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Sijilmassa

Sijilmassa

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Sijilmasa ou Sijilmassa ou Sidjilmassa était une ancienne ville qui révéla toute son importante du point vue commercial au Moyen Âge et se trouvait, juste en face de l'actuel Rissani au sud de Errachidia, à 40 km au nord des célèbres dunes de Merzouga, dans la région de Tafilalet au Maroc. Située dans un oasis , Sijilmassa occupait un emplacement stratégique entre l'Afrique du Nord d'une part et Bilad Soudan, le pays des Noirs d'autre part.

Fondée en 757, à l’époque du règne de Pépin le Bref, c’est la plus ancienne des villes du sud, au delà de cette zone occupée par les Phéniciens puis les Romains, et qui s’arrêtait à peu près au niveau de Meknès. Comme la plupart des grandes villes du sud, elle fut fondée comme la capitale d'un mouvement à la fois religieux et politiques, les kharijites. Pour faire simple, les kharijites étaient des ascètes, des puritains, dont le courant était né à l’époque de l’éclatement entre chiites et sunnites. Ils refusaient tout luxe, leurs dirigeants devaient être choisis pour leurs vertus, et se soumettre au même ascétisme. Ils étaient à la fois contre les chiites qui voulaient choisir les dirigeants de l’Islam uniquement dans la famille du Prophète Sidna Mohamed, et contre les sunnites, qu’ils trouvaient bien trop corrompus. En Afrique du Nord, l’ascétisme kharijite correspondait aux structures « démocratiques » des berbères, et se teinta très fortement d'une résistance aux Arabes. Tout le pays berbère fut très longtemps marqué par l'exigence de vertu et de simplicité de ce mouvement, qu'on peut rapprocher des cathares, et les fondements du kharijisme se retrouvèrent ensuite dans beaucoup de mouvements, jusqu’à leur disparition quasi totale. Partis de Kairouan (d'où 2.000 familles s’enfuirent pour venir à Fès et fondèrent notamment la mosquée Quaraouyine), les kharijites fondèrent plusieurs grands centres religieux, dont Sijilmassa.

L'arrivée à Sijilmassa des Béni Hilal et en particulier des Béni Maâqil ainsi que des andalous au temps des Almoravides et des Almohades, du temps où le Maroc et l'Andalousie ne faisaient qu'un seul et même pays a grandement contribué à la naissance du malhoun dans le Tafilalet puis sa diffusion dans le reste du pays. Du Tafilalet, cette poésie s'est propagée avec la remontée des dynasties, du commerce transsaharien et de pasteurs nomades vers les villes impériales du pays. Ce genre poético-musical est la forme des plus élaborées en matière de versification en darija marocain et constitue un vaste répertoire de poèmes que perpétue une tradition de chants et de manuscrits, et qui, au fil des siècles, s'est distingué par ses prouesses poétiques et métriques. De là sont issus les grands poètes qui, en émigrant vers les grandes villes du Maroc, permirent à cet art de rayonner et de se développer avec le soutien d'un corps d'artisans et de métiers d'art mais aussi avec le contact des autres arts citadins.

Selon Ibn Hawkal qui a séjourné à Sijilmassa en 1151, la prospérité de la ville a commencé quand les commerçants fuirent les dangers de plus en plus grands sur la route qui reliait le Ghana à l'Egypte se sont dirigés vers la route septentrionale. Les caravanes ont commencé ainsi à se diriger vers Sijilmassa. Et les commerçants en provenance, de Bassora, de Koufa et même de Bagdad s'y installèrent en apportant dans leur sillage la poésie arabe. C'est en ce lieu qu'étaient venus se réfugier les tribus Zénètes qui ont fuit les Aghlabides de Kairouan vers l'an 705. Ils y fondèrent l'Etat des Banou Badrane. La dynastie régna pendant deux siècles et son histoire était rapportée dans ses grandes lignes par Ibn Khaldoun.

Jusqu'à la découverte de l'Amérique, l'or du Soudan a joué un rôle prépondérant dans l'histoire monétaire mondiale. Avec les esclaves et autres articles exotiques le métal jaune était l'objet principal du commerce transsaharien.

Cette ville est un véritable trait d'union entre trois mondes, trois civilisations : l'Afrique noire, le Maghreb et l'Europe qui souffrait d'une faim frénétique du métal jaune.

Actuellement, des ruines attestent son existence par le passé, exhumées lors d'une campagne de fouille, de puissants murs de pisé, qui étaient autrefois ceux de la kasbah du calife et de la Grande Mosquée. On peut imaginer un peu la puissance de la ville, en regardant l'épaisseur des murs, et surtout la surface qu’ils entourent. On découvre ainsi que du temps de sa splendeur, la ville était composée d'environ 600 casbahs qui formaient autant de quartiers. La casbah principale abritait le palais de l'émir, la grande mosquée, un atelier de frappe monétaire ainsi qu'un immense marché de négociants, dont certains venaient d'aussi loin que l'Égypte ou même de Bagdad. Hélas la présence à proximité du site d'un terrain multi-sport, n'aide pas l'imagination de ce que le site aurait pu être et ne fait pas honneur à l'activité des archéologues suisses, marocains et américains qui ont travaillé sur le site depuis les années 1970. Tous les historiens s'accordent pourtant de reconnaître en Sijilmassa la première cité islamique au Maroc.

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