Majid Soula (né à Ait-Soula, en 1956) est un chanteur et musicien kabyle.
Biographie et évolution musicale
Il a abordé la musique dès son enfance en fabriquant lui même une guitare qu'il a lui même fabriquée par lavec ses moyens de bord.
Dès 1980, il se taille une réputation auprès d'un plus large public avec " Icerqed yittij".
Il avait alors déjà sorti un disque microsillon intitulé : "Gulagh".
Doué par lé goût de la création musicale, il est propulsé sur l'avant-plan du monde artistique et est reconnu pour la qualité du sérieux de son travail d'artiste.
Discret et passionné, il est parmi ces artistes agissant peu par la parole pour taper fort par le concret en allant de l'avant et en se propulsant sans frein dans la matrice des cœurs sensibles pareil à un jet de lumière nous inondant l'âme et les yeux.
Tel un halo, sa musique rayonne et fraie le chemin menant droit à la contagion des cultures, là où fusionnent les éternelles amours et les sempiternelles ententes. Il se nourrit de la culture berbère, c'est sa source et la culture kabyle le guide et le laisse agir à sa guise.
La qualité n'est pas dans la quantité et un bon travail demande et du temps et de la patience...
Il a su marier traditionnel et modernité !
Résolument africaniste, il va « butiner » des sonorités
du continent pour les marier subtilement avec la musique berbère. Il en résulte des mélodies douces et reposantes voire mystiques. Universaliste, Soula l’est aussi par son ouverture d’esprit, le
mélange d’instrument et de musiciens multiculturels qui l’entourent le prouve. Son pays est l’Algérie mais son talent et sa musique sont sans frontière.
Majid Soula, c’est une voix d’une finesse et d’une élégance étonnante avec une diction impeccable qui se coule avec aisance sur la musique berbéro-africaine. Il chante, avec une sobre ferveur,
des poèmes d’amour, de la vie sociale etc. Ses mélodies sont tendres et pétillantes. Il réussit le pari d’innover la musique Kabyle sans altérer la substance essentielle du patrimoine
ancestral.
Majid Soula est un artiste complet : c’est un auteur qui écrit et compose avec une facilité déconcertante. « C’est la musique qui me cherche » avoue-t-il modestement. Soula est inspiré au sens le
plus profond du terme. Aussi choisit-il la chanson pour s’épanouir et laisser parler son âme. Majid Soula, c’est une voix d’une finesse et d’une élégance étonnantes avec une diction impeccable
qui coule avec aisance. Il chante avec une sobre ferveur l’identité Amazigh (berbère de Kabylie ), des poèmes d’amour, sur la vie sociale, la liberté, la laïcité,...
Discographie
2006 : Zidane ( version française et kabyle )
2004 : Dihya
2002 : Kabylie, mon amour
1990 : Assif aisi ( le fleuve de aissi )
1987 : Times ( le feu)
1985 : Arrac u uzekka ( génération de l’air)
1982 : Massinissa ( le roi massinissa )
1980 : Icerq ed yitij ( le soleil brille)
Il se produit régulièrement à l'étranger avec des trournée en Russie, Suède, Angleterre, Hollande, Canada, Belgique, France...

Le Zénith de Paris accueillera un grand évènement le 3 avril prochain. Un plateau berbère royal y est prévu en hommage à l'immense Kamel Hamadi, l'artiste aux 2 000 chansons, pièces de théâtre et opérettes.
Le rendez-vous rassemblera les trois générations de la chanson berbère dans un geste de témoignage pour ce que doivent la culture et l'art kabyles à cet illustre artiste, une pensée qui
revisitera fièrement la richesse et la diversité de son répertoire artistique.
Toutes les icônes de la chanson kabyle seront là pour lui. De nombreux chanteurs kabyles seront en effet présents pour rendre hommage à la vedette de Yidem alama yefna lâamar (avec toi jusqu'à
la fin de ma vie), dont Cherif Kheddam, Idir, Lounis Aït Menguellet, Ferhat Imazighen Imoula, Taleb Rabeh, Mouloud Zedak,
Malika Domrane, Mohamed Alaoua ...
Massa Bouchafa (Madame Bouchafa) est une chanteuse algérienne, une star de la chanson.
Elle est décrite comme la femme libre qui a épousé la chanson kabyle et en a fait
un instrument pour casser les tabous dans une société de son temps conservatrice.
Elle est l'enfant prodige de la région de Aïn El Hammam, où elle a vu le jour en 1964. Ses chansons sont généralement des airs de fêtes emplis d'optimisme ("Tamaghra").
Née en 1964, en Kabylie, elle est l'une star de la chanson populaire kabyle. Douée pour la chanson, dotée d'une sensibilité développée pour la mélodie Berbère elle caresse très jeune le milieu de la musique et est irrésistiblement attirée par le chant, c'est cette attirance qui va déterminer irrémédiablement la suite de son existence. A six ans, dès le primaire, elle fait son entrée dans la chorale de village grâce à sa voix originale et à la force de son timbre vocal.
Après une brillante carrière en Algèrie, elle s'est fait connaître en France , où son public revient régulèrement l'applaudir.
Sa musique est composée par l'auteur-compositeur M'hend Bouchafa, son époux qui rend les compositions authentique. Massa chante la fête, mais surtout un profond engagement qui s'inscrit dans la défense et l'amélioration de la condition féminine et véhicule la culture berbère, à travers ses chants, sa sublime tenue de spectacle accompagnée de danse folklorique. Ainsi, elle évoque dans une certaine joie et solennelité envoûtante , tout le malaise et le stress de la société kabyle, algérienne.
Habillée de robes traditionnelles très colorées et scintillantes, la diva interprète de nombreuses chansons. Elle se fait connaître en chantant à l'université de Tizi-Ouzou lors du neuvième anniversaire du printemps berbère en 1989. Elle a aussi chanté un hommage à Mouloud Mammeri.
Beggar Hadda, également appellée Hadda El Khancha, (née le 1 juin 1921 à Drean dans la willaya de Souk Ahras) est une célèbre chanteuse algérienne qui a eu sa période de gloire dans la seconde motié du XX ème siècle. Elle était l'une des plus éminentes personnalité du chant des Aurès aux côtés de Aïssa Djermouni et de Ali el-Khencheli.
Originaire de Souk Ahras, elle a vécu entre Annaba, Souk Ahras et Boukhadra conne pour la musique chaouie et charqui. Beggar Hadda apprend le genre chaoui et charqui de Aïssa Djermouni et cheikh Bourega sans chercher à les imiter. Elle a plutôt innové cheikh Bourega participait avec elle dans des concerts aussi artiques que joyeux.
Côtoyant le chantre Aïssa Djermouni et cheikh Bourega, Beggar Hadda, a donné le plein de son talent plus d'un demi-siècle durant. Elle a chanté la vie, l'amour et les peines de la région; Beggar Hadda est connue par sa célèbre chanson "Aya Djebel Boukhadra"
Elle termine sa vie, très malade, dans l'adversité , la misère, et vécut telle une mendiante !
Aujourd'hui, Tarab Production a décidé de vous présenter Lounis Aït Menguellet. Mais nous direz-vous, est-il bien utile de présenter encore Aït Menguellet ?
Car selon le plus grand écrivain algérien Kateb Yacine : « ...incontestablement Aït Menguellet est aujourd'hui notre plus grand poète. Lorsqu'il chante, que ce soit en Algérie ou dans l'émigration, c'est lui qui rassemble le plus large public ; des foules frémissantes, des foules qui font peur aux forces de répression, ce qui lui a valu les provocations policières, les brimades, la prison. Il va droit au cœur, il touche, il bouleverse, il fustige les indifférents... ».
Le propos de Tarab Production est aussi de vous toucher et de vous bouleverser.
Aït Menguellet , un auteur compositeur interprète de mélodies engagées, réalistes et poétiques que nous sommes heureux d'inscrire dans notre catalogue avec la complicité et l'amitié de B. Ounassar, figure de proue des éditions Cléopâtre.
Said el
Meftahi
Tarab Production
Bibliographie
Aït Mokhtar, Abdelkrim: La poésie chantée de Lounis Aït Menguellet ou le miroir éducateur d'une société désarçonnée, in Horizons Maghrébins,
n° 47 (2002), pp 50-57, .
Puisant son inspiration dans le répertoire de "l'Espagne des trois cultures" et de la tradition orale du bassin méditerranéen, Romances, Cantigas, chants arabo-andalous font partie de son répertoire. Elle est devenue l’une des références vocales du chant traditionnel.
Née en Alsace de parents expatriés d'Algérie, elle est élevée par une grand-mère bercée dans la tradition orale des chants de Kabylie. De cette terre ancestrale que son père dut quitter, elle livre à son public l'expression d'une universalité des émotions intègres, des sentiments éternels et des temps forts de la vie.
En 1990, Hayet Ayad créé l'ensemble Wayal avec lequel elle enregistre "Voix de la Méditerranée médiévale" et "Chemins de Troubadours". Puis, c'est la naissance de l'association Djazal dont le nom signifie émouvoir par la voix, marquant l'apparition d'un nouveau souffle artistique.
En 1991, avec Jean-Paul Linder, elle est à l'initiative de la création du Festival International "Voix et Routes Romane" à Strasbourg.
En 1997, elle est désignée "Voix de l'année" par la Spedidam, dans le registre des musiques du monde et traditionnelles.
En 2001, la Fondation Alsace (créée en 1985, qui s'est donnée la mission de mettre en lumière le foisonnement de projets initiés et menés en Alsace.)l ui décerne le prix de l'artiste interprète de l'année.
En 2002, elle est invitée par "the Boston Camerata" dirigé par Joël Cohen à l'enregistrement du disque "Cantigas" dans la ville de Fès au Maroc. Ce disque est primé par la Fondation Edison Award. La même année, elle crée le spectacle "Mawal" avec l'Orchestre arabo-andalou de Fès, dirigé par Mohamed Briouel. Ce concert sera donné en avant première dans la cathédrale de Strasbourg devant 2000 personnes.
En 2003, elle crée et présente le spectacle "Mounia Dounia" dans lequel elle interprète ses propres textes en français et en kabyle.
En 2004, elle crée le spectacle en solo "Chants de la Tassaout" inspiré de l'ouvrage de René Euloge, qui avait été envoyé comme instituteur dans le grand Atlas marocain, et qui avait découvert la Haute Tassaout, vallée du bout du monde, l'une des plus sauvages, des plus grandioses et des plus belles de cette région. Il parcourt ainsi le la région, apprend la langue berbère, l'arabe et se passionne pour ce pays.
En 2006, elle séjourne en Andalousie et entame un travail de recherche sur le patrimoine arabo-andalou.
De cette résidence naitra son spectacle «Jardins d'Orient» avec le musicien et musicologue marocain Amin Chaachoo. Ainsi que son dernier disque éponyme. Un des creusets de la musique andalouse, le répertoire de Tétouan, s’articule à la fois autour des chants populaires et de la nouba andalouse. Des influences telles que la taqtouqa jabaliya et le gharnati sont ainsi mêlées. Musicien tétouanais d’origine andalouse, Amin Chaachoo a été élevé dans une ambiance traditionnelle et nostalgique, bercé de l’évocation du lointain passé où le Maroc et al-Andalus formaient une unique civilisation, ô combien raffinée. Cette éducation lui a permis de s’initier à la musique andalouse dès son jeune âge.
En 2007, elle crée le spectacle « Chant de l'âme » qu'elle présente en solo accompagnée d'une bande son originale.
Elle laisse ainsi libre place à l'improvisation, dans une ouverture constante de création relié à l'instant présent.
Elle permet ainsi par l'énergie de sa voix, de créer au delà de l'apparent des passerelles d'Amour via son chant.
De nombreuses représentations en Europe, aux États-Unis et dans le monde arabe ont été l'occasion de collaborations et de rencontres qui la placent parmi les artistes recherchées du monde musical méditerranéen.
Source
http://www.hayet-ayad.com/
Jaâfar est un chanteur kabyle connu pour mettre de l'ambiance. Je vous fais découvrir son tube de l'été 2008
intitulé Ne m'en veux pas
- un duo original très entraînant aux rythme recommandé pour les fêtes
Mourad Guerbas (né le 25 juillet 1975, à Irdjen dans la daïra de Larbaâ Nath Irathen près de Tizi Ouzou) est un jeune chanteur Kabyle. Il est surnommé le prince des fêtes Kabyles, mais est également capable d'interpréter un répertoire proche du hawzi et du chaâbi comme dans Farej Arabi Farej (Regardes Dieu, regardes !).
Biographie et évolution
musicale
Il entreprend des études jusqu'en terminale et effectue un stage en hôtellerie comme réceptionniste et revient à sa première passion : La chanson et débute sa carrière artistique en animant des fêtes et des galas en kabylie.
En 2000, il commercialise son premier album intitulé " Kker a Tuzyint a N Rruh
".
Propulsé par le succès tonitruant de ce dernier, il édite je pense à toi, je pense avec le label discographique Izem. Cet opus contient 9 chansons aux sonorités de fête. Il chante l'amour dans tous ses états, l'union impossible et compatit aux déboires de la jeunesse. Cependant, il n'omet pas de d'émailler sa poésie de messages d'espoir, de happy-end en sacralisant l'union durable et le noble sentiment.
Depuis, il multiplie les galas, ne connaissant pas de répit, notamment en été.
envoyé par Kabylie69120
Incontestablement, dans les toutes prochaines années, la chanson d'expression kabyle portant le label « spécial fête » qui fait pratiquement cavalier seul ces dernières années, aura un
sérieux concurrent : le rap.
Ce mouvement qui a pris naissance dans les ghettos américains ne peut être vu comme un simple genre musical à la mode ; ses acteurs (chanteurs et fans) adoptent un comportement et un mode de
vie qui bousculent les habitudes de la région, ce qui les confronte à une campagne de dévaluation que connaissent tous les nouveaux entrants dans un champ déterminé.
De nos jours, la Kabylie compte de nombreux chanteurs et groupes de rap aux appellations on ne peut plus insolites : Index, Sens Interdit, Taifa2, Kamikaz, MC Kabyle, RAPACE, FUGI, KARIM
MTM, PSYCO MOUSSA, YAZDINE, KF, OSM, RDF et la liste est encore trop longue.
A écouter les chansons de ces jeunes artistes, c'est loin d'être de la simple imitation de ce qui se fait par les rappeurs occidentaux. On aimerait bien accompagner cet article de documents
sonores afin de mieux apprécier le travail de ces jeunes créateurs qui méritent bien mieux qu'une campagne de dénigrement.
Toutefois, le rap, comme nous l'avons si bien précisé plus haut, ce n'est pas seulement un genre musical ; c'est un véritable mouvement juvénile, un phénomène de société qu'il faudrait
traiter comme tel.

Le rêve américain
Il faut dire que les
employés municipaux ont du pain sur la planche ; ils repeignent plusieurs fois par années les murs des quartiers à cause principalement des graffitis des jeunes admirateurs de rap. A chaque
fois qu'on les efface, on revient à la charge pour en mettre d'autres. Même si dans la plupart des cas, ces graffitis sont de véritables oeuvres d'art, le message obscène, violent chers au
mouvement underground qu'ils transmettent ne sont pas du goût des autorités et des citoyens.
Ce mouvement artistique est perçu comme une sorte de liberté retrouvée par les jeunes fans qu'on peut reconnaître à leur tenue vestimentaire branchée, du genre baskets montantes, casquette à
visière longue, lunettes noires, tee-shirt ou débardeur d'athlètes, jean large gommé ou bagguet, ne se gênant pas à esquisser en plein rue, quand ça leur chante, des mouvements de breakdance et
de smurf aux chants de raggamuffin ou de rap, captivant ainsi le regard étonné des badauds.
Boukhalfa, l'un des breakdancer de la ville d'Akbou, regrette qu'il n'y
ait pas de coordination entre chanteurs, danseurs et organisateurs de spectacles afin de mobiliser tous les acteurs pour le bien des admirateurs de rap.
Même les enfants des écoles primaires n'échappent pas à la frénésie du rap. Les témoignages de nombres d'instituteurs des différentes villes de la wilaya de Béjaia sont tout simplement
surprenants. Les fêtes scolaires, du primaire jusqu'au lycée, deviennent de véritables tribunes pour les élèves qui chantent le rap, ce qui forcément déplait aux responsables éducatifs qui
préfèrent plutôt des chansons éducatives.
On retrouve les noms de célébrités du rap partout : sur les tables des classes, les cartables, les cahiers... L'identification de ces jeunes passionnés à leurs idoles est telle qu'ils
mettent même sur leurs adresses électroniques ou dans les salons de discussions virtuelles des pseudos de leurs chanteurs préférés .
Quand les meufs y
mettent du sien
Les
jeunes filles ne sont pas en reste. Elles aussi forment de joyeuses bandes qui travaillent les mots, le verbe jusqu'à la diatribe qui en dit long sur les joies et les frustrations de jeunes
filles urbaines. Le rap leur collent à la peau, de leur façon de se vêtir hip-hop jusqu'à leur démarche décontractée. Souvent, elles portent les mêmes vêtements que les garçons, marchent comme
eux en se dandinant comme des canards, roulant du torse et des épaules laissant au vestiaire toute féminité. Une façon de se fondre dans le groupe de s'identifier à sa tribu, de crier au monde
qu'on est à part et que l'on compte bien se faire respecter dans ce monde qu'on a choisi et dans lequel on se sent bien.
D'autres fois elles gardent la grâce et la féminité mais prennent leurs distances face aux garçons et restent entre filles formant des clans qui se confrontent au féminin excluant définitivement
la gent masculine de leurs concours et de leurs jeux verbaux.
Comment le rap est arrivé en Kabylie ?
«En fait,
chanter le rap en kabyle, c'est rendre à la Kabylie ce qui lui a toujours appartenu : la chanson contestataire », nous dit
Zineddine du groupe Sens Interdit. Pourtant, il y a seulement quelques années, le rap ne représentait, aux yeux de la plupart des mélomanes de Kabylie qu'un boucan insipide. La
thématique du village avec ses champs, sa fontaine, ses femmes, ses amours, ses ruelles étroites, sa société, ses interdits, etc., détenait une place de prestige dans la chanson kabyle.
L'exode rural de ces dernières années se fait sentir même dans les sujets qu'abordent les jeunes chanteurs d'aujourd'hui en général et les tout nouveaux rappeurs kabyles en particulier. On
constate qu'il y a plus de chanteurs (édités ou non) et de passionnés de rap dans les villes et bourgs qui se sont développées ces dernières années, tels que Sidi Aich, Ifri Ouzelaguen,
El-Kseur, Akbou, Béni Yani, Larabaa Nat Irathen, Tazmalt... que dans les autres grandes villes de la région.
Ces centres urbains constituent un espace d'interface entre le rural et l'urbain. Les rappeurs qui sont le reflet de cette nouvelle donne sociologique abordent crûment et sans tabou aucun des
sujets liés à l'amour, à la politique et au quotidien des jeunes des cités.
Historiquement, on peut situer la naissance du mouvement rap en Kabylie vers le début des années 90. Mais ce n'est qu'au début des années 2000 que ce mouvement y a pris de l'ampleur. Les
événements qui ont endeuillé cette région du pays en 2001 ont donné une forme plus nette à ce genre de chanson engagée.
Par ailleurs, le développement des moyens de communication a permis l'expansion rapide de ce phénomène à travers la Kabylie , à l'instar de beaucoup de régions du pays. Les jeunes chanteurs
qui, dans la plupart des cas, n'ont pas les moyens d'éditer, peuvent mettre en ligne leurs chansons sur Internet et être écoutés des internautes. Une façon de faire une auto-évaluation avant de
sortir un disque sur le marché.
L'assassinat de Matoub, ce chanteur engagé dans lequel se reconnaissent les acteurs du rap kabyle, comme nous avons pu le constater sur le terrain, a été aussi un détonateur pour le rap qui est
originellement engagé, rebelle et anticonformiste.
Beaucoup plus subversif, le rap a apporté des modifications fondamentales à la chanson
kabyle contestataire. Comparativement à leurs aînés, les rappeurs engagés « appellent un chat un chat », pour reprendre l'expression de Karim MTM.
« Non, nous ne
sommes pas des délinquants ! »
« Le rap, plus que tout autre genre musical, permet de canaliser la violence et l'imaginaire. Je pense qu'exprimer la violence en chanson diminue son
expression dans la société. Je le dis en connaissance de cause ! », nous dit Youva, rappeur et étudiant à l'université de Béjaia. Et de poursuivre : « Ce serait une faute
grave que de tenter de réduire le rap à la seule expression incitant à la haine, la violence, la toxicomanie, l'abus sexuel, etc. C'est une façon de tourner le dos à cette jeunesse, à ce qui la
différencie des autres et à ses aspirations réelles... ».
Il est sans doute vrai qu'en labellisant le rap comme une musique avant tout violente et brutale. L'effet atteint par cette vision réside dans la négation de toute message conscient, élaboré et politique qu'aurait pu véhiculer les rappeurs.
Dans les quelques années à venir, les pouvoirs publics et les politiques de la région tenteraient sûrement de récupérer le rap qui présente plusieurs intérêts dont sa capacité d'atteindre une jeunesse difficilement accessibles par les canaux politiques classiques. Cette jeunesse rongée par le chômage et le mal vivre qui trouvent dans cette chanson, une sorte d'antidote à ses maux.
Rap kabyle ou rap en
kabyle ?
Le rap kabyle se distingue par l'originalité et la
spécificité de son verbe, de sa verve et de son langage, qui puisent directement dans le vocabulaire de la rue. Ce sont des mélanges de dialogues hargneux et de poésie qui sont des tranches de
vie urbaine, des fables contemporaines récitées sous la forme de chroniques journalistiques qui rendent compte, mieux que quiconque, d'une réalité sociale au goût amer.
Sur le plan de la forme, l'influence des travaux de Takfarinas et de Rabah MBS se fait clairement sentir. Ces deux chanteurs ont le mérite d'avoir initié le rap dans cette variante de la langue
amazighe en lui donnant le goût du terroir.
Contrairement aux autres chanteurs kabyles, les jeunes rappeurs d'aujourd'hui privilégient le message à la langue. Fini le temps de la langue élaborée et de la poésie, la dichotomie, une réalité
sociolinguistique algérienne est exhibée comme une sorte de fierté. On n'hésite pas à chanter en kabyle avec plein d'empreints d'arabe, de français et d'anglais.
Citons en exemple ces trois expressions tirées au hasard du dernier album d'Index :
1-Jamais ad tsugh l'passé (Jamais je n'oublierai le passé)
2-Profite di ddunit tant que mazal-ik jeune (Profite de la vie tant que tu es jeune)
3-Tout le monde s'en fiche, awi-d kan atsilidh riche (l'essentiel est que vous soyez riche).
Un chanteur de l'ancienne génération aurait dit au lieu des trois expressions citées (sans tenir compte de la rime) :
1-D lmuhal ad tsugh ussan iâaddan.
2-Fares di tudert skud mazal mezzeyyedh.
3-Hedd ur s-tewqiâ, awi-d kan ad tesâodh adrim.
Ceci dit, certaines chansons de rap sont bien élaborées et nous nous étonnons de constater que des jeunes de moins de 20 ans maîtrise si bien la langue de Mouloud
Mammeri.
En conclusion, en formulant les joies, l'angoisse, le désespoir ou le mal-être, le rap donne une voix aux jeunes ; leur permettant ainsi de revendiquer, de communiquer sous la forme la plus
simple et la plus accessible : un microphone, une platine et quelques disques.
auteur : Karim Kherbouche
Sources avec l'autorisation de
publication de Damia
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