Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LNO

LNO

Menu
Maroc : Un échec pour un sursaut par Salah Elayoubi

Maroc : Un échec pour un sursaut par Salah Elayoubi

Le coup de gueule des autorités marocaines contre l’Europe et leur ultimatum à ses pêcheurs, au lendemain du 14 décembre prêteraient à sourire, si dans les faits, plusieurs aspects de ce dossier, ne suscitaient un étonnement, sinon une indignation, somme toute, légitimes.

Les autorités marocaines, dans un laxisme condamnable, ont laissé les bateaux européens pêcher dans l’illégalité la plus totale, l’accord précèdent,  ayant pris fin le 27 février 2011, au soir,  les bateaux auraient du quitter les eaux marocaines à cette date.

Longtemps silencieux, Aziz Akhenouch, le ministre de la pêche qui fait, subitement, mine de  s’émouvoir ou s’alarmer, y est allé de déclarations surprenantes, quant aux  opportunités qu’ouvrirait cet échec, à  » énormément de professionnels qui veulent pêcher cette ressource et la mettre en valeur, en faveur du Maroc ».

Qui connaît la situation du secteur de la pêche, chasse gardée de la monarchie, de ses proches et de quelques officiers supérieurs des FAR,  devine, aisément,  qui l’expression « énormément de professionnels » vise.

Pas un seul de nos honorables parlementaires ne s’est jamais inquiété de dénoncer l’illégalité des activités qui se déroulaient dans nos eaux territoriales.

Ce qui ressemble à de la colère, de la part des autorités marocaines nous fait, indubitablement,  penser à ces deux compagnons de coucherie, dont l’un refuserait d’épouser l’autre, déclenchant sa colère et provoquant l’expulsion du premier, reproches et insultes, à l’appui !

L’ancêtre de l’accord dont il est question, aujourd’hui, est celui qu’avait conclu le Maroc, en 1975,  puis en 1977, avec l’Espagne, compte tenu de l’interpénétration des frontières humides, entre les deux voisins, et, disons-le,  clairement, pour contenter l’ancienne puissance occupante du Sahara, qui  venait d’en restituer une partie au Maroc et l’autre à la  Mauritanie. Le Maroc qui pensait, ainsi, avoir neutralisé le lobby pro Polisario, auprès de la diplomatie espagnole, est rattrapé, aujourd’hui, à Strasbourg,  par celui-ci,  pour avoir reconduit  les accords de pêche au niveau européen, depuis 1995.

L’Europe, dont les bateaux avaient pris le pli d’exercer, depuis cette date, une espèce de droit de suite sur les réserves halieutiques,  jusque dans les eaux territoriales marocaines, aura bizarrement,  tergiversé, pendant  plus de neuf mois, avant de voter le refus de reconduire cet accord, s’apercevant soudain,  comme il est dit, en préambule,  que celui-ci n’est pas rentable économiquement et ne respecte ni la préservation des espèces, ni les intérêts des populations locales, faisant allusion  aux eaux du Sahara occidental,  dont le Polisario et ses défenseurs, prétendent qu’elles sont livrées au pillage, de la part du Maroc.

Les conditions de l’accord suscitent également la révolte,  tant il apparaît que les négociateurs marocains ont, une fois de plus, fait montre d’amateurisme, en bâclant les négociations avec l’Europe.

A titre de comparaison, l’Etat mauritanien, dont la longueur des côtes est d’environ cinq cent quarante kilomètres, avaient conclu un meilleur accord,  s’assurant une manne financière équivalant à trois cent cinq millions d’euros, pour quatre ans, soit environ soixante seize millions par année, quand le Maroc, dont les côtes atteignent une longueur approximative de deux milles kilomètres, n’en reçoit que trente six millions, annuellement.

La démonstration par l’absurde de la gabegie dont se rendent coupables nos gouvernants. Sans doute faut-il déduire de cette « incompétence programmée » de nos négociateurs,  la faiblesse du régime marocain,  face à une Europe qui, intérêts économiques obligent,   ferme les yeux sur les comportements prédateurs de la monarchie marocaine et de ses proches.

La ministre espagnole de la pêche, Rosa Aguila, qui n’en finit plus de s’étaler en déclarations alarmistes, sur les répercussions de cette crise, sur le secteur espagnol de la pêche, en ces temps de crise mondiale et de chômage exponentiel, en oublie les rapports des organisations écologistes, qui dénoncent unanimement,  la raréfaction  du cheptel halieutique et les dégâts infligés par la pêche outrancière, menée par la flottille européenne, au large des côtes africaines.

Comme si les marocains étaient comptables du sort de l’économie de nos voisins du Nord,  les espagnols qui ont entamé une campagne de protestation auprès du parlement européen, allant même jusqu’à réclamer une trentaine de millions d’Euros,  à titre de compensation, pour le  préjudice à subir par leurs pêcheurs, n’excluent pas, en dernier ressort, des négociations directes avec le Maroc, tout comme les portugais dont, pourtant,  cinq eurodéputés ont fait partie des trois cent vingt six votants, contre le prolongement de l’accord avec le Maroc.

Ce dimanche, les activistes  du mouvement du 20 février, n’ont pas manqué de rebondir sur cette actualité,  lorsqu’ils ont évoqué, lors d’un débat, en forme d’Agora, à  Tanger,  le prix de la sardine, ce poisson du pauvre,  qui se négocie, désormais,  sur le marché marocain, à vingt dirhams, au lieu de deux, il y a quelques années.

Tous les coachs en communication vous le diront: pour  corriger une erreur, il faut savoir s’arrêter, et méditer à son propos, avant de tenter d’y remédier.

L’échec de cet accord aussi injuste que mauvais, ressemble à ces signes que le destin envoie, parfois, en derniers recours,  aux hommes égarés, afin de les éclairer sur les sentiers de la raison.

On se prend alors à rêver que, faisant table rase de ses comportements condamnables du passé, le régime marocain, pourrait, dans un éclair de lucidité, profiter de cet échec pour réparer une vieille injustice, envers nos compatriotes au Sahara, en leur rendant dans le cadre de l’autonomie régionale, qu’il propose,  les richesses qu’il a confisquées, au profit de ses affidés, venus en nombres,  s’enrichir au détriment des populations locales,  qui souffrent de la misère.

L’industrie sahraouie de la pêche, jusque là réservée aux prédateurs venus de Rabat, pourrait alors changer de main.

Les cent vingt embarcations battraient pavillon marocain, plutôt qu’espagnol, irlandais, ou portugais et emploieraient plus de 1500 personnes.

Le produit de la pêche débarqué dans les ports des provinces du Sud,   générerait plus de six mille postes de travail,  dans les secteurs dérivés, telles que les usines de conserve, de transformation ou de surgélation.

On imagine  la même recette appliquée  aux autres secteurs de l’économie sahraouie (mines, promotion immobilière, agriculture, gestion de l’eau et des énergies).

Ce jour-là et ce jour-là, seulement,  le Maroc aura gagné les cœurs et peut-être  l’estime de nos compatriotes du Sud.

Mais peut-être, serait-ce trop demander à un régime qui, depuis la nuit des temps, associe tous ceux qu’il administre à des sujets de deuxième catégorie ?