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« Un désert nous accueille, une langue nous unit, une culture nous relie ».

« Un désert nous accueille, une langue nous unit, une culture nous relie ».

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Artiste: Tamikrest
Album: Adagh 
Label: Glitterhouse/Ant Distribution, 2010 

Tamikrest (mot signifiant nœud, jonction, coalition en tamasheq), groupe de musiciens issu de Kidal, ville du nord est du mali, mais dont les membres sont originaires à la fois du Mali, d’Algérie et du Niger, est, après Tinawiren dans les années 80, le nouveau fer de lance musical de la cause identitaire et de la revendication territoriale Touarègue. Les Touaregs, tout comme les indiens d'Amérique du nord au 19e siècle, n'ayant pas marqué de propriété sur la terre car pensant qu'elle leur appartient collectivement, sont en effet en train de perdre la suprématie sur leur territoire, le Sahara, de plus en plus convoité par les grandes compagnies depuis la découverte de gisements de pétrole, de gaz, d'uranium, et vivent à la merci de guerres de conquête déclenchées par les pays qui l'englobent dans leurs frontières.

Pour propager leur révolte et attirer l'attention sur leur combat, Ousmane Ag Mossa, leader du groupe, a d'abord voulu embrasser une carrière d'homme de loi, ce qui aurait constitué une première pour un peuple sans portes paroles, journalistes, ni avocats. Il s'est aperçu par la suite que la musique pouvait très bien servir de moyen d'expression à « la douleur ressentie dans [son] cœur ». Cheminant donc dans cette voie à huit, ils partagent avec Ali Farka Touré, chanteur Blues et traditionnel malien, l'utilisation de la guitare électrique, et les timbres du Blues électrique moderne. S'ajoutent à cela des éléments de Rock alternatif américain et australien, de Reggae, assis par une rythmique basse/batterie syncopée et presque nonchalante, entre orient et occident. Musique aux influences fortement occidentales donc, pour mieux propager le combat aux quatre coins de la planète, en particulier en Europe, où ils ont effectué une mini tournée de concerts en 2010. Leur premier album, Adagh (la montagne), sorti cette même année, a d'ailleurs été produit et enregistré à Bamako par le groupe de rock australo-américain Dirtmusic, où siège notamment Chris Eckman, fondateur et membre de The Walkabouts, et Hugo Race, co-fondateur des Bad Seeds de Nick Cave. Les couleurs mélodiques des guitares solo, les parties vocales, chœurs et ornements, les percussions additionnelles sont par contre typiquement touarègues et maliennes: des youyous viennent lancer et emballer une bonne moitié des chansons, et la calabashe nous porte plus avant dans celles-ci.

"Outamachek" (L'homme Touareg), la chanson qui ouvre l'album est balancée, puissante et s'installe rythmiquement en force pour parler, presque à contrario, de la fragilité du Touareg, homme ignorant, à la merci du changement, vivant sur ses terres arides. Un mur de guitares et des youyous propulsent « Alhorya » (liberté), chant militant et fier, prophétique et tragique à la fois par l'issue inéluctable qu'il adresse: « On l'a toujours dit et on le dira encore: on obtiendra la liberté même si on laisse des orphelins. On ne vend pas nos terres. La liberté sera l'héritage. Chacun de vous entend ce que je dis. Vous savez bien que c'est la liberté , la liberté de voir mon peuple trouver son indépendance ». Adagh est un album profond et envoûtant par ses climats lents, ses guitares slide au lointain, longs échos de l'infini du désert, nous invitant souvent à la méditation, au flottement. La voix élève sa plainte, jamais agressive, assurée. Le disque parle également d'amour ici et là, nous invite à la danse aussi quand la cadence se fait transe, mais l'empreinte qu'il laisse en nous est cette fierté d'être qui flotte au vent comme un étendard, claquant comme résonnent ces guitares électriques utilisées de main de maître...

Olivier Vanderaa