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Larbi Aichane, poète du Malhoun par Fouad Guessous

Larbi Aichane, poète du Malhoun par Fouad Guessous

« Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m’est une province et beaucoup davantage ? »


C’est en cette belle poésie que Joachim du Bellay évoquait au XVIème siècle son pays natal la France, dans son recueil « Les Regrets ».

Larbi Aichane a quitté le Maroc pour l’Allemagne dès 1971, et le cordon ombilical qui le relie à son pays natal n’en est que plus fortifié : les mots ne lui manquent jamais, car l’idée est façonnée depuis sa tendre enfance. Il donne et continue de donner car il se souvient. Dans ses œuvres, il évoque aussi bien la haine et la vengeance gratuites, la cupidité et l’imposture, la jalousie, la franchise et la sagesse, la fraternité de tous les hommes du globe, l’amour de son  prochain, sans oublier les problèmes du moment tel que le terrorisme ou la Palestine… bref  il cultive en nous les germes de l’espérance et du bonheur.

Larbi Aichane perpétue par conséquent la belle tradition de la littérature populaire arabe, ou jazal, qui n’est point une dégénérescence de l’arabe classique, mais bien un patrimoine éloquent et témoin de la créativité et du génie marocains. A vrai dire, il enrichie un trésor des peuples de l’Afrique du Nord, le malhoun. A ce titre, sa qacida « le harraz » s’ajoute au répertoire propre au génie marocain et qui compte à son actif plus de cent qacida traitant de ce sujet.

En lisant les textes arabes de « charrak oula gharrab » (du coq à l’âne), j’ai senti la profondeur de la pensée d’un marocain résidant à l’étranger, pensée transcrite dans la langue maternelle, le marocain. En traduisant ses poèmes en français, j’étais animé par le souci de faire connaître aux pays hotes la véritable nature des hommes qui ont quitté leur pays natal, porteurs dans leur mémoire et leur conscience de principes moraux universels et d’humanisme, pour s’intégrer parfaitement dans leur seconde patrie. Je formule l’espoir de voir un jour ces textes ainsi que les autres œuvres de ce poète émérite, traduits dans la langue de Gœthe.

 

Transfuges  (Harraga)

Mais patiente patiente mon frère,

Avant d’émigrer vers d’autres terres !

C’est dans l’embarcation de la mort

Que tu exposes ta vie ton sort !

Si dure si dangereuse est la mer !

Ses vagues sont hautes et prolifèrent !

Même si ton pays t’exaspère,

Demeure-y avec tes frères !

Car les passeurs t’arnaqueront,

Et les calomnies prolifèreront !

Tu en paieras le prix exorbitant

Et tu périras en mer pourtant !

Plutôt être brûlé de feux intenses

Que de quitter son pays sans défense !

Plutôt marcher pieds nus sur des clous

Que se jeter dans la gueule du loup,

Ces barcasses cassées fracassées

Qui vous mènent à la tombe trépassé !

Ressaisis-toi donc et soit alerte,

Et surtout ne cours pas à ta perte !

Je t’en supplie ne reste pas perplexe,

Car émigrer n’est pas le bon réflexe !

De ta terre tu devrais être fier

Abondance et baraka y prospèrent !

Fais énergiquement ta noble tâche,

Tu récolteras les fruits sans relâche 

 

 

Par  Fouad Guessous -  août 2009  qui a traduit une cinquantaine des poèmes de Larbi Aichane