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Pour que Meknès retrouve sa splendeur ! Par Fouad Guessous

Pour que Meknès retrouve sa splendeur ! Par Fouad Guessous

Je reproduis ici une article de presse paru dans le journal marocain "le Matin" du 11 juillet 2005, conçu à cette époque où l'auteur voulait interpeler contre une certaine léthargie des édiles de cette ville impériale. Les chose ayant quelque peu évoluée à notre époque...

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Meknès est bien  une ville impériale, comme Fès, Rabat ou Marrakech. Son passé et son histoire sont rayonnants, et pourtant, cette superbe cité semble en totale léthargie, même si son environnement en fait une excellente région agricole que la nature a bien dotée : ses fermes, ses oliviers, ses arbres fruitiers et même ses raisins qui produisent de si bons vins, sont célèbres dans le monde.

Sa proximité avec Fès ne constitue en rien une excuse à cette léthargie. Parler d’une concurrence avec la Ville de Moulay Idris serait mal venu, car chaque cité possède ses propres atouts, et il revient à ses fils de les mettre en valeur, de les " vendre ".

Et Meknès dispose de nombreux atouts dont je n’évoquerai que deux, qui, s’ils étaient suffisamment mis en valeur, suffiraient à permettre à cette belle métropole de prendre sa revanche sur le temps, ce temps qui semble s’être arrêté…

Peut être bien que le remède moderne à cette léthargie séculaire se trouve dans le « concept de festival », qui s’attachera à faire retrouver aux habitants mais aussi à « l’autre », et la mémoire égarée et le temps perdu.

Ces deux atouts de Meknès sont deux hommes : un empereur, Moulay Ismail (1646- 1727), mais aussi un très grand poète: Sidi Kaddour Alami (1742- 1850).

En faisant revivre leurs mémoires respectives, en éclairant leurs œuvres et leurs apports, en provoquant des conférences et des rencontres, à l’occasion d’une manifestation de portée internationale, la célèbre ville impériale pourra enfin retrouver une partie de sa grandeur d'antan.

Dans d’autres contrées, toutes les occasions sont bonnes pour rendre hommage aux grands hommes : la France n’a-t-elle pas commémoré il n’y a pas si longtemps dans le faste le bicentenaire de Victor Hugo et le cent cinquantième anniversaire d’Arthur Rimbaud ! Alors que notre grand poète, Sidi Kaddour, ne possède pas d’avenues ou même de petites ruelles portant son nom ! Comment nos écoliers, futurs responsables de demain, pourront-ils faire sa connaissance ?

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Un grand empereur : Moulay Ismail (1646-1727)

Combien de gens savent que Moulay Ismail était le contemporain du Roi Soleil, qu’il avait même demandé à Louis XIV la main de sa fille Mademoiselle, et que les ambassades qu’il a envoyées en Europe étaient retentissantes et emportaient l’admiration des cours européennes les plus somptueuses.

Moulay Ismail , frère de Moulay Rachid et fils de Moulay Chérif El Alaoui premier sultan de la dynastie alaouite, est reconnu pour sa volonté et sa foi inébranlables, il fut un général infatigable qui a pacifié le Maroc et tenu tête aux envahisseurs, espagnols , portugais, ottomans , il avait un don d’ubiquité et parcourait inlassablement tous les confins du royaume, sur son cheval.

Il a organisé l’armée, assuré la sécurité du royaume, contrôlé la probité des gouverneurs et des magistrats. Il a fait face aux hégémonies des Turcs et des grandes puissances, établi des relations privilégiées avec les monarchies d’Europe, et sa diplomatie était citée en exemple par son faste et sa grandeur dignes des traditions les plus prestigieuses.

Son règne qui a duré 55 ans, est toujours présent à travers ses réalisations architecturales d’une beauté et d’une splendeur inégalées. En effet, Moulay Ismail était un grand bâtisseur, il a édifié des mosquées, des palais, des remparts, de vastes réserves d’eau, des écuries immenses…Sa grandeur et son rayonnement étaient si florissants que l’on a parlé du « siècle de Moulay Ismail »

Ces œuvres ne demandent qu’à être visitées, explicitées. Les touristes de nos jours sont assoiffés de culture.

De plus, l’absence en Europe, et dans le monde en général, de Centres Culturels du Maroc dont l’objectif premier est de faire connaître aux enfants de notre communauté en particulier et aux citoyens du pays d’accueil en général, la culture et la civilisation de notre pays est flagrante : les villes comme Meknès devraient avoir leurs entrées auprès des services culturels de nos ambassades !

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Un grand poète : Sidi Kaddour Alami (1742-1850)

Moulay Ismail et Sidi Kaddour Alami ont vécu le même siècle ! Et ils l’auront marqué chacun à sa façon.

Sidi Kaddour Alami a laissé une œuvre extrêmement riche, bien qu’une grande partie de cette œuvre ait été perdue. Une des caractéristiques de l’œuvre de ce grand poète, est qu’il a tenu à nous léguer des images de la société dans laquelle il a vécu, à nous donner un aperçu sur les mœurs et les valeurs de la société de son époque et nous permettre par-là d’acquérir une connaissance quasi certaine de la psychologie et des us de cette période. Par la force de ses mots, par la dextérité de ses compositions, par la splendeur de ses métaphores, il a su rendre compte à la postérité de ce qui se passait à son époque, tout en agissant comme moraliste pour redresser les vicissitudes ; à cet égard, sa qacida « le cœur » est une encyclopédie de « hikam » et de proverbes. D’ailleurs l’Académie du Royaume du Maroc (21-22 décembre 2001) n’avait-elle pas organisé un colloque sur les proverbes marocains et Abderrahman El Melhouni n’avait-il pas démontré que la qacida « le cœur » de Sidi Kaddour Alami, en était un véritable dictionnaire !

Ecrite il y’a un peu moins de deux siècles, cette qacida est d’une actualité déconcertante et elle continuera à nous montrer comment surmonter les épreuves comme elle l’a montré à nos ancêtres. En voici d’ailleurs un extrait :

« Quel dommage ! L’hypocrisie se propage !

Vérité et sincérité ont fait naufrage !

Plus de pudeur ! Mœurs et vertu se sont tus,

Et le bouleversement du monde s’accentue !

Prospère la calomnie ! Lion chien devenu !

Lionne dans la foret la grue est reconnue !

Seigneur ! le faucon dissimule ses serres !

Et même le hibou pourchasse ses confrères…

Finie l’amitié sans désintéressement,

Tes amis veulent t’arnaquer à tout moment.

Et la loyauté n’est que poudre dans tes yeux,

Dès que tu leur (tes amis) fais confiance ils deviennent odieux,

Armés du colt de l’infâme traîtrise,

Ils attendent l’occasion pour qu’ils te brisent ! …( Quacida « le cœur » traduction de l’auteur)

Voici un autre exemple de la grandeur de cet homme :

( qacida « Tawassoul » ) *

« …Accumuler, s’enrichir rêvent les uns

D’autres portent à leurs capitaux un si grand soin,

Et certains ne comptant que sur leur commerce,

Dans l’ivresse de la richesse se déversent.

Bien d’autre ne savent que besogne et labeur.

Ainsi est le genre humain, chacun sa ferveur !

Mais ton serviteur est si humble et modeste !

Tu as béni le passé, bénis le reste.

Bonté divine, Tu es mon seul recours,

O Maître sans maître, viens à mon secours ! »

La vie de Sidi Kaddour Alami a marqué son œuvre très diversifiée :

Il a aussi bien chanté la femme, les plaisirs de la vie, il a écrit de célèbres louanges à Dieu …Il est même devenu très tôt un « soufi » qui a marqué son temps et le Roi Sidi Abderrahman ne manquait aucune occasion pour prendre son avis sur des questions de religion ou de société.

Tous ces éléments, s’ils étaient exploités par des spécialistes de la communication, pourraient asseoir durablement l’objectif visé par le festival, à savoir redonner vie à une cité qui a rayonné par le passé, une cité qui est la dernière demeure de ces deux grands hommes.

Le tourisme de nos jours a une coloration culturelle incontestable, et Méknes constitue un creuset culturel naturel et ancestral qui ne demande qu’à être offert aux autres : ses richesses architecturales sont le décor naturel de toute manifestation, la porte Bab Mansour n’a t elle pas été « transférée » jusque dans Paris à l’occasion de l’année du Maroc ? Ses richesses poétiques et musicales sont le gage d’une réussite certaine : Sidi Kaddour Alami, les hmadchas, les issaouas etc. ne sont-ils pas l’ingrédient qui ferait savourer toute autre composition musicale venue d’ailleurs ? L’objectif dix millions de touristes à l’horizon 2010, ne milite-il pas dores et déjà en faveur d’une préparation de Meknès à ce nouvel esprit ?

La nomination par SM le Roi de monsieur Hassan Aourid, homme de culture, à la charge de wali de la région de Meknès-Tafilalet et gouverneur de la préfecture de Meknès est de bon augure pour cette cité impériale délaissée et dont l’avenir touristique et culturel est plus que certain.

 

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Fouad Guessous est l’auteur du « Melhoun Marocain dans la langue De Molière »

 

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Dans l'islam, Al-Tawassoul (arabe : التوسل) signifie la notion d'intercession auprès de Dieu. Elle fait l'objet d'explications par les fondateurs des quatre écoles de jurisprudence (fiqh) musulmane. Le concept d'intercession, malgré le consensus des savants musulmans de ces 14 derniers siècles, est contesté par l'école de pensée salafiste, et par aussi une partie non négligeable des autres sunnites. Le khilaf (la divergence) dans la pratique se tient donc au fait de faire la différence ou non entre le Tawassoul, le tabarrouk et l'istighatha.

 

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