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Sainte Rafqa

Sainte Rafqa

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Sainte Rafqa Pietra Choboq Ar-Rayes (1832-1914) est une religieuse Maronite du Liban. Elle est la première sainte libanaise. A l'âge de 27 ans, elle entre dans la congrégation des servantes de Marie et elle se dévoue à l'enseignement et au catéchisme. Elle est aimée pour ses vertus et sa douceur.

«L'homme est le fils de son milieu», dit le proverbe libanais. C'est pourquoi, pour mieux comprendre la vie de Sœur Rafqa, il nous paraît utile de la situer tout d'abord dans son contexte à la fois national, ecclésial et monastique. Notre Servante de Dieu est née au Liban, au sein d'une famille maronite, et s'est sanctifiée dans l'Ordre Libanais Maronite. Chacun de ces trois milieux a eu sa part d'influence sur la voie que Sœur Rafqa a suivie.

Fille du Liban, elle a été marquée par ce pays.

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Hagiographie

Sainte Rafqa vit le jour le 29 juin 1832 (fête des Saints Pierre et Paul) 1832 à Himlaya, village du Metn-Nord près de Bikfaya. Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II déclara Rafqa:

  • Vénérable le 11 février 1982.
  • Bienheureuse le 17 novembre 1985.
  • Modèle à suivre par sa dévotion au Saint Sacrement, pour le Jubilé 2000.

Elle resta fille unique à Mourad Saber al-Choboq al-Rayès et à Rafqa Gemayel.

Elle fut baptisée le 7 Juillet 1832 et reçut le prénom de Boutrossieh (Pierrette). Ses Parents l'ont élevée sur l'amour de Dieu et l'assiduité à la prière. La mère mourut en 1839 alors que Rafqa n'avait que sept ans; ce fut pour elle une grande peine qui marqua toute sa vie.

Son père connut la misère et la nécessité. Il décida, en 1843, de l'envoyer à Damas pour travailler comme servante chez M. Asaad al-Badawi, d'origine libanaise; elle y resta quatre ans.

Rafqa revint à la maison en 1847, et trouva que son père s'était remarié en son absence. Elle cacha sa grande peine. Elle était belle, de bon caractère et d'une humble piété. Sa tante maternelle voulait la marier à son fils et sa marâtre à son frère; un conflit entre les deux femmes s'agrandit. C'est alors que Rafqa choisit la vie religieuse.

Rafqa meurt le 23 mars 1914, le visage illuminé et le sourire aux lèvres, en disant « Je donne mon âme à Saint Joseph et Sainte Vierge Marie ».

Trois jours après sa mort, son tombeau s'illumina de lumières miraculeuses. De nombreuses personnes vinrent prier, ou emportèrent un peu de terre, et de nombreuses guérisons et miracles se produisirent (encore de nos jours).

La mort n'empêcha Sainte Rafqa de faire du bien à ceux qui l'invoquaient. Il ne faut pas s'en étonner: Les Saints dans le Ciel ont pour nous le même amour qu'ils avaient sur la terre, et leur pouvoir y est plus grand.

Lors de la cérémonie de canonisation de Rafqa, le pape Jean Paul II dit :

« En canonisant Rafqa Choboq Ar-Rayes, l'Église met en lumière le mystère de l'amour donné et accueilli pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Moniale de l'Ordre libanais maronite, elle a désiré passionnément aimer Dieu et donner sa vie pour ses frères. »
« Puisse sainte Rafqa veiller sur ceux qui connaissent la souffrance, en particulier sur les peuples du Moyen-Orient affrontés à la spirale destructrice et stérile de la violence ! »

La biographie de la moniale Rafqa de Himlaya n'est que l'histoire d'une souffrance vécue avec amour, avec générosité et avec joie! Loin d'être une stoïcienne, elle a porté au monde un message, et elle a donné au commun des mortels une leçon des plus belles!

On se tromperait si l'on considérait le chrétien comme un adhérent du stoïcisme. Le chrétien est un disciple du Christ qui, loin de chanter la majesté des souffrances humaines, est resté sensible à toute souffrance, et qui nous a appris comment nous devons souffrir. Le chrétien est celui qui regarde toute souffrance à travers Jésus-Christ, et comme Jésus-Christ. Dans l'Ancien Testament, la souffrance était considérée parfois, si ce n'est souvent, comme un signe de malédiction; tandis que dans le Nouveau Testament, la souffrance devient béatitude et source de bonheur (Mt,5, 3-12), C'est là l'un des secrets de notre Religion chrétienne.

De plus, à entendre Saint Paul dire qu'il surabonde de joie dans toutes ses tribulations (2 Cor, 7,4), d'aucuns pourraient se demander si la foi du chrétien ne serait pas insensibilité et indifférence! Mais lorsqu'on connaît bien les chrétiens, lorsqu'on vit avec eux, on se rend compte que leur foi de croyants devient plutôt source de toute sensibilité et de toute ouverture aux autres. Le Christ lui-même n'a-t-il pas été sensible à toute douleur humaine? Ne s'est-Il pas fait homme pour alléger nos souffrances et réduire nos peines? Combien de fois nous Le voyons, dans l'Evangile, ému et compatissant: en consolant la femme qui venait de perdre son fils unique (Lc, 7, 13), en guérissant les malades (Mt, 14, 14), en apprenant la mort de son ami Lazare (ln, Il, 33 et 38), en ayant pitié de la foule qui Le suivait sans pain et sans eau (Mc, 6, 34), etc... Etant «vrai homme», voire le plus parfait des hommes, tout en étant bien sûr «vrai Dieu» -et c'est là que réside tout le mystère de son Incarnation-Rédemptrice le Christ a pu donner, par sa Passion, un sens aux souffrances humaines. Par sa Passion, Il a pu nous enseigner cette vérité que ce sont les souffrances «du vendredi» qui préparent la joie «du dimanche», à condition que nos souffrances deviennent intimement liées à la Passion du Christ.

Qu'on le veuille ou non, la souffrance était et reste toujours notre pain quotidien, quelque soit notre âge, notre sexe, notre patrie, notre condition etc... Mais n'oublions pas qu'en tant que baptisés, nous sommes membres du Corps du Christ; nous appartenons au Christ; et, comme dit Saint Paul dans ses diverses Epîtres, «.la faveur de Dieu qui nous a été donnée, n'est pas seulement de croire au Christ et d'être membre de son Corps, mais aussi de souffrir pour Lui» (Ph, 1,29). Oui, la faveur de Dieu, c'est de souffrir pour Lui et avec Lui. Toute l'éducation chrétienne consiste donc à savoir souffrir avec le Christ, pour le Christ et aussi par le Christ.

De plus, le Christ, en tant que vrai homme, était solidaire de tous les hommes, dans le passé, Il l'est dans le présent et le sera dans le futur. Nous-mêmes, en tant qu'hommes, nous sommes aussi ontologiquement solidaires les uns des autres. Etant notre modèle et l'exemple par excellence que nous devons imiter à tout instant de notre vie, le Christ s'est fait solidaire de tous ceux qui souffrent en ce monde, et Il nous a laissé cette loi que nous devons observer si nous voulons être vraiment ses disciples. C'est pourquoi, nous devons souffrir, non seulement en Lui, avec Lui, et pour Lui, mais aussi, à son exemple, avec et pour l'humanité entière qui gémit et se lamente.

D'aucuns pourraient se demander: pourquoi tout cela? La réponse est simple: lorsque nous souffrons avec les autres et nous partageons leurs malheurs, nous serons alors capables de réduire leur peine et d'alléger leurs douleurs. Le petit enfant qui subit une opération souffre et pleure; mais quand il se rend compte que sa maman est là à ses côtés, et qu'elle le tient avec ses bras d'amour, et que son cœur maternel souffre autant que lui, et peut-être plus que lui, et qu'elle soupire en même temps que lui, comme si leur souffrance s'était mise au même diapason ou se diffusait sur une même longueur d'onde, alors sa souffrance est vraiment réduite, et sa douleur est apaisée. Et la maman qui souffre pour son bien-aimé est alors pleine de joie, et son visage garde sa sérénité, car elle souffre pour et avec cet être qui lui est cher. Souffrir avec joie n'est donc point insensibilité ou indifférence, c'est un acte d'amour.

Il est certain qu'il faut avoir un cœur pur pour comprendre ces réalités. Le cœur humain, envahi par les passions diverses, est incapable de saisir toujours ce qu'est l'oubli de soi, et ce qu'est le don total de soi-même pour autrui; autrement dit, ce qu'est le vrai amour! En effet, lorsque les passions s'emparent du cœur humain, elles le rendent tellement opaque qu'il perd sa transparence et sa limpidité; d'où son malheur, sa solitude et son enfer; toutefois, et par bonheur, il garde la nostalgie du «paradis perdu»; c'est pourquoi, quoique opaque et dur, il demeure récupérable; ne nous désespérons jamais!

Sœur Rafqa qui s'est consacrée totalement à Dieu, et qui a tout quitté pour être entièrement au Christ son bien-aimé, a compris ces vérités, et elle a agi en conséquence. Cette religieuse de la montagne libanaise a cherché à vivre son amour pour le Christ et pour 1 'humanité dans toute sa plénitude, et elle y est parvenue. Le Seigneur, si l'on ose dire, n'a pas voulu être moins généreux qu'elle; Il lui accorda une grâce toute spéciale: c'est de souffrir et de compléter en son corps, d'ailleurs chétif, «les plaies de Jésus Christ» de sorte que, comme dit Saint Paul, ce n'était plus elle qui vivait mais c'était le Christ qui vivait en elle (Ga, 2, 20). Peut-on aspirer à quelque chose de plus?

Toutefois, dans la vie de notre Servante de Dieu, nous nous sommes heurtés à deux paradoxes: d'une part, comment se fait-il qu'en dépit de ses souffrances atroces et qui ont trop duré, sœur Rafqa est restée toujours heureuse, et que son visage radieux rayonnait constamment de joie? D'autre part, comment peut-on expliquer ce fait qu'elle est restée solitaire et enfermée au monastère, voire clouée sur son lit, des dizaines d'années, et pourtant, elle n'a jamais souffert de la solitude? et elle n'a connu ni l'angoisse, ni la tristesse, ni la tribulation? Si paradoxal que cela paraîsse, ce fut la réalité même des choses, et c'est là que réside tout le secret de sa vie! C'est là aussi que nous saisissons, dans toute son ampleur, le message que sœur Rafqa, la moniale libanaise maronite, a porté et qu'elle porte à notre monde contemporain, ce monde qui cherche le bonheur et qui ne le trouve pas, ce monde qui est plongé dans la solitude dont il cherche de s'enfuir, sans y parvenir!

En effet, notre monde contemporain, en dépit des découvertes auxquelles il est parvenu et dont il est, à juste titre, fier; et en dépit du confort dans lequel il vit; ce monde est victime de la solitude, une solitude effrayante qui l'écrase et le tue:

Solitude de l'individu qui cherche d'en sortir en fréquentant réunions, meetings, cabarets, toute sortes de boîtes de nuit, etc... sans d'ailleurs y parvenir; il est parmi les autres, quantité d'autres, et pourtant sa soli tude le tue.

Solitude «du couple» et «dans le couple» qui s'avère plus dure et plus terrible que celle de l'individu. On est sous un même toit; et pourtant on est isolé, et victime d'une association à deux. Situation infernale: à deux et pourtant solitaire.

Solitude «dans le monastère» et «du monastère» où le moine et la religieuse vivent en communauté, mais isolés, chacun vit dans sa tour d'ivoire, renfermé sur lui-même, ne pensant qu'à soi-même. Situation plus infernale encore, car de temps à autre, le consacré prend conscience qu'il est porteur d'un message, et qu'il doit témoigner de quelque chose, et pourtant, il mène une vie inféconde, privée de son sens. Solitude qui le ronge et le tourmente, et il cherche de s'en évader; mais malheureusement, toute évasion reste possible à l'exception de l'évasion de soi -même.

Solitude «dans le presbytère» et «du presbytère» où le pasteur d'âmes, bien que plongé dans les activités de la paroisse et vivant parmi les autres, souffre d'un isolement qui ne crée que des idées noires et un nervosisme gênant.

A toutes ces solitudes, et à tant d'autres que nous rencontrons dans la société humaine, civile et religieuse, et à tous les échelons, la moniale libanaise maronite, sœur Rafqa, dont «le sourire ne quittait jamais les lèvres», est là pour nous en donner le remède, voire même l'unique moyen pour en sortir. Ce moyen consiste à «savoir aimer» Dieu et les autres, tous les autres, et à «savoir souffrir» pour le Christ et pour les autres, avec? tout l'amour sincère que peut éprouver un cœur humain. Seul l'amour est créateur et vivifiant, tandis que l'égoïsme écrase et tue. L'ouverture aux autres est source de joie tandis que la recherche de ses propres intérêts n'est qu'angoisse et tribulation. Penser aux autres, surtout à ceux qui souffrent, et se dévouer pour eux, c'est connaître le vrai bonheur, tandis que donner libre cours à ses diverses passions: «à la convoitise de la chair, à la convoitise des yeux, et à l'orgueil de la richesse» (1Jn, 2, 16), n'est, en réalité, qu'amertume et ennui! Pourtant, nous cherchons incessamment la joie et le bonheur!

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Sœur Rafqa n'a rien écrit bien qu'elle fut très instruite et très intelligente. Elle ne nous a laissé aucune lettre, si petite soit-elle; cependant, elle a écrit tout un chapitre sur la souffrance créatrice de joie. Qui de nous ne sent pas le besoin de lire en ce chapitre, surtout qu'il est l'histoire d'une vie menée par une personne chair de notre chair et os de nos os? Sœur Rafqa est morte il y a plus d'un demi-siècle; mais son message reste vivant, et sa vertu reste salvatrice. La beauté du message de cette moniale libanaise maronite consiste dans le fait qu'il n'est pas théorique, mais qu'il est l'histoire de toute une vie. Il en est de même de son témoignage; celui-ci n'est pas du simple «donné», mais il est surtout du pur «vécu»; d'où sa force et sa valeur.

Vraiment, les «saints» ont toujours quelque chose à nous dire; ah! si nous savions les écouter!

http://perlbal.hi-pi.com/blog-images/271249/gd/1195313833/Le-tombeau-de-Sainte-Rafqa.jpg

Sources

  • P.Elias Hanna (O.L.M., Monastère saint Joseph, tombe de sainte Rafqa), Sainte Rafqa (1832-1914), l'éducatrice des générations et la sainte patronne des souffrants, Batroun, Liban 2001.