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Reda Doumaz, un génie du chaâbi algérois

Reda Doumaz, un génie du chaâbi algérois

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Reda Doumaz est un chanteur et musicien algérien. Il est né en 1956.

Il utilise le chant comme forme d'expression avec une modernité en empruntant des influences musicales extérieures. Ses thèmes musicaux évoquent l'amour impossible, la jeunesse, les quartiers populaires d'Alger, et son pays. Pour les connaisseurs Doumaz est considéré comme un chanteur de variétés bien qu'il ait débuté dans le chaâbi. il recontextualise sa musique en introduisant de nouvelles sonorités gnawi, hindou....

Son point fort est sa culture que son père lui insuffla grâce à l'éducation reçue et les moyens mis à disposition mais le plus important est l'esprit rebelle qui a forgé cette recherche du beau.

Réda est nédurant la guerre de libération. Il grandit au sein d'une famille de mélomanes, dans un quartier populaire, Hussein-Dey où les fêtes sont omniprésentes. Cependant, il ne se voue pas entièrement à sa passion parce qu'il choisit de terminer ses études en Commerce International. C'est ainsi qu'il devient cadre supérieur dans une entreprise nationale. La radio contribue à le faire connaître dès 1985, et trois enregistrements lui ont valu la reconnaissance du public. Pour Réda Doumaz, toutes les musiques et les influences peuvent subir une relecture «chaâbi», notamment le jazz, pour insuffler un zeste de modernité et un goût de liberté sans s'éloigner pour autant de l’esprit. Amoureux de poésie symbolique, il n'aime pas imposer une idée toute faite au public, afin que celui-ci découvre sa propre lecture. Réda Doumaz utilise le chant comme une forme d’expression. Les amours impossibles, la jeunesse, les quartiers populaires, son pays... «Les thèmes sont de tous les temps et constituent un patrimoine commun aux artistes…». Cependant, la majorité de ses fans omettent un pan entier de ce qui fait son art. Réda Doumaz a aussi cette passion pour le « Verbe » et la ciselure du mot…Il est poète ; chroniqueur sur nombreux quotidiens et à la radio ;comédien au théâtre et au cinéma ; il signe deux musiques de film… excusez du peu…ce qui lui vaut une présence médiatique des plus respectables(télé, radio, tables rondes, participation à plusieurs colloques et séminaires ayant trait à la culture de façon générale ).Il se ressent de lui cette érudition qui se distille dans son œuvre comme de l’eau de rose qui parfume les jours de notre héritage culturel séculaire. Réda Doumaz reste maître de ses inspirations diverses en chaâbi, jazz, musique classique, il nous en restitue les fondements même si vous lui parlez de zorna, musique turque ou notes afro-cubaines, il sera toujours là à se mettre au diapason. Il était tout naturel qu’il nous produise quelques albums, qui sont autant d’ovnis musicaux portant une façon unique, celle de RedaDoumaz, et rien d’autre qui se complètent dans le parcours atypique de cet artiste. Dans le dernier travail en date, l’affirmation moderne, contemporaine, reste bien ancrée dans le moule inoxydable de la recherche d’originalité. Ya chari dala est une incursion en compagnie du grand Mohamed Reda Guechoud dans un travail recherché qui porte une estampille très revival des années 1970 comme un retour aux sources, lignes de basses veloutées mais puissantes, mandole majestueux sur fond de paroles nostalgiques. Ya chari dala, ou littéralement à qui le tour ! ?, demeure une évocation mélancolique sur les blessures d’artistes et les coups bas de ceux qui n’ont jamais su faire la différence entre la soie et la toile en poils de chameau. Essed wel dj’fa est un morceau un peu plus musclé, sur une option fondamentalement jazzy. L’émotion de ce personnage à fleur de peau est pure sur les notes, sur les soupirs musicaux, la respiration se fait entendre. Réda Doumaz nous livre sa sensibilité dans la nudité la plus complète, un morceau honnête sur une instrumentation bien affirmée sur les notes, la poésie ne manque pas sur ce très bon morceau. Jazz-ayri est une surprise toujours et encore mélancolique dont la teneur sensible reste émouvante, Mustapha Toumi signataire de la préface de cet album ne se trompe pas dans ses lectures des morceaux commis dans une apparente douleur, d’un cri musical formellement très bien mené avec des complices comme Mohamed Réda et Mourad Guechoud, très appréciés pour leur allant jazz et leur section de cuivre parfaite. Dans le quatrième point de rencontre Hikma, il y a une superbe reintérprétation du connu Ma doum el hikma lelli ma q’ra h’rouf el bali (sagesse ne perdure au non prevenant…) mais sur une grille musicale aux trémolos puissants et violons limpides, les paroles restent intactes dans leur efficacité. Mea culpa, le cinquième morceau, c’est un ovni musical, un cri d’amour blessé, impuissant, une sorte de Ne me quitte pas qui aurait été en retard. Il s’agit d’un plaidoyer pour le pardon sur une sensationnelle inspiration qu’on ne souhaiterait pas autobiographique, mais c’est aussi une très belle ballade aux accords soigneusement dissonants, en contrepoint, un superbe piano, des violons mélodieux aux sonorités traînantes et une flûte de bec qui lance des phrasés explicites. Un très bon morceau qui va sans nul doute plus loin que l’apparente supplique d’un épris maladroit qui fait son « Mea culpa » avec des cris solitaires d’écorché vif. Dieu, comme l’amour peut sans doute être létal !? La suite dans le sixième opus est une véritable invitation au voyage en Algérie. Il débute ici dans une intro au saxo très gras mais ô combien rassurant. DJoual est un peu saharienne dans le rythme, superbe promenade dans les notes, et sur les limites d’un pays immense, entre montagnes et sable cristallin. L’artiste est un guide amical-musical de bon aloi. Il déclare entre deux strophes poétiques un amour indicible pour ce pays immense dans une des chansons qui reste pour nous l’une des plus belles sur l’Algérie. Et c’est ainsi que le voyage continue sur un plan chaâbi pur sucre avec ambiance «aârs» pure et dure, une mandoline apparaît sur les épaules d’un banjo en arrière-plan qui laisse ensuite un mandole «Doumazien» raconter la suite sur un «n’dham» intact dans le talent. Un très beau morceau qui réaffirme sans fioritures les très belles provocations de Réda Doumaz et sa maîtrise de ses sujets qui le placent dans le panthéon des grands artistes algériens. Il va sans dire que ce morceau recèle une surprise de taille dans le sens où dans la deuxième partie de cette partition, la voie musicale va d’Hussein-Dey au Carnegie Hall de New York à travers une basse explosive et un roulement de drums éruptives. Le morceau prend alors une direction rock absolument géniale. Surprenant Doumaz qui continue sur son mode chaâbi comme si de rien n’était avec, notez bien, une mandoline un peu napolitaine qui met de l’épice sur un morceau assaisonné dans la perfection à déguster comme il se doit. Cela laisse ensuite dans Hila wa hbbal et Dabbar habbar, un enchaînement très léger qui nous permet de sortir dans la bonne humeur où l’on saura que La Prevenance est Divine, et où il est dit que ce qu’il y a dans la tête du dromadaire n’est pas dans la tête de son maître… avec toujours cette mandoline aux notes déclinées en délicieux sortilèges. Il est clair que ce morceau dédié aux vrais artistes comme ce clin d’œil au plasticien Irki, a été produit en solo avec l’aide de Sonatrach, l’Etusa et l’Onda. En compagnie de Sid Ali Hadj Arab, Mohamed Smaïn, Chemseddine, Réda Tabti, Sofiane, Belkacem, Fawzi, et la sémillante Aïda Guechoud qui a dû être dans la batterie…de cuisine. Yachari dala est donc un très bel album que sans nul doute les moins de vingt ans ne pourraient saisir, mais à l’écoute il fait mouche à tous les coups. A consommer donc sans limite d’âge ni de quantité. Yachari Dala, de Réda Doumaz, Padidou ed. 2011.

Biographie de JAOUDET GASSOUMA.

 

 

 

Reda Doumaz interprétant "Ain El Zarka"