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Photographie coloniale au Maghreb

Photographie coloniale au Maghreb

Entre 1870 et 1914, l'orientalisme a été une période propice à son développement dans l'art de la pensée, mais l'entre-guerre sonnera le déclin de cet intérêt, le public s’attachant alors davantage aux arts et productions de l’Afrique noire et d’Océanie. L'invention de la photographie date de 1839 et a permis à ses premiers utilisateurs - des missionnaires et des explorateurs - et à des photographes professionnels de produire de nombreux portraits d’hommes et de femmes qui vivaient dans les colonies. Par « photographie coloniale », on désigne également une pratique de la prise de vue qui s’est développée pendant plus d’un siècle sur l’ensemble des continents aussi bien qu’à l’occasion des expositions coloniales ou des « exhibitions » d'indigènes. A partir de l’analyse de ces différentes reproductions photographiques, cette communication montre les constructions identitaires et la perception de l’Autre en contexte colonial. Cette invention a permis aux autorités coloniales d’exercer un pouvoir sur les peuples colonisés et de construire une perception particulière des indigènes. La photographie du XIXe siècle a servi des intérêts gouvernementaux et économiques et surtout nourri le fantasme d'un monde lointain et exotique. Certaines de ces photographies parfois imaginatives sont à peine centenaire et évoquent pourtant une période qui semble plus que lointaine, plus que passée. Les aînés se souviennent encore des leçons de géographie et de l’empire colonial basées sur ces clichés que les photographes professionnels fournissent aux magazines les images d'un empire colonial au faîte de sa puissance. Leurs activités coïncident avec l’action de leurs gouvernements qui mènent une politique de pénétration "rampante" dans l'Empire ottoman afin d’y étendre leur hégémonie politique, économique, culturelle et religieuse. Grâce à la photographie, on pouvait non seulement voir mais surtout conserver pour le futur. Ces colonies, vues avant tout à travers un filtre occidentalisant, fut pour ainsi dire théâtralisé par les photographes européens.

Le Maroc est resté plus longuement isolé que les autres pays du Maghreb aux influences occidentales. Ce pays ocre a toujours attiré de nombreux photographes. Pierre Loti était également photographe, Paul Bowles et Jean Genet, étaient également fascinés pour les mêmes raisons de ce pays. Notons aussi le projet du banquier et mécène français Albert Kahn (1860-1940) qui a consacré une partie de sa vie et sa fortune pour constituer à partir de 1909 "les Archives de la Planète (ADLP)" dans le cadre philanthropique d'une compréhension et de dialogues entre les cultures. Il mit sur pied de nombreuses institutions à la suite d’un tour du monde, qu’il concrétise son projet de créer les Archives de la Planète, en formant des équipes chargées de la mission de photographier les us et coutumes de l'Autre. L'objectif principal était de rencontrer ce pays traditionnel, dans ses vestiges comme dans son actualité, dans ses équilibres séculaires ou ses splendeurs menacées, ses permanences ou ses ruptures, sans occulter l’empreinte des différents envahisseurs et notamment de la présence française, dans ses réalisations comme dans les dommages générés par le système colonial. L'opérateur Stéphane Passet part pour le Maroc, armé de caméras et d'appareils photo, le pays est en passe de devenir un protectorat français. Il restera au Maroc entre 1912-1913, et ensuite ce fut le tour de Georges Chevalier en 1925.

Le livre de Marie Moignard intitulé « Une histoire de la photographie marocaine » est paru en 2010 et retrace l’évolution de la photographie marocaine, depuis les premiers photographes autochtones jusqu’aux grands noms de la photographie contemporaine.

Müller Miklós. Larache, Morocco, 1942.

Nicolás Muller. Bailarina Tajara, Larache, Morocco, 1942