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Mezoued et soufisme tunisien

Mezoued et soufisme tunisien

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La Tunisie doit toujours son image de nation musulmane moderne au soufisme, une tradition islamique spirituelle et tolérante ui remonte aux premières générations de musulmans en mettant l'accent sur les valeurs universelles que l'islam partage avec le christianisme et le judaïsme (comme la quête du bonheur, l'amour des siens, la tolérance des différences raciales et religieuses voire la promotion de la paix), les rassemblements soufis ont de tout temps incité les jeunes à s'engager dans le dialogue inter-religieux au cours de l'histoire. Les tunisiens comme d'autres Maghrébins sont restés fidèles à cette vision des choses. Leur production musicale a également marqué le pays. Malheureusement, face à l'Etat policier et la dictature organisée, le soufisme dans ce pays est  presque réduit à néant. 

"Il est à notre avis assez difficile de remonter jusqu'aux origines du phénomène soufi au Maghreb, et en particulier en Tunisie. Cependant, il est fort probable que les origines de ce phénomène remontent à l'époque al-Mohade (11), dynastie fondée par `ABD EL-MU'MEN IBN `ALI EL-KÜMÏ (entre 1094 et 1106 – 1163) de la tribu Zanâta (groupe des zénètes) qui, parti du Maroc afin d'unifier le Maghreb, a dû chasser en juillet 1159, les Normands qui ont occupé Mahdia depuis 1123, et soumettre les princes hilaliens. L'armée almohade fut l'objet d'admiration de la population autochtone. Formée de cent milles soldats selon les historiens, elle est considérée comme l'armée libératrice de l'Ifriqiya des Normands (mécréants). Ainsi, la ville de Mahdia a été libérée et l'unité du pays retrouvée. Cependant, le danger pouvant venir de la mer est plus que jamais ressenti." (Nabil FAKHFAKH)

 

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Parmi les styles majeurs de la
musique tunisienne, citons  le mezoued, le stambali et le salhi qui allie mysticismepoésie et ambiances de fête et de la  transe. Parmi les célébrités de ces genres figurent Ouled Jouini, Belgacem Bouguenna, Fatma BoussahaHedi Habbouba, Faouzi Ben Gamra, Amina Srarfi ou encore Salah El Farzit.

D'après un article écrit par Fethi Zghonda qui ont fait suite aux entretiens avec Hassine Haj Youssef et des musiciens de Mezoued depuis 2003, on peut actuellement affirmer que le Mezzoued est arrivé en Tunisie au début du XXème siècle à travers la Lybie et était très utilisé par ceux-ci qui se réunissaient après le travail autour de la musique, la danse, la poésie (en darija) et même quelques bières...mais les travaux de chercheurs actuels apportent d'emblée de nouvelles pistes et interrogations...Le Mezzoued a toujours été présent en Tunisie, pourquoi le rejeter. Mais depuis quand ? Qui l'a conçu ? Où puise-t-il ses origine, comment a-t-il par ailleurs atterri à Tunis ?

Selon Abdelkrim Fitouri, le genre musical se répandait dans les Zaouïa au coeur du soufismeEn ces années 1950-60, lors d’une soirée de R’boukh, on chantait évidemment la beauté et l’intégrité de la femme, on chantait l’amour également. Sauf qu’il y avait des chants essentiels, inévitables, et qui formaient l'axe central, ou plutôt l’âme, de ce genre de chant populaire : ce sont les chansons soufies. Hier comme aujourd’hui et demain encore, on ne cesse de faire l'éloge de Sidi Mehrez, Sidi Belhassen, Essayyda El Mannoubyya, Sidi Ali Azzouz, Sidi Abdessalem, Sidi Ali El Hattab,... Jamais chanson tunisienne et encore moins le Malouf ne s’est intéressé à ces grands Soufis probablement venus du Maroc mais installés quelque temps à Tunis et banlieues. 

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Il s'agit d'un soufisme pauvre dénué de la dimension spirituelle « il répond à l’aspiration des couches populaires à une religion simple de convictions avec des rituels chauds et trépidants Les couches populaires trouvent en ses représentants (c-a-d les saints et les marabouts) les intercesseurs auprès de Dieu et des protecteurs qui les assistent dans l’épreuve Le besoin était si pressant à la distraction et à l’assistance dans une époque caractérisée par sa rigueur et riche en calamités ». (Source Mohamed El Hedi Cherif in Tarikh Tounes).

Rejeter le Mezzoued en tant qu’élément essentiel du Patrimoine culturel serait une volonté de renier la tradition soufie de Tunisie. S'il nous est  permis de présenter ainsi les choses, on va dire que la tradition soufie s’est fait accompagner d'un genre musical propre à elle, et lequel serait – peut-être – le Mezzoued. Et voilà qui nous amène à creuser un tout petit peu. 

Le Soufisme tunisien connut son époque de gloire au temps d'Abou Zakaryya El Hafsi, au début du 7ème siècle de l'Hégire (13ème siècle). Tous les "Sidi" cités plus haut sont arrivés – concomitamment ou les uns après les autres – à peu près à cette époque-là. Les chantait-on à l'époque ? Leur faisait-on d'éloges récités ou chantés ? Peut-on en savoir plus ?. Mais ce qui est certain : on s’était mis à les chanter (c'est-à-dire : chanter leurs vertus) après leurs morts successives. Qui étaient derrière tous ces chants soufis ? Quand les avait-on composés et chantés ? Ce qui importe aujourd'hui  c’est d'exposer qu’une tradition reste gravée dans le coeur des tunisien encore de nos jours. Abdelkrim Fitouri ajoute par ailleurs ceci : « En dehors des Zaouia, le Mezzoued était utilisé lors des grandes récoltes, une manière à l'époque de bénir la moisson, de faire appel à la Baraka… ». Cela me permet de confirmer logiquement la thèse selon laquelle ce genre musical accompagnait déjà certains rituels du soufisme tunisien.

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Le jawq du shaykh Khmayyess TARNÂN

Bibliographie

  • KASRÂWI (al-Azhar al-), at-Turuq aç-çûfiyya bi Çafâqus, (les confréries soufies à Sfax), mémoire de C.A.R, Faculté des lettres et des sciences humaines, Tunis, 1985, p. 20.