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Maroc : Patience et lumière font plus que nuit, ni qu’obscurité

Maroc : Patience et lumière font plus que nuit, ni qu’obscurité

Opinion. Dans deux jours, nous fêterons le huitième mois de gestation du Printemps marocain. 

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Le temps a filé !

A la vitesse de l’éclair, comme chaque fois qu’un bonheur étreint notre âme et nous transporte de joie.

Les marées humaines qui se sont déversées dans les rue de plusieurs villes, ce dimanche, témoignent de la vigueur du mouvement et de la détermination des marocains à en découdre, à tout prix, avec les méthodes d’un autre temps, qui les ont  avilis, appauvris, acculturés, analphabétisés,  pour mieux les asservir et en faire des citoyens de seconde catégorie.

Bien des événements se sont déroulés au cours de ces huit mois.

Certains ont fait notre bonheur comme le déclenchement du mouvement, le 20 février, dans la  peur de la répression.

Je me souviens de ces commentaires alarmés sur Facebook, qui rendaient compte de déploiements policiers importants, de harcèlements des démocrates, d’avertissements sans frais des suppôts du makhzen, aux jeunes distribuant tracts et affiches ou encore à la campagne de dénigrement visant les dirigeants, les initiateurs ou les inspirateurs de la contestation.

http://a6.idata.over-blog.com/1/50/59/42/CHEB-RAYAN/divers/mohammed-vi.jpg

Même la pluie s’était mise de la partie, pour doucher  notre enthousiasme et  tenter de gâcher le début de la manifestation. Mais la météo ou un signe du destin, ou les deux, concomitamment, dans un clin d’œil complice, se sont ravisés, transformant la fin de la marche en kermesse joyeuse, sous un magnifique soleil printanier.

D’autres évènements ont, un moment, rempli nos cœurs d’espoir.

Comme le fameux discours annoncé du roi, dont, nous espérions  qu’il serait l’annonciateur de réformes révolutionnaires. Une sorte de « Je vous ai compris », compatissant et sincère, au cours duquel, le chef de l’Etat ferait un Mea Culpa, au nom d’une monarchie prédatrice, combinarde et absolutiste.

Nous pensions à une assemblée constituante, à une dissolution du parlement, qui aurait renvoyé Abbas El Fassi et sa famille, à ce qu’ils n’auraient jamais dû quitter, leurs pantoufles.

Nous imaginions des élections libres et honnêtes, sous le monitoring d’un quelconque organisme international.

En un mot, nous nous étions pris à rêver.

Nous étions fous !

Tellement fous que certains s’étaient même aventurés, jusqu’à imaginer le roi, parmi nous, dans cette marche pour la dignité. Comme lors de ce raz-de-marée qui avait conduit son père, pacifiquement jusqu’à sa dernière demeure.

Il n’en fut rien !

En réalité, il  avait le choix entre faire donner la troupe, comme il est de  coutume, au Maroc, pour tuer dans l’œuf ou noyer dans le sang, cet énième mouvement de contestation  de compatriotes, et chausser ses grosses lunettes en simili écaille, fouiller dans les tiroirs légués par son père, pour en ressortir un vieux dossier élimé jusqu’au dernier grammage de carton. Celui de la ruse  éculée,  à force d’avoir été servie et resservie par son prédécesseur: la révision de la constitution.

Il a préféré chausser ses grosses lunettes !

Nous avons également eu droit à des moments terribles de répression, qui ont emporté quelques-uns de nos camarades. A chaque fois, le régime s’est dédouané de toute responsabilité,  dans des déclarations abracadabrantes,  où le mensonge le disputait à l’insupportable.

Nous avons perdu en chemin, plus d’un des nôtres.  « Lhaqed », par exemple, notre petit oiseau, comme l’a surnommé Dounia Benqassem,  qui chantait tellement bien son indignation, que les adulateurs du despotisme, agacés, ont chaussé, à leur tour de grosses lunettes, et l’ont réduit au silence…..pour un moment.

Dans notre malheur, nous avons, tout de même, eu droit à des moments de grâce, comme l’intervention d’une Zineb El Rhazoui, s’invitant à la Plénière du printemps arabe, à Clermont-Ferrand, pour infliger une volée de bois vert,  à un Yazami qui n’en menait pas large  de s’être fait le complice d’une forfaiture et le laudateur des ennemis de la démocratie. On se souviendra longtemps de sa fameuse phrase: « Ne venez pas nous parler de démocratie ! »

Et cette lettre de Benseddik, vitupérant contre l’entourage royal et invitant le roi à le tuer, après que les tenants de l’absolutisme, de la corruption et de l’injustice, aient occis son avenir professionnel. Un pur chapitre de délice, dans l’histoire de notre nation,  même s’il racontait aussi,  la brisure d’une vie pleine de promesses !

Sans oublier ce que nous avons gagné de plus précieux, les nombreux amis de la liberté qui sont du même coup devenus les nôtres et nos compagnons de route, dans cette belle aventure humaine qui nous conduira sans aucun doute, un jour, vers la démocratie, et la résilience collective d’une des périodes les plus sinistres de notre existence.

Long, très long,  semble le chemin vers la démocratie, aux plus impatients d’entre nous.

Mais qu’est-ce qu’une année ou une décennie, lorsqu’au bout de la nuit et de l’obscurité, ceux qui combattent pour leur dignité sont assurés de voir poindre une aube nouvelle, auréolée d’une lumière éclatante.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cc/Abbas_El_fassi_08.jpg

C’est la terreur de cette lumière qui fait paniquer les dictateurs, se raidir leurs complices et grimacer leurs panégyristes !

Salah El Ayoubi

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