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Musiques en Afghanistan

Musiques en Afghanistan

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Il y a beaucoup à dire sur l’Afghanistan, son histoire, la richesse de sa culture, sa musique...C'est un pays de hautes terres devenu nation et qui a presque simultanément explosé et implosé. Carrefour de nombreuses civilisations, l'Afhanistan, présente autant des musiques et d'instruments de musique qui se rattachent aussi bien au monde persan qu'au monde indien ou d'Asie centrale ; cette disparité est aussi à l'image de la distribution linguistique dans ce pays à savoir, le dari, ourdou, pashto. L’Afghanistan, anciennement au croisement des civilisations persane, indienne et asiatique, reste le pays des guerriers montagneux et fiers confrontés aujourd’hui au jeu des puissances internationales. Homayoun Sakhi, révélation musicale de ces dernières années, a voué son existence au rubâb, le luth afghan aux sonorités mercuriennes et incisives.

 

La ville multi-ethnique de Kaboul a longtemps été la capitale culturelle régionale, mais les étrangers ont tendance à se concentrer sur la ville de Herat, qui  était le foyer de traditions plus étroitement liée à la musique iranienne que dans le reste du pays. La plupart des paroles écrites en l'Afghanistan sont généralement en dari (persan) et pachtou. Tristement d’actualité aujourd’hui, objet de convoitises géopolitiques, l’Afghanistan, entre Asie et Orient, est encore une terre de guerriers tribaux et montagnards. La musique afghane, encore mal connue de l’Occident, est singulière dans ses rythmes, dans ses modes chromatiques.

Les musiciens sont globalement divisés en deux groupes : les sâzandehs et les showghis.

Les sâzandehs sont des professionnels, ils ont appris la musique des ustâds ( maîtres de musique) . On pourrait donc croire qu'ils bénéficient d'un statut social plus élevé que les musiciens amateurs, appelés showghis.

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Humiliation des musiciens

Mais dans la société afghane,  même les sâzandehs n’ont pas un statut très élevé en Afghanistan. 

Depuis la fin des année 1970, les régimes politiques ont peu encouragé  la pratique musicale. Les musiciens subissaient d'ailleurs ce discrédit car ils étaient associés à  une mauvaise réputation empreinte de soupçons de mauvaises mœurs. Le quartier de Kharâbât délimitait à cette époque le quartier des musiciens. Les  les ustâds, les maîtres de musique de Kaboul y vivaient pour transmettre la pratique musicale.  La populasse stigmatisait ces musiciens et leurs élèves en affichant son mépris par un comportement humiliant et des témoins affirment que des vieux du quartier crachaient au sol au passage d’un ustâd ou de ses élèves.

Les Talibans

Ravagé par plus de 25 ans de guerre civile, l'Afghanistan a aujourd'hui presque tout perdu de ce qui faisait la richesse de sa culture et la fierté de ses habitants quand passaient les caravanes sur la route de la soie. Bien avant que n'éclatent les conflits, les clans qui peuplaient ces contrées s'opposaient déjà dans des luttes principalement dues à leur isolement géographique. Ceux-ci ont engendrés des faiblesses dont les envahisseurs surent tirer profit en appliquant le principe de "diviser pour mieux régner" afin de les contrôler. A travers les siècles, ils furent colonisés et dépossédés de leur identité. Des conquêtes arabes au règne d'Abdul Rahman appuyé par les Britanniques et plus récemment des Talibans qui détruisirent les Bouddhas de Bamyan avec l'aide du Pakistan et de l'Arabie saoudite; un siècle de persécutions, tortures et d'humiliations ont mis à genoux ce peuple que l'espoir semble avoir délaissé.

En 1996, le gouvernement taliban avaient banni la musique  instrumentale et l'expression publique. Bien que les musiciens furent arrêtés ou assassinés, et dans le meilleur des cas leurs instruments et les cassettes brûlés. Au nom d’un intégrisme religieux absolu, la danse, le chant et la pratique d’instruments sont proscrits de la sphère publique et privée.Les musiciens afghans ont continué à perpétuer leurs traditions au sein de l'importante diaspora établie au Pakistan.

Depuis la chute du régime taliban, fin 2001, la musique a acquis un nouveau statut dans la société afghane. Une évolution liée au développement des médias, mais aussi au changement de mentalité apparu dans les années précédant la guerre contre les Soviétiques. Les musiciens multiplient aujourd'hui concerts et enregistrements à la radiotélévision afghane. Ils retrouvent également le plaisir d'animer, selon les coutumes, les fêtes de mariage et les grandes cérémonies familiales.

Il existe plusieurs répertoires de musique classique afghane et contiennent des éléments de la musique indienne importés tels quels de l'Inde.

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Musique soufie

Le chant populaire et la poésie mystique afghane puisent dans une harmonie de couleurs sonores où s’entrecroisent les traditions pachtounes, tadjikes, baloutches ou hazâras.

Les sonorités incisives, métalliques et mercuriennes du luth rûbab à trois cordes mélodiques et vingt cordes sympathiques, évoquent l’univers montagnard de ces peuples à l’inspiration mystique et à la fierté guerrière, dont l’art s’est mêlé aux premiers raffinements des cours de l’Inde. Le rûbab est ainsi à l’origine du luth sarod né à l’orée du XIXe siècle, l’un des instruments dédié à la gloire des princes et à la louange des dieux dans la musique classique de l’Inde du Nord.

Il existe de nombreuses confréries soufies dans le pays, pratiquant le dhikr, la récitation coranique non accompagnée, sous forme de chants : 

na'tmursiamanqasatnowheh et rowzeh. Les Chishti de Kaboul utilisent quant à eux des instruments de musique dans leurs rites de dévotion gaza-yeh ruh. Une multitude de petits réseaux soufis y subsistent, ayant chacun ses propres rituels. Ces cérémonies, à l’inverse d’autres pays comme le Pakistan ou l’Égypte, s’y déroulent de manière intime, voire cachée, avec une grande ferveur. Il existe même près du Balouchistan un rituel guâti destiné à la guérison des malades sous emprise d'un djinn ou ghât. Cette musique d'extase est jouée sur des instruments tels : doneli, sorud, benju, tambura.

Arnaud Desjardins (18 juin 1925 - ) était réalisateur à l’ORTF de 1952 à 1974 et est l’un des premiers occidentaux à faire découvrir aux Français, au travers de documents télévisés, quelques grandes traditions spirituelles méconnues des Européens : l’hindouisme, le bouddhisme tibétain, le zen et le soufisme (mystique de l’Islam) d’Afghanistan.. Voir l’extrait d’un documentaire exceptionnel sur les soufis d’Afghanistan...

 

Organologie

Vents :

  • Badakhshani
  • Dili-tuiduk
  • Doneli
  • Harmonium
  • Sorna

Cordes :

  • Benju
  • Dilruba
  • Dotâr
  • Ghaychak
  • Rabâb
  • Santoor
  • Sarinda
  • Tambur

Percussions :

  • Chang
  • Dayre
  • Dohol
  • Dukkar
  • Tablâ
  • Zang-i kaftar
  • Zirbaghali

 

L'Ensemble Kaboul est un des rares groupes de musique traditionnelle de ce pays. "Armé de luth rubâb, de flûte tula, d'armonia, de tablas, de santûr et de voix aussi aériennes qu'émouvantes, l'Ensemble Kaboul, réfugié en Suisse depuis 1995, se bat pour maintenir en vie la diversité musicale d'un pays de confluences où cohabitaient autrefois harmonieusement une trentaine d'ethnies. Chants d'amour, de fêtes ou de mariages, poèmes anonymes, pièces instrumentales, compositions ou improvisations, la palette du groupe évoque chaque région d'Afghanistan et assume pleinement les héritages indiens, persans, arabes ou soufis qui l'ont construite."

 

 

 

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Ahmad Zahir (né le 14 juin 1946 dans la province de Laghmân et mort assassiné le 14 juin 1979 à Kaboul) fut un chanteur afghan très populaire qui a révolutionné la musique afghane en mélangeant la guitare électrique et la batterie aux instruments traditionnels comme le tablâ et l'harmonium. Il écarte de son répertoire les refrains jugés trop austères des anciens chanteurs. Il souriait toujours sur scène (ce qui est très rare en Afghanistan) en chantant. Il connu un destin proche de celui de cheb Hasni en Algérie, il fut assassiné d'une balle dans la tête par des islamistes.

Mohammad Hussain Sarāhang est un chanteur afghan (1924 - 1983) connu pour ses textes, compositions et interprétations dans différents styles classiques comme le khayal, le thumri, la tarana, le ghazal ou encore le râga Mohammad Hussain Sarahang acquerra ses lettres de noblesse en Inde où son père l'envoya pour faire ses études de musique. Connu en Afghanistan, au Pakistan, au Tadjikistan et en Iran Ostad Mohammad Hussain Sarahang fut révélé en Inde. Son concert de 1979 à New Delhi rassembla une foule de personne dès son arrivée à l'aéroport. À sa descente de l'avion un tapis rouge lui a été dressé, avec de chaque côté des jeunes femmes indiennes aux longs cheveux qui les laissèrent tomber sur le tapis en se courbant. Ostad a donc mit pied sur les cheveux de ces jeunes femmes en parcourant le tapis rouge. Cette façon d'accueillir est une marque d'affection, de respect et d'admiration dans les traditions indiennes, réservée aux seuls artistes d'exception.

La culture hip-hop

Comme partout dans le monde, le hip-hop est devenu un genre musical prisé parmi la jeunesse afghane et la communauté afghane à l'étranger. Il hérite beaucoup du style de hip hop traditionnel, mais met davantage l'accent sur les rares sons qui se rattachent à la culture musicale de ce pays. Il est essentiellement chanté en dari (persan), le pachto, ou en anglais. Un artiste de hip hop populaire vivant en Allemagne est DJ Besho (Bezhan Zafarmal), et est devenu un véritable ambassadeur du Rap dans son pays d'origine en militant pour la Paix.

 

A la croisée des civilisations asiatiques, indiennes et persanes, l’Afghanistan n’a pas encore révélé tous ses secrets. Homayoun Sakhi détient celui de l’art du rubâb, ce luth à cordes pincées devenu l’emblème de la musique traditionnelle d’Afghanistan. Ce sens de la mélodie, il le tient de son père Ghulam Sakhi et de son oncle, Ustad Mohammad Omar, un célèbre musicien et chanteur afghan. Une école qui lui a permis en juin, au festival des Musiques Sacrées du Monde de Fès, de se faire l’ambassadeur de l’Asie Centrale. Sa prestation, hypnotique et sensorielle, cache bien plus d’un tour dans son rubâb…

  

Sources