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qasida le cheval - El aoud

qasida le cheval - El aoud

LE CHEVAL -  EL AOUD, poésie de Si Thami  MDAGHRI,  compagnon du prince-poète   Sidi Mohamed Ben Abderrahmane     (1859-1873)  mort vers 1856

Dans la poésie de malhoun marocaine, le cheval a souvent été un thème présent. Il était le messager, le compagnon qui peut réunir les amants :

 

Interrogez mon cheval sur mon mal !

Toutes mes longues nuits je grogne et je râle

Pendant que lui le pauvre, le mors il entaille.

 

Mon mal est si profond je vie le martyre !

J’apprends à la colombe comment gémir !

Et sur mes deux joues j’ai planté une rose,

De mes yeux coulent les torrents qui l’arrosent !

La passion l’amour pourfendent mon cœur,

N’as-tu vu le sang qui se mêle à mes pleurs !

Un cavalier en rage et fougueux me poursuit,

Avec son sabre tranchant et qui reluit,

Il me dit : «Lève-toi ! Viens subir ton sort,

Prisonniers des belles sont ton âme et ton corps ! » 

Aie pitié de moi lui dis-je, voici longtemps

Que ta sentence s’exécute à tout instant !

 

Faut-il que seul j’attelle ma monture,

Me dis-je, et que je me mette en posture !

Il y’a longtemps o mon cher cheval,

Que je te possède et que je te régale !

-« Oui mon maître ! Et je serai toujours prêt

Pour toi pour m’illustrer et pour me cabrer,     

Méritant ta douceur et ta gratitude,

Tel chevaux arabes dans la plénitude !

Et que survienne l’heure du grand départ,

Les filles à dos de chameaux se meuvent et s’effarent,

Conversant allégrement et à tue-tête,

Les joues nacrées d’or d’une beauté parfaite..

 

Les belles arabes leur beauté dévoilent,

Repentis et dévots s’emballent et s’en régalent !

Entends le tintement des chaînes et des parures,       

Et le frémissement des manches qui fulgurent !

Les chevaux sautent à cloche-pied et se cambrent,

Leurs cavaliers réduisent les fauves en cendres !

Renseigne-toi sur mon père et mon aïeul,

Sur mes oncles et les pur-sang  avis recueille !»

-« Je te crois bien volontiers mon cher cheval,

De tes ancêtres exhibe le cérémonial,

A l’instar des chevaux aux luisants regards,

Aux oreilles aux joues harmonieuses et sans écart …

 

La mâchoire bien garnie et généreuse

Les lèvres fines s’abreuvent silencieuses

L’encolure élancée comme un col de cygne

Et le flanc si ample les épaules dignes :                                

Et flotte le blanc toupet sur les arcades

Tel touffes de crin de zébu en parade

Le garrot longueur de mon bras le dos court

Frémissant est le ventre au si gracieux contour

Et la croupe confortable comme mon lit

Les fesses si fines que gazelle en pâlit

Les membres arc-boutés et de crins dépourvus

Les ars saillantes et le poitrail profus

 

Que je contemple mon cheval il me semble

Un lion fier ses sabots vont toujours l’amble

O mon bon cheval o mon fils lui dis-je

Que Dieu nous garde et nous comble de prestige

Sois fier de tes ars o digne monture !                                                  

Tu es avec des combattants qui fulgurent,

Mes cousins et frères cavaliers intrépides

Et les héros de combats et de feux avides

Leurs sabres sans cesse scintillent et s’attisent

Sabres dorés dont la pensée est éprise

Ils aiment chevaucher en présence des filles

Formant tout autour un mur de bastille

 

Ces filles éloquentes et laborieuses

Et qui chantent de manière si heureuse !

Tel la gazelle qui cheval perçoit           

Devient écumante et tremblante d’effroi 

Tel  étendard la stature haute flotte

Le jour du combat au milieu des patriotes

Toison noire et luxuriante aux seins tombante

Le front rutilant et la face  fervente                    

Et les cils s’entremêlent je ne sais où

Foudre les yeux ! Aigle le nez ! Roses les joues !  

L’eau de la bouche de bon miel malaxée

Ou coupe de vin aux perles fines enlacées

 

Le cou renverse de bonté et de tendresse

O détresse ! La poitrine ses seins dresse !

Mais les épaules !On dirait bien des glaives  

Adossées elles calment l’amant ou l’achèvent !

Ah ! Les paumes ! Du velours entre mes mains

Et les doigts des sceptres de joyaux peu communs !

Le ventre antre de velours luxurieux

Cuisses qui emplissent de délices les pieux !

Les jambes invincibles aloses, talons tendres !

Apaisent les déprimés s’ils se laissent prendre !

Colle ta joue à la mienne dans ma chambrée !

Passons la nuit enlacés le guet égaré

Mais adoucis donc le feu qui m’embrase !

Du vin de ta bouche je boirai l’extase !

 

L’eau de ta bouche te contera mon récit

Tes lèvres éteindront le feu qui me supplicie

Compatis mais compatis donc o mon amie

Dois-je demeurer dans ta geôle démis ?

Mon incarcération  se poursuit et perdure    

Mets fin à mon supplice je t’en conjure !

Mes yeux ne se voient que dans l’eau de ton amphore,

Tu me laisses abandonné à mon triste sort !

Libère-moi cesse de me faire souffrir

Pourquoi me punir ne vois-tu que j’expire !

Que tu me reviennes et je serai satisfait

Comme le sont ces vers qui chantent les fées       

Et qui propagent  des parfums d’arôme frais

Mon salut aux poètes et honte aux égarés.

 

Interrogez mon cheval sur mon mal !

Toutes mes longues nuits je grogne et je râle

Pendant que lui le pauvre, le mors il entaille.

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Traduction de la qacida:  Fouad Guessous,   auteur de:- ''le melhoun marocain dans la langue de Molière ( 8 tomes)    - ''Anthologie de la poésie du melhoun marocain''