Mercredi 12 novembre 2008
La tradition de la musique classique arabe côtoie d'autres traditions musicales en Turquie, en Iran et en Asie
centrale. Des points communs existent. Contrairement à la musique européenne, qui a développé depuis la
Renaissance des harmonies tonales, la musique classique iranienne est modale et essentiellement vocale et improvisée.
Cette musique de cour repose sur 12 modes parfois hériteé de l'époque Sãssãnide(qu'on appelle en langue arabe maqam). Chaque mode est composé de plusieurs thèmes mélodiques (gushé).
Largement improvisée, elle est organisée en une série de modes, appelés dastgah constituant un système autonome, comprenant des brèves séquences mélodique appelées gusheh, (les musicologues en ont répertorié plusieurs centaines degusheh) qui possèdent leur propre identité modale. Ils sont mémorisés par les musiciens et
constituent le point de départ de l'improvisation.
Il semble que la musique persane ait perdu plusieurs de ses modes rythmiques mentionnés dans les écrits historiques du temps des empires Perse et Arabe. Aujourd'hui la rythmique (fixe) perse
utilise de simples 2, 4, 6 ou 8 temps. En Perse il existe toujours une tradition classique (en voie de disparition) pour de la musique basée sur des mesures poétiques plutôt qu'une structure fixe
occidentale.
La musique perse moderne (et probablement celle plus ancienne) fait grand usage d'improvisation mélodique et rythmique en utilisant le «tar». Le tar est un instrument à cordes couvert d'une peau
semblable à (et probablement l'ancêtre de) l'oud. La version perse du tambour en forme de calice se nomme «zarb», «tombak», «Dombak», c'est l'un des instruments de percussion du Moyen Orient les
plus intéressants et subtils; il est plutôt moderne car il commence à apparaître dans les dessins artistiques de musiciens à partir du 19ième siècle. Les joueurs de zarb produisent une grande
variété de sons en utilisant une technique complexe de jeux de doigts sur la peau du tambour et aussi en frappant et frottant des anneaux sur le corps ondulé du tambour, en accompagnant les
instruments à cordes durant les mesures fixes, et aussi en improvisant des solos.
Le répertoire vocal et instrumental sont alternés durant leur exécution. Comme dans la musique du Maghreb et du
melhoun, la poésie et la musique sont fortement liées : il s'inspire essentiellement mais non exclusivement de textes
poétiques persans médiévaux. La richesse des répertoires musicaux est influencé de des traditions du patrimoine et des musiciens les plus
influents. Les mouvements complexes en 10, 14 ou 16 temps n'ont plus été joués après la fin de l'empire Safavide ; aujourd'hui, la plupart des morceaux
sont joués en 6 ou 7 temps au maximum. De nombreuses mélodies et modes peuvent se retrouver dans les mugham azéris et dans les Maqâm arabes et turcs.
Les musicologues attribuent à Barbod, musicien de la Cour Sassanide
l'invention le système musical du Moyen-Orient. Ce système est également connu sous le nom de Khosravani royal, dédié au roi Khosro II. De nombreuses appellations des modes utilisés actuellement dans la musique classique iranienne, les dastgahs, dateraient de cette époque et se sont transmises oralement.
Ce n'est qu'au cours du XXème siècle que la musique traditionnelle a été partiellement écrite en partition. De par
cette tradition orale plusieurs modes et mélodies ont disparu définitivement. Certains exposés attribuent cela à une époque où les souverains au nom de
l'Islam bannissait la musique, en effet après la conquête des arabes en Iran et jusqu'à la fin du premier siècle du gouvernement Islamique, toutes les musiques étaient interdites (dans les
années 11 à 41 de l'hégire lunaire). Entretemps, les mystiques soufies continuaient à jouer un rôle majeur dans la protection de la musique, au travers
notamment de leurs rites particuliers. Le sama’ et sa diffusion dans les assemblées de soufis joue un rôleimportant dans
l’histoire de la musique iranienne et l’on peut dire que c’est cette forme de musique qui a permis la sauvegarde d’une grande partie du patrimoine musical.
Avec le gouvernement des Bani Ommayeh, la musique regagne sa liberté. A l'époque des gouverneurs Abbassi, la musique
théorique et nationale de l'Iran Islamique arriva à son sommet. Les savants comme Farabi, Ave Sina, Khadjeh Nassireddine Toussi, Ebne Zeileh, Safieddine Armavi, Abdol Ghader Maraghi réalisent des
recherches, publient des des études exposant des thèses théoriques et pratiques sur la musique.
Cette musique est corporatiste et relève d'une relation d'un élève à un
maître. Ces apprentis et maîtres (ostad) avaient traditionnellement une relation privilégiée qui s'est perdue au cours du XXème siècle avec le déplacement de l'enseignement de la musique dans les
universités et les conservatoires et l'avènement des partitions, sous l'influence occidentale.
Le vocaliste joue un rôle crucial : c'est lui qui décide de l'ambiance à exprimer et qui choisit le dastgah correspondant à celle-ci.
Il est aussi responsable du choix des poèmes (issus de la poésie classique) qui vont être chantés. Si le morceau requiert des instruments, le chanteur est accompagné par au moins un instrument à
corde ou à vent et au moins un type de percussions.
La musique classique iranienne continue à jouer son rôle spirituel comme au début de son histoire, et ne joue aucun rôle récréatif.
Les compositions peuvent varier immensément entre le début et la fin, alternant entre des pièces contemplatives et des démonstrations spectaculaires du brio du musicien, appelé
tahrir.
Les textes religieux des paroles ont été remplacés par des poésies
des mystiques médiévaux comme Hafez et Rumi comme le fait l'Ensemble Dastan.
Sources
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