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Syrie: de la guerre civile à la guerre totale

Syrie: de la guerre civile à la guerre totale

En Syrie, la violence a franchi un palier supplémentaire dans l'horreur. Nous sommes ainsi,  passés de la guerre civile aux prémisses d’une guerre totale. Jusque là le quotidien des syriens était, on le savait, émaillé d'images de dévastations, de ruines, de hurlements des blessés, de lamentations des veuves et des orphelins.

Le pire reste à venir.

Interviewé sur France Inter, ce matin, depuis la Jordanie où il séjourne, un chef des combattants de l'Armée syrienne libre, expliquait, en toute quiétude,  que par le biais d'Internet il avait ordonné à ses hommes de ne plus faire de prisonniers, mais d'exécuter sans autre forme de procès tout militaire et tout collaborateur du régime syrien qui tomberaient entre leurs mains, avant de poursuivre qu’il leur avait expressement recommandé de ne pas gâcher les munitions et d’utiliser d’autres moyens que les balles trop précieuses pour être gaspillées.

C’est dans la frustration  de voir le régime résister ainsi aux coups de boutoirs qui lui sont assénés depuis plus d’une année, mais également dans les abominations commises par celui-ci sur ses propres citoyens,  qu’il faut chercher une explication à ce genre de propos, contraires à toute éthique militaire et aux droits de la guerre tels qu’ils sont énoncés dans la convention de Genève..

Dans une vidéo amateur mise en ligne le 31 juillet, on voit clairement des combattant de l’ALS exécuter Zeinou Berri, ainsi que des membres de sa famille, et quelques uns de ses collaborateurs. Il est reproché à ce proche du Président syrien d’avoir participé à la répression des manifestations dans la ville d’Alep, en recrutant et armant  les chabbihas coupables de nombreux crilmes et liquidations des opposants au régime syrien.

Le film a ceci de révoltant qu’il montre ces hommes dans une situation dégradante, délestés de leurs habits, pieds nus ou en chaussettes et caleçon,  livrés à la vindicte de la foule. Certains ont les mains liées dans le dos. Tous portent des traces visibles de tortures : yeux tuméfiés, nez cassés. Ils saignent abondamment. Leurs tortionnaires les obligent à s’accroupir au sol, contre un mur, avant de les exécuter froidement de longues rafales de Kalashnikov. Certaines personnes dans l’assistance tournent le dos et quittent la scène écoeurés par ce spectacle effroyable.

Pendant ce temps, à Washington, une « fuite » faisait état de la signature par Barack Obama, d’un décret autorisant l’aide aux rebelles syriens. A part voir ces derniers troquer leurs Kalachnikovs contre les M16 américains, et arborer les uniformes et les casques de l’armée américaine, comme les combattants libyens, il y a quelques mois, il ne faudra pas s’attendre à un bouleversement, ni à un renversement de situation, avant plusieurs semaines, car l’enjeu de cette guerre se joue essentiellement dans les airs. Harcelés par l’aviation et les hélicoptères syriens, les rebelles n’ignorent pas qu’ils peuvent tout au plus exhiber, les chars qu’ils ont pris à l’armée syrienne. Les utiliser se révèlerait, périlleux sans appui aérien ou sans le salutaire « no fly zone » que la communauté internationale n’arrive pas à imposer au Conseil de Sécurité, pour raison de blocage russe et chinois et qui les mettrait à égalité avec leurs adversaires.

Et si le gouvernement américain rechigne tant à livrer aux rebelles les fameuses fusées Sol-Air « Stinger » qui ont eu raison des soviétiques en Afghanistan, c’est en raison du risque de les voir, un jour, retournés contre l’Etat d’Israël.

Il faudra pourtant bien trouver une solution à court terme pour appuyer la révolution syrienne, et mettre un terme au bain de sang qui s’éternise et qui a emporté plus de vingt mille personnes. Car si la guérilla semble réussir aux combattants de l’ALS à Alep, en raison de la proximité avec la Turquie, dont une partie du territoire longe la méditerranée pointant une langue au Nord de la Syrie, une grande offensive pour prendre définitivement en tenaille la ville et l’investir, n’est pas exclue. Coupés de leurs bases de repli et de leur ravitaillement turque, les révolutionnaires seraient, à terme, condamnés, d’autant que la côte méditerranéenne syrienne reste le fief de Bachar El Assad et des alaouites..

Les jours prochains nous en apprendront, sans doute, un peu plus sur la nature de l’aide américaine. Sera-t-elle suffisante pour mettre fin à ce conflit qui, après avoir été meurtrier pourrait bien basculer dans l’horreur d’une guerre totale qui rendrait toute réconciliation entre les syriens difficile, sinon impossible.

par Salah Elayoubi