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Les thèmes du malhoun

Les thèmes du malhoun

Parmi les thèmes abordés par la poésie du Malhoun, on trouve les « Tawassoulât ». Dans les recueils, ce sont des poèmes mystiques, composés par de grands hommes du soufisme tel le théologien Laamiri et Sidi Abdelkader el Alami, garant de Fès, qui est considéré comme un des plus grands mystiques du Maroc. Il a composé un ensemble de pièces poétiques évoquant le désir de se fondre dans l’essence divine et des poèmes à la louange de l'Elu, que le salut et la bénédiction de Dieu soient sur lui. Ces textes, aux images les plus belles qui soient, ont touché la conscience de tous les arabes car ils ont été composés en arabe classique dans un style non moins beau que celui du poète soufi Ibn al-Farid ou d'un autre de ses comparses puis mises en musique. Ce dernier a exprimé l'amour divin et le désir d'union mystique dans une langue qui fait appel au vocabulaire de l'amour profane. Et nous disons que notre dialecte marocain avec toutes ses différences est capable, plutôt il est fait pour dire l’amour et déclarer “le sentimental” et le “charnel”.

Mohamed Benslimane, parlait de la beauté des filles de la ville de Fès.

Auteur : Mohamed Ben Slimane -interprète : Cheikh El Hadj M'hamed El Anka

Istikhbar :

  • Ô échanson, le soleil du soir s'est incliné vers son couchant son aspect a changé, le crépuscule lui a imprimé sa couleur d'or
  • Avec ses atours, il s'est posé avant de s'éclipser semblable à brocart d'or lumineux
  • Il a décoché ses flèches transperçant l'horizon.
  • Puis, il a regagné sa demeure et il disparut.
  • Alors, les Amants en furent comblés

bayt :

  • la nuit, le sommeil m'a fui
  • A cause de l'indifférence de celle que j'aime, Cet être qui habite mon coeur me rejette.
  • Ô amis, que dois-je donc faire ?
  • La passion sur mes épaules est un lourd fardeau qui m'est insupportable.
  • Aucun remède pour soulager mon mal ni de médecin, habile comme vous le dites, pour répondre à mon attente.
  • Pourquoi cela mon Dieu, pourquoi ?
  • Quand donc grâce à l'affection, mes os brisés par la séparation seront-ils rétablis ?
  • Elle remplissait ma coupe
  • La splendeur était là, au milieu de la chandelle, des friandises et de l'extase du vin
  • Le cheval, les gazelles, les amis et les livres réjouissent la vie, et qui ne les aime pas est méprisable; il n'a rien vu ni retenu : il doit avouer son inexpérience.

refrain -bayt :

  • L'amour et la passion m'ont interpellé : ils m'ont ravi la raison et j'en devins esclave.
  • Hélas ! l'amoureux ne connaîtra la quiétude jusqu'à sa mise en bière.

refrain -bayt

  • Ô Dieu, le bien heureux, épargne-moi, Toi qui as guéri Job et sauvé le vénérable Jacob.
  • Pardonne-moi mes péchés, ô Dieu à la grâce pérenne.

refrain -bayt :

  • Mes propos sont sensés, réfléchis et reconnus par les cheikhs; je suis leur humble serviteur leur obéissant à la lettre, et suivant le droit chemin.

refrain -bayt :

  • Dites à l'ignorant de demander pardon (à Dieu) et de quitter la mer des vanisés.
  • Que Dieu me préserve des menteurs.
  • Je suis toujours maître de moi et je demeure sans faiblesse dans le droit chemin.

Natif de Fès, ce bouillonnant poète s'est laissé griser à travers un de ces poèmes dont nous parlons aujourd'hui. Il est à noter que le “moi” des poètes du malhoun est très fort à l'instar des grands poètes arabes. Le vocabulaire puisé dans les termes guerriers sont purement symboliques car ils sont signe de virilité, de bravoure et tant de vertus masculines. Il ne faudrait pas voir dans cette “vantardise” une quelconque prétention. Les poètes s’affrontaient à coups de vers assimilés à des épées dans l'arène de la poésie. Bien que pieux et ayant une connaissance profonde du Saint Coran, ils ne s'écartaient pas de la joie de vivre en signe de gratitude envers le Créateur.

Le terme « Tawassul » désigne les poèmes d'invocation dans lesquels l'adorateur se confie avec ferveur à son adoré. C'est un thème poétique qui comprend les poèmes de louange, d'action de grâce, d'invocation et de gratitude envers Allah, exalté soit-il. Apparaissent également des poèmes de remords, de retour à Dieu et d'imploration du pardon divin, ainsi que toutes sortes d' autres thèmes religieux dans lesquels l'artiste se retourne sur sa vie, pleure ses erreurs et ses faux pas.

  • La louange : Elle peut être religieuse ou mondaine. La première s' adresse au Prophète, à sa noble famille, à ses compagnons, aux saints, mystiques et hommes de Dieu. Quant à la seconde, elle s’adresse aux rois du Maroc et aux grands de ce monde qu’ils soient hommes de religion, nobles, bienfaiteurs ou savants.
  • Les recommandations : Ce sont des poèmes d’exhortation et des poèmes didactiques, les thèmes qu’ils abordent se recoupent parfois avec ceux des « Tawassulât » ; les plus belles pièces étant celles dans lesquelles l'artiste interpelle les gens en général, ou bien une personne particulière à travers laquelle il s’adresse en fait à lui-même.
  • Les « printaniers » : Ce sont de splendides tableaux de la nature, décrivant le plus souvent la luxuriance du printemps. Les pièces renferment beaucoup de noms désignant toutes sortes d’arbres, de plantes, de fleurs et d’oiseaux. Mais si le thème mis en exergue dans ce genre est la description de la nature au faîte de sa magnificence, de sa splendeur, ornée de sa plus belle parure, les poètes qui l'ont traité en ont rarement pour autant négligé l’éclat de la beauté féminine, qu’ils ont rêvé dans des pièces galantes appelées « Ochaqi ».
  • Le « ochaqi » : Constitue la poésie amoureuse du Malhoun. Les poètes populaires y ont excellé, décrivant les différents états émotifs engendrés par l'éloignement de l'être aimé, sa rencontre, la séparation, le rendez-vous, les soupirs, les pleurs et la joie.
  • Le « saqi » :Ce sont des poèmes bacchiques qui célèbrent la bonne compagnie, les réunions entre amis, la gaieté suscitée par le vin. Le poète a ici innové et laissé libre cours à son imagination. On trouve dans ce genre des images ravissantes, représentant superbement le rapprochement de la coupe aux lèvres. Évoquant le fait de boire du vin avec vanité, blâme ou bien encore s’en détournant malgré son attrait. Il y a aussi des poèmes dans lesquels le vin n’apparaît que comme symbole mystique, sans qu’il y ait absolument aucun rapport avec la boisson que l'on nomme « vin ».
  • La thrène (el-Rithâ’) : Appelée aussi « Azou », le poète y exprime sa douleur, consécutive à la perte d’un être cher, d’un proche, d’un chef patriote, d’un homme de culture, d’un artiste ou d’un héros.
  • La satire (Hajou) : Elle est lancée pour attaquer un traître, un imposteur, un harpagon, mais il constitue aussi un moyen de flétrir les parasites et les plagiaires en règle générale, pour faire apparaître leur faiblesse et leur vice.
  • La « Tarjama » : Humour et moquerie, pouvant parfois dévier vers une forme de racisme. Le poète s’y attaque à la charlatanerie, aux faux devins, à la cupidité et à tous les défauts et pratiques détestables qui laissaient perplexe l’élite cultivée.

le Malhoun ne se limite pas seulement à de belles paroles, mises en poèmes à la magie enchanteresse, il est bien plus, avec tout cela, un riche trésor culturel pour la mémoire universelle, maghrébine en particulier ; c'est un livre ouvert qui nous parle des péripéties de l’histoire, un dictionnaire fidèle qui protège la langue du splendide Maghreb. Il est devenu au cours de son histoire, la mémoire vivante des évènements qui ont marqués notre monde, l'histoire universelle des humains, mais aussi les choses plus cachées du monde de la matière. Il parle de thèmes très actuels comme le racisme, de politique, de l'attention portée aux parents, parle de religion. Le malhoun parle des temps anciens des Arabes et des temps modernes. Le malhoun joue dans ce sens, un rôle pédagogique non négligeable. Une Qasida Malhoun (genre Khsam) raconte même avec humour, le conflit entre le téléphone fixe et le téléphone mobile, interprétée avec brio par l'artiste marocain Abdelali Briki. (extrait de l'émission Chada El Alhan, 2M, 2005).