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Marouane Hajji dans le contexte de la tarika Skallia

Marouane Hajji dans le contexte de la tarika Skallia

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Les chorfas Skalli de Fès sont les descendants du vénéré saint Moulay Ahmed Skalli.

La zaouia Moulay Ahmed Skalli a été fondée au 17ème siècle. C’est aujourd’hui encore un lieu où l’on pratique d’une façon régulière le dhikr et le samaâ. Ces séances donnent souvent lieu à des danses extatiques appelées ivresse spirituelle ou Khamra.

Le "Samaa", "l'écoute" est un art de chants polyphoniques sacrés, hymnes au Prophète Sidna Mohamed (P.S.) et à Allah.

Le Samaa de Fès a su traverser les siècles en s'enrichissant par l'arrivée des Arabes d'Espagne après la chute de Grenade en 1492 et par leur musique dite andalouse. Le flux ininterrompu des assoiffés de savoir à Fès, a permis aux chanteurs de rester en contact avec la musique de l'orient arabe. Toutes ces influences musicales poétiques, une fois tamisées à Fès, ont créé un genre musical original, local et en perpétuelle évolution. Le Samaa a pu nous parvenir, riche et authentique. Il a su plaire aux fervents des belles mélodies arabo-andalouses et cohabite avec l'orthodoxie musulmane en louant Allah et son Prophète (P.S.).

Les confréries soufies pratiquant le "Dikr", chant au rythme extatique à but thérapeutique, ont une influence certaine sur le Samaa. Ils ont tous deux pour but d'aider les chercheurs de la vérité suprême à atteindre Dieu en empruntant des sentiers ésotériques : le Soufisme.

Un groupe de Samaa se compose de 8 à 40 membres se produisant lors de fêtes religieuses, à l'intérieur des mosquées, des mausolées ou simplement chez des paticuliers à l'occasion de mariages, circoncisions, naissances ou enterrements. Dans les chants, la majorité des "Mounchids" (choristes) maintient la ligne mélodique dans des tonalités graves et sobres, ce qui permet aux solistes d'élaborer des "broderies", ornements vocaux, sur les chants. La technique de respiration, à la fois intuitive et codifiée, fait en même temps apparaître la chaîne sonore come un tout émanant d'un seul souffle.

La pratique du Samaa remonte à l'avènement de l'Islam (622 A.D.) Le Prophète (P.S) fut reçu lors de son exode de la Mecque à Médine, par un chant à sa gloire. "Le Lune trône parmi nous" est chanté encore de nos jours dans tous les pays arabes.

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Moulay Ahmed Skalli (1700-1763) exerçait la profession de vendeur de parfum au quartier Attarine s’adonnait dans sa boutique à la lecture de livres d’initiation. Dans la ville de Ouazzane où il se rendit pour un voyage initiatique, il reçut la Baraka du maître Moulay Tayeb Ouazzani. Mais ce n’est qu’à la Mecque que sa rencontre avec un Cheikh d’Egypte fut déterminante. Par ce Cheikh s’introduisit pour la première fois au Maroc la voie schadilya khalwatia . A sa mort, ses disciples ont acheté une maison et l’y ont enterré. Devenue zaouia à cause du sanctuaire, elle est toujours fréquentée et on y pratique encore les invocations en commun (wadifa) une fois par semaine généralement le jeudi soir et tout récemment le vendredi. Les invocations (dikhr) et l’oratario (sama’) suivent un rythme étudié devant mener à la danse extatique (jadbah), contrôlée par un moqqadem ou une autre personne de l’assistance qui se met au milieu du cercle des disciples.

A l’origine, l’islamisme s’est développé contre les confréries. Le soufisme a été définitivement désigné par le wahabisme comme un ennemi juré qu’il fallait éradiquer. Les islamistes ont puisé dans ce réservoir idéologique la majeure partie de leurs thèses. On oublie souvent qu’au Maroc, l’offensive des wahabistes ne date pas d’aujourd’hui…Il suffit de lire le Kitab Al Istiqçaâ de l’historien Nassiri pour comprendre la guerre que livre ce mouvement pour détourner le pays de ses fondements culturels et religieux en s’attaquant plus particulièrement au soufisme des confréries. On y apprend qu’au début du 19ème siècle, il y avait eu des soulèvements populaires massifs contre l’incursion du wahabisme. De nombreux maîtres spirituels, comme Moulay Larbi Darkaoui, avaient conduit cette insurrection. C’est dire combien il est inadéquat de confondre, aujourd’hui, islamisme et confréries, extrémisme religieux et soufisme. Je pense qu’il est absolument indispensable à présent de clarifier les choses pour éviter l’amalgame.