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Origine du Malhoun

Origine du Malhoun

L'origine du mot Malhoune ou Melhoun ou Malhun en arabe الملحون désigne un poème mélodique qu'on appelle aussi qasida, issu d'une culture authentiquement marocaine qui remonte au XIIe siècle, en empruntant de manière simplifiée ses modes à la musique arabo-andalouse. Il s'est développé sous une forme littéraire qui ne respecte pas la structure grammaticale classique. Il est un imposant corpus depoèmes et de chants véhiculés par une double tradition orale et manuscrite, représentant un art plus élaboré des formes de versification notamment en arabe dialectal.

 

La poésie arabe s'est muée en arrivant de l'arabe classique en arabe dialectal. Le malhoun signifie d'ailleurs ; une poésie rythmée mais qui ne respecte pas les règles de la grammaire. C'est ce qu'Ibn Khaldoun a  voulu dire par « Âroud el Balad », la poésie du terroir.

 

Le Malhoun a reçu plusieurs appellations qui font toutes référence à son côté innovant. Le plus ancien maître qui connaît le Malhoun est sans doute Moulay Chad qui vécut à Tafilalet au 16° siècle, il est connu pour son style « il était une fois =kane ya ma kane» qui exprime sa popularité comme art de la parole ; l’écriture du Malhoun est venue plus tard ; ce qui renforce son appellation de parole (laklame).

 

De ce fait, l’attention a été donnée à son apprentissage et à sa présentation dans les mosquées et les sanctuaires ; apprendre et restituer ont été les deux facettes de cet art.

Le poème écrit en zajal (زجل) est enrichi de mélodies populaires, cette création donne naissance au Malhoun.

L'époque almohade et le malhoun

L'arrivée à Sijilmassa des Béni Hilal et en particulier des Béni Maâqil ainsi que des andalous au temps des Almoravides et des Almohades, du temps où le Maroc et l'Andalousie ne faisaient qu'un seul et même pays a grandement contribué à la naissance du malhoune dans le Tafilalet puis sa diffusion dans le reste du pays.

 

Du Tafilalet, cette poésie s'est propagée avec la remontée des dynasties, du commercetranssaharien et de pasteurs nomades vers les villes impériales du pays.

 

La chanson populaire arabe au Maroc emprunte régulièrement ses modes à la musique arabo-andalouse.

 

Le malhoun est connu depuis l’époque almohade qui avait créé un pouvoir central fort face à la structure tribale qui avait tendance à s’opposer et où nombreuses productions marocaines et andalouses du zajal ont vu le jour à une époque ou l'art Almohade marquait l’apogée artistique du Maghreb. Il furent les bâtisseurs de villes comme Ribat el Fath (Rabat). L’époque Almohade constitue un point fort de l’union culturelle entre Maghreb et Andalousie. Cette époque correspond également à une grande rigueur religieuse qui correspond à un étonnant déploiement du monde scientifique. Les élites s'ouvrent ainsi à la culture andalouse (poésie, médecine, philosophie...) avant de venir régner dans la capitaleMarrakech. La différence entre culture citadine des élites et culture plus frustre des tribus s’affirme de plus en plus.

 

La forme première du malhoun était véhiculée par les maddahin, qui s'accommodent très bien avec la mission de diffusion d’informations que s’étaient assigné ces premiers Almohades.

 

Parmi les premiers auteurs, citons Abdelaziz El-Maghraoui (1578-1602) et Sidi Abderrahmane El-Majdoub qui ont vécu à la même période et qui se sont fait connaître avec leur quatrains mystiques « Rubaïyat ». Au cours du XVIII et XIX ème siècle, se succèdebt de nombreux poètes qui ont adoptés et transmis ce genre artistique.

 

Un événement illustre le début du VIIIème siècle. A Fès, El Haj Allal al-Batla qui vit au début du règne Moulay Abdallah (1729-1757), compose la nouba en mode istihlâl (le lever de la lune). Cette oeuvre, entièrement nouvelle, ne figure pas dans les 24 noubas ni dans l'arbre des modes, mais elle s'apparente plutôt à la nouba en mode dil qui a disparu.

 

Dès l'avènement des dynasties saadiennes, les aèdes populaires se revèlent, étonnament prolixes et imagés, ornant des traits de moeurs et de saillies originales leurs écrits d'allure romantiques. Ces poèmes, qui renouent à leur façon la tradition des longues ballades anté-islamiques, sont écrites en melhounb (sorte de koïné, poétiques littéralisé, fondé sur l'arabe vulgaire, influencé par les bédouins). La langue répudie les cas et les formes de la grammaire classique, la versification ignore ce qui faisait l'essence de la poésie arabe : la quantité. Uniquement basé, comme le français sur le nombre des syllabes, ce genre poétique ignore totalement les savantes combinaisons des anciens mètres. Son accentuation toute externe, est fonction du chant, en vue duquel il a été écrit et qui lui a valu son appellation si adéquate de mel'hoûn, signifiant à la fois incorrect et chanté.

 

Plus tard

Le malhoun à Essaouira a connu des jours fastes au XIXème siècle avec son représentant le plus illustre Mohamed Ben Sghir. Selon le chercheur illustre du patrimoine du malhoun. Ahmed Souhoum, Mohamed Ben Sghir représente un chaînon fort du malhoun et de la tradition poétique souiri de ce siècle. Ce maître était un adepte de la confrérie des aissaoua pour laquelle il a composé plusieurs chants religieux (adkar). Sa poésie d'une extrême finesse épousait la culture de son époque. Néanmoins la richesse de ses textes et de son répertoire lui on valu une grande notoriété dans tout le Maroc et ce jusqu'à nos jours. Parmi ses célèbres qaçaïd on peut citer en particulier Lafjar (l'aube); achamâa (la bougie), al falaka (la punition), al kasbah et al warchane (la colombe). Al Warchane est un véritable hymne à l'amour de l'auteur pour sa ville natale, poésie dans laquelle la colombe d'Essaouira effectue une longue pérégrination, imaginaire jusqu'à Tlemcen en Algérie après avoir rendu visite aux sept saints des regraga dans l'arrière pays des chiadmas pour recueillir leur bénédiction.

  • "ô colombe...
  • Colombe, va chez les fils d'Essaouira
  • qui résident à Tlemcen.
  • Porte leur le salut d'Allah
  • Prie pour leur gloire et leur lumière,
  • Pour qu'il nous reviennent comme ils nous ont quittés.
  • De la porte du lion tu sortiras colombe,
  • tu demandera protection à Sidi Mogdoul, seigneur du port.
  • Sa nouvelle est parvenue jusqu'à Istanbul.
  • Sois prudente et éveillée.
  • Dépasse les amas de pierre au de la de la grande colline,
  • Et touche de tes ailes moula dourain (saint de Regraga),
  • Gloire de notre pays.
  • Demain à l'aube tu te purifieras à l'écoute de la prière."

Mohamed Bassis (né en 1927), fut également un authentique interprète de malhoun pendant plusieurs décennies.

Ensuite viendra celui qu'on nomme le doyen de cette musique Malhoun : Haj Houcine Toulali (1924-1998) qui avait créé une école qui a contribué à préserver cette expression musicale typique reflétant les différents aspects de la vie quotidienne, comme par exemple le titre Bain Zarda qui présente avec une poésie toute remarquable, l'histoire d´un homme qui s'invite chez son voisin pour lui demander de préparer toute sortes de mets marocains. D'autres personnalités comme par exemple Lakhdar Ben Khlouf , Ben Msyeb, Mostefa Ben Brahim, ont également été des personnalités notoires.

 

Selon des musicologues, il fut chanté par les artisans des villes. Chaque corps de métier et chaque quartier ont leur répertoire et leurs poèmes. Pour eux, le malhoun était un moyen d'atténuer les rigueurs dutravail et de rompre sa monotonie avant qu’il ne soit généralisé à toutes les franges de la population. Tant et si bien qu'il est devenu pour eux synonyme de calme et de sérénité, calme par sa musicalité douce et détendue, et serein par la noblesse et la chasteté des paroles. Accompagné par les percussions, le oud, le guembri et le violon, les chanteurs de malhoun racontent, au travers de poèmes parfois très anciens, la vie des vieux quartiers de la médina, les voluptés ou les déceptions de l’amour. Apprécié, voire même soutenu, par des Sultans, des juges et des hommes de lettres pour unifier le peuple, il englobe la richessede toute une nation.

 

Les piyoutim des juifs marocains font généralement un choix libre et varié des mélodies andalouse, de manière à obtenir une suite bien ordonnées obéissant au principe de l'accélération progressive empruntées par des rabbins séfarades qui ont composé des textes expliquant chacun un verset de la Torah. On les chante dans les cérémonies religieuses tout comme les psaumes de David. Andalouses aussi, et reprenant parfois les mêmes mélodies, sont les Samaâ-s ou chants arabes en l'honneur du Prophète. (les poètes juifs écrivant en langue hébraïque prenaient souvent leurs modèles dans la poésie arabe dont ils adoptaient le mode de penser; aussi le chant juif était-il très proche du chant arabe et de la pensée musulmane. Les deux communautés écoutaient avec le même engouement les noubas qu'elles avaient emportées en quittant leur première patrie: l'Andalousie. Elles appréciaient de même les oeuvres de leur culture nouvelle en arabe dialectal, langue parlée couramment dans les deux communautés qui ont produit le malhoun, si riche et si varié.