique est une musique festive interprétée habituellement à l'occasion des fêtes ou autres cérémonies et propose une grande virtuosité instrumentale. Le maqam permet l'ornementation mélodique et l'improvisation notamment dans le taksim, ou succession de mélodies improvisées. L'instrument de prédilection est une cithare trapézoïdale appelée kanun, accompagnée régulièrement par un apparenté à la vièle appelée kemence, un oud à manche court, mais aussi l'introduction de la clarinette et la derbouka.

Le Fasil, est une musique enjouée et très élaborée qui a les mêmes origines que la Türk Sanat Müzigi. Les orchestres sont en principe tziganes, quelques fois « rum », c’est-à-dire, des Grecs d’Istamboul. On peut l'écouter dans les Meyhane (quartier désservant de fameux restaurants de mezze et de poisson), comme le Kallavi, le Galata, le Despina ou Ahtepot.

La musique contemporaine turque

La naissance de la musique contemporaine turque est initiée dans les années 20 par Mustafa Kemal Atatürk dans le contexte de la fondation de la République et de son arrimage culturel à la société occidentale[12].

Le puissant chef d'état voyait dans les nouvelles compositions de la musique moderne de son pays comme « enracinée dans l’héritage national » et l'adapte à de nouveaux styles musicaux «à l'occidentale», et charge cinq musiciens dont Adnan Saygun qui est alors envoyé en mission culturelle en Europe.


Compositeurs

Parmi les principaux compositeurs de musique ottomane on pense à Buhurizade Itri (1640-1711), Hamparsum Limonciyan (1768-1839), Dede Efendi (1778-1846), Haci Arif Bey (1831-1885), Tatyos Efendi et plus récemment Adnan Saygun (1907– 1991).


L'arabesk

L’Arabesk est une musique de variété, d’influences orientales, fort appréciée parmi les classes sociales défavorisées de la population. On l’entend souvent sur les ondes radio et télévisées, et est omniprésente et fidèles à leur culture d'origine mais attirés par les rythmes entraînants de l'Occident. Les chanteurs les plus connus sont : Ibrahim Tatlises et Mahsun Kirmizigül.

Si l'on doit tenir compte de l'importance sociale d'une musique qui n'est pas transmise ni par la radio, ni par la télévision de l'Etat, mais diffusée seulement à travers la reproduction sonore de millions de cassettes, on doit admettre le fait que l'émergence de ce qui est considéré comme l'expression de la dégradation culturelle et musicale est le phénomène le plus singulier et le plus contradictoire de la scène musicale turque actuelle. L'arabesk, la musique préférée par une large couche de population immigrée de zones rurales et montagneuse du pays ou dans les zones urbaines les plus peuplées comme Ankara et Istanbul. Dans cette chanson commerciale, pleine de sentimentalisme et de fatalisme, la présences d'instruments de musique, de timbres et de rythmes "arabes" et la vocalité du Sud Est turc, beaucoup plus proche du style syrien et irakien que celui d'Istanbul, nie la séparation nette du monde arabe marquée par la chute de l'empire ottoman et l'achèvement de la République Turque.

La Türk pop

Dans la même lignée, la Türk pop est un genre musical spécifique à la Turquie, qui se rapproche de la dance occidentale bien que la musique folklorique assez bien conservé dans le pays. On assiste à des mélanges étonnants. Ainsi, une évolution plutôt avant-gardiste donne des sons orientaux bien adaptés à une musique moderne du genre house ou garage. Ce fabuleux mélange, dont le sens des paroles est tout aussi superflu que dans la musique anglo-saxonne envahissante, attire les foules branchées dans des temples de la techno. Ici, on est loin d’une mondialisation dictatoriale ! la Türk pop, est un genre musical spécifique à la Turquie, proche de la dance.

Diverses musiques d’inspiration occidentale

On rencontre diverses musiques d’inspiration occidentale : comme la musique classique, la chanson, le jazz, le rock turc, ou encore le rap.

Le rock, en vogue dans le monde entier, l’esprit “beat”, se propage à partir des années 1960 avec notamment les Beatles qui ont touché directement les jeunes générations et cette évolution avait été suivie en Turquie par des jeunes groupes de musique.

Cette vogue, qui s’infiltre d’abord par l’intermédiaire de paroles turques sur des compositions occidentales cèdent vite le pas aux compositions originales qui synthètisent les éléments de la musique légère occidentale et ceux de la musique populaire turque et qui mettent l’accent sur la créativité, la musicalité et l’interprétation artistique.

Parallèlement à cette évolution, un grand marché de musique s’est créé ces dernières années, accompagné d’une explosion des ventes de cassettes et de CD. Notamment les ventes de cassettes de musiques pop et rock, en vogue auprès de la jeunesse du pays, montent en flèche. Plus de cent millions de cassettes de musique locales et importées sont vendues tous les ans en Turquie. Dans le domaine de la musique pop des chanteurs tels que Tarkan, Baris, Manço, Sezen Aksu, Nilüfer, Sertap Erener, MFÖ, Sebnem Ferah et Teoman, dans le registre du jazz on découvre Kerem Görsev, Ilhan Ersahin, Nükhet Ruacan, Gürol Ag(irbas, Okay Temiz qui connaissent un franc succès.

Sertap Erener qui a représenté le pays le 24 mai 2003, dans 48e concours de chansons Eurovision à Riga, capitale du Lettonie, avec le titre en anglais sous le titre d’Every Way That I Can remporte le premier prix en Turquie pour la première fois.

Le rap en Turquie 

 


Ceza de son vrai nom Bilgin Özçalkan, est un rappeur turc né en 1977 à Üsküdar (Istanbul). Il est toujours considéré comme le rappeur istambouliote de référence. Son premier succès s'intitule Istanbul  (2001, époque où il était membre du  groupe Nefret avec Dr Fuchs. Il avait d'abord participé à plusieurs projets musicaux, notamment en 1998 avec Dr. Fuchs le groupe Nefret. 

Il décrit la banlieue où il évolue  est thème récurrent dans le parcours des rappeurs et les turcs ne semblent pas échapper à cette règle. La chanson transpire l'urgence avec un beat très rythmé, accentué aux passages critiques du scratching. Le flow est rapide et rythmé par l'alternance entre le deux chanteurs. Malgré au départ,  une promotion difficile de l’album, due probablement au départ pour le service militaire de Dr. Fuchs et à la crise économique turque de 2001. L’album se vend bien et devient l’album de groupe de rap turc le plus vendu à l’étranger et en Turquie.


Instruments de musique

Certains des instruments de la musique classique ottomane sont repris de la musique savante arabe tels le oud, le qanûn. D'autres instruments sont le Ney, le tambur, le santour, la kemânçe, ou le saz. 

Citons :

  • bağlama ;
  • clarinette ;
  • cura ;
  • çümbüş ;
  • darbuka ;
  • davul ;
  • divan sazı ;
  • kanun ;
  • kaval ;
  • kemençe ;
  • ney ;
  • ud ;
  • saz ;
  • tanbura ;
  • violon ;
  • zurna.

Liens internet


Notes et références

  1. ↑ système musical complet employant la riche palette des gammes de l'orient méditerranéen pour la mise en valeur de textes bibliques et hymnographiques qui exprime magnifiquement la théologie des Pères de l'Eglise. Cette musique s’est imposée dans l’Eglise Orthodoxe mais aussi comme musique savante du vaste Empire Byzantin
  2. ↑ fondée sur la tradition des asug, des bardes qui sillonnaient les régions et allaient de village en village. A travers leurs poèmes et leurs chants, ils faisaient part de ce qui se passait dans les régions voisines. De ce passé commun, la musique turque a gardé des traces, de la musique arménienne
  3. ↑  "Hossein Alizadeh Personal Reflections on Playing Tar"Azerbaïdjan International, Hiver 1997 (consulté le 11 juin 2006).
  4. ↑ Son travail original intitulé "Essai sur la musique orientale ou explication du système des modes et des mesures de la musique turque", est aujourd'hui perdu mais il a fait l'objet d'une publication de plusieurs dizaines de pages en allemand dans le journal viennois Aestetische Rundschau en 1867 par le musicien autrichien Auguste von Adelburg.

Bibliographie

  • Borrel, Eugène: La musique turque (suite), in Revue de Musicologie, n° 5-8 (1923), pp 26-32,.
  • Borrel, Eugène: La musique turque (suite), in Revue de Musicologie, n° 5-8 (1923), pp 60-70,.
  • Borrel, Eugène: La musique turque, in Revue de Musicologie, n° 1-4 (nouve (1922), pp 149-161,.
  • Jerôme Clerc Musiques de Turquie, Actes Sud, Collection Musiques du monde, 2000, 195 p., 18.29 euros
  • Jean During, La musique traditionnelle de l'Azerbaïdjan et la science des muqams, Baden Baden et Bouxwiller,  Editions Valentin Koerner, 1988, 220 p.

 

Mario Scolas, auteur de cet article