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Qasida "Zhou" - délectation - Si Thami MDAGHRI

Qasida "Zhou" - délectation - Si Thami MDAGHRI

ZHOU - DÉLECTATION

Si Thami MDAGHRI

 

Écoute la description des filles en diadèmes,

Leur splendeur ensorcelle et me rend blême !

Sublime beauté anéantit sans pitié ,

Lançant des rafales de brindilles d’osier,

Se déhanchant drapées de senteurs et de lances,

Tel vaisseau de corsaire qui s’élance.

La nuit se mire sur les noires chevelures,

Se jette à l’assaut du crépuscule en pâture.

Le jour affaisse ses ailes fracassées

Dans l’obscurité tel chevalier blessé,

Ou duvet de corbeau en cours de pesée,

Terrassant un archer par Dieu pulvérisé,

L'abandonnant noyé dans des flaques de sang.

Les chevelures arpentent tel serpents

Et réverbèrent les joues de rouge lampant.

 

Et scintille sous la chevelure le front !

Tel Saturne ou plutôt Soleil de plomb !

Des cils et des sourcils jaillissent des lances

Qui accentuent de mon cœur la souffrance !

Et les yeux ensorceleurs et accapareurs

M’assaillent me pourfendent et me laissent rêveur

Leurs tirs surpassent les fusils de Freeman*!

Des pommettes un feu si ardent émane

Seraient-ce des rayons d’or qui se meuvent

Ou blanc ivoire qui dans le sang s’abreuve !

Le nez, aigle impérial entre fleurs et or

Entre musc et verres de vin haut le corps !

 

Les bouches, havres de perles et de corail

Leurs eaux suaves me troublent et m’assaillent

Les dents comme giboulée de grêle déferlent

Les cous, me rappellent troupeaux de gazelles

Sur les hauteurs alertes guettant les chasseurs,

Ou paons ottomans dans leur splendeur.

Sous les robes d’une beauté légendaire

Les épaules émettent de fulgurants éclairs

C’est bien le glaive de Moulay Abderrahnane !

Mais les poitrines ! Marbre royal et idoine

Arborant des pommes et des grenadines

 

*Freeman;célèbre armurier britannique

Des coings et des oranges de si belle mine !

Les tatouages ! Calligraphie de Tlemcen !

Un docte barbier y a dessiné des chaînes.

 

Et les ventres que surplombent les nombrils

Où six plis et replis accentuent mon péril

Tel un autre sein que yeux ne sauraient voir

Le soustraire aux regards hagards est un devoir !

Mais les cuisses ! Des arcades de Carthage

Ou des aloses qui accentuent ma rage

Les mollets ! Quelle splendeur ! Quelle vigueur !

Beurre et fraîcheur sur ordre du Seigneur !

Leur rouge écarlate transperce les cœurs

Si fines sont trois d’entre elles et trois charnues

Trois élancées trois sveltes et trois bien menues

 

Trois sont brunes et trois ont la peau si blanche

Écoute moi bien et que ton cœur s’épanche !

Et trois autres bien grasses et bien potelées

Mais trois autres sont si sveltes et bien moulées

Ah ! Les poitrines ! Oh ! Les fronts ! Ah ! Les yeux d’amande

Ces bouches rondes et ces nez qui me pourfendent !

Mais leurs cous et leurs chevelures si longues

Les seins menus l’allure fière me haranguent !

Quelle joie ! Je suis au comble du bonheur !

Pupilles, pommettes et dents quelle blancheur !

Noirs les iris les sourcils et les chevelures

Les joues roses et les langues qui fulgurent

 

Criaillent les tailles les ventres et les bassins,

Mais de pierre sont les poitrines et les seins !

Charnues les fesses les cuisses et les épaules

Nez oreilles et doigts d’une finesse folle

Yeux joues et paumes d’une splendeur extrême !

Telle est ma description des filles aux diadèmes

Comme leurs voix sont bien timbrées et si douces

Si pleines de bon sens et de noble source

Elles portent de belles toilettes et des couronnes

Aux valeurs que Chine et Inde ne soupçonnent !

Et que détiennent corsaires qui arraisonnent !

 

N’oublie pas de t’enivrer de cette jeunesse

Bien née éduquée et pleine de noblesse.

Étoiles célestes inondent de lueurs

Leurs ceintures et boucles d’oreilles à toute heure

Où tous les anneaux sont sertis de diamant

Les belles tenues de soie portées fièrement

Aux couleurs écarlates et sultanesques

Les caftans boutonnés on ne voit rien presque

Cordons galons de coton nattes et tresses

Ornent leurs têtes baignant dans l’allégresse

Ne rappellent-elles pas les branches d’osier

Ou du paon la roue dans jardin princier

Ou bouquet de fleurs aux couleurs rutilantes !

Enivre tes yeux de la beauté des baccantes

Laisse les mules vautrées dans leur turpitude

Ces scélérats méritent la décrépitude !

 

Passons dès lors à la description des chevaux

Le Slimani blond crinière blanche sans défaut

Et sa jument à la couleur aurifère

Et le brun couleur des coraux de la mer

La brune abyssine aux couleurs qui fascinent

Le grisonnant et la grise sa concubine

Et le noir et si fougueux cheval gnaoui

Et sa jument aux hennissements inouïs,

Son aïeul jouit de prestige au Soudan !

Le cheval verdâtre pour les jours trépidants

Et la jument verte parcourant les campagnes

L’intrépide cheval bleu et sa compagne

Et le galet fond de rivière et sa sœur

Le moucheté de taches blanches le charmeur

Le métallisé et sa sœur l’irisée …

 

N’oublie pas le cheval couleur aubergine

Et sa campagne à la robe purpurine

Prévois le rose et sa sœur, les dragons

Prévois le plus écarlate des étalons

Et le sablé, noble monture des anciens

Et sa belle à la queue noire et longue o combien !

Le moucheté, sa sœur sans hésitation,

Et l’irascible étalon fauve comme un lion

Sa jument jaune telle l’éclair en action

Car ils courent plus vite que nous ne voyions !

Cite les chevaux combatifs et les plaintifs,

Je suis de cette race si admiratif !

 

Chevaux dont les cœurs des arabes s’éprennent !

Lemzirgui, Bouragba , Bounguab le sans gêne,

Lemghafri cheval si cher aux dromadaires,

Et Lekhili aux yeux si limpides et clairs

Lehlafi et le Issaoui et le Hajji

Le voir battre des sabots ! Quelle magie !

Lemnii et le Abdi à l’allure fière,

Et la grâce et la légèreté de l’air

Laazri Bouchama et Douiche me hantent

Boudaroua , Jarbou , des frères qui ne se démentent !

Comme la robe du Haimar est éclatante !

Le Jamii le Dlimi et le Sahli m’enchantent

L’albâtre et le cheval à la voix stridulante

Le Aidi le Bleu impétueux redoutable,

Le Zwiwal et le Marin aux sabots d’érable

 

Un aperçu sur l’anatomie des montures ?

Longs sont les avants bras la tête et l’encolure

Courts sont le dos les jambes et les paturons

Quelle belle harmonie, j’en reste délirant !

Mais si fins sont les naseaux et les oreilles

Musclées les fesses la croupe et le poitrail

Omniprésentes les jambes, soudés les reins

Mais bien larges les épaules et le chanfrein

Fendues les bouches, les lèvres minces et lisses

Les orifices du bout du nez, un délice !

Fortes les arcades et les yeux bien gros

Larges les épaules bien forts les garrots

Majestueuses les gouttières et les joues

Les boulets et les sabots sont de vrais bijoux

C est l’anatomie du cheval sans rajouts !

 

Reins phalanges silhouettes longilignes !

Tailles fines encolures en col de cygne !

Croupes et échines ! O races équines !

Sur votre valeur nul ne lésine !

Gorges et gouttières de beauté légendaire,

Vos maîtres en sont bien heureux et si fiers !

Ah les fougueux et zélés chevaux sans ailes

Aux robes où balzanes et ladres s’emmêlent

Blanc le front, balzanée la jambe, mes chers !

Flancs courts jarrets secs menaçant l’éclair

Et arçons de selle pour calmer les nerfs.

 

Ami ! Allons! Mais sers moi donc quelques verres

De vin vinifié par un cellier légendaire

Pour la table d’un confident de Bacchus

Que ce vin soit de couleur cannelle rousse

 

Que ce vin s’abreuve du reflet des perles

Du Yémen, qu’entre joues et boucles il déferle,

Dans les nobles salons de la reine Borane

Au son du luth et parmi les courtisanes.

Que soupirent les violons et les flûtes !

Que leurs douces mélodies se répercutent !

Au rythme des vingt quatre modes musicaux

Dont Zidane s’est si brillament fait l’écho

Isbihan puis Hamdane puis Lahgaz


• isbihar et raml al maya : deux des onze noubas (mode musical) de la musique andalouse qui se décline en cinq rythmes( mizan).

 

 

Les oiseaux tel jouvenceaux en extase

Se laissent bercer par la fraîcheur et les branches

Pardessus le lys les roses et les fleurs blanches.

Ah les tenues et toilettes somptueuses !

Et les bijoux or et argent mon âme creusent !

 

Mais savoure cette broderie sublime !

Par des connaissances livresques elle s’exprime

Ni plus ni moins, elle est tissée de main de maître

Le Seigneur Seul fait l’inspiration naître

J’adresse mon salut à tous les érudits

Que les médisants sombrent dans la perfidie

 

 

Traduction de la quacida: Fouad Guessous

auteur de:- ''le melhoun marocain dans la langue de Molière ( 8 tomes)

- ''Anthologie de la poésie du melhoun marocain''