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Maroc : "Shalom Abraham Serfaty !" par Salah Elayoubi

Maroc : "Shalom Abraham Serfaty !" par Salah Elayoubi

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Il y a une année, décédait Abraham Serfaty, à l’âge de 84 ans, dans une clinique de Marrakech.

Une vie de combat, de dévouement  et de souffrances s’éteignait, sur un vulgaire lit médicalisé.

Le caractère de ce géant était à l’image de son physique. Impressionnant !

Point de compromis, ni de compromissions.

Il n’aura ménagé ni sa peine, ni son esprit, ni son corps.

Jamais un prénom n’aura été, à ce point,  mérité.

Abraham fut le père de tous les combats où la liberté et la démocratie étaient en équation. Il était aussi celui de tous les contre-pieds.

Premier contre-pied

Juif tangérois,  il aurait pu se couler dans la collaboration avec le  protectorat, obtenir la nationalité française et s’en tenir là. Il choisira le Maroc et la lutte pour son indépendance.  Pourchassé par la police coloniale, il sera arrêté et emprisonné.

Second contre-pied.

Ingénieur diplômé des mines, il aurait pu intégrer l’administration post-coloniale qu’il avait largement contribué à mettre en place, en gravir tous les échelons jusqu’à la primature.

Au lieu de quoi, il jette un regard, sans concession, sur une monarchie, dont le despotisme ne sert qu’à dissimuler la prédation et les confiscations auxquelles se livre un Hassan II vénal et retors.

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Troisième contre-pied qui illustre l’amour inconditionnel de l’homme pour sa patrie.

Nombre de juifs quittent le pays pour rallier Israël. Abraham dénoncera, sa vie durant, l’Etat sioniste, son racisme, les confiscations des terres aux arabes, la colonisation rampante et le reste, chaque fois que l’occasion lui en est donnée.

Quatrième contre-pied. On l’attendait à gauche, il claque la porte du Parti Communiste Marocain qu’il juge ramolli et compromis avec le pouvoir et  fonde un groupuscule marxiste-léniniste, avec le poète Abdellatif Laabi. Il l’appellera  « Ilal amam », « En avant ! ».

Pas étonnant,  pour le visionnaire qu’il était !

En 1972, pour s’être solidarisé avec les mineurs grévistes de Khouribga. Abraham fait dans le crime de lèse-majesté, tant  les phosphates sont une mine d’or pour Hassan II qui puise, sans vergogne et en toute impunité, dans cette manne pour s’enrichir et s’acheter des thuriféraires et des suppôts.

Ni compromis, ni compromission.

Il est arrêté et sauvagement torturé.

En 1974, il est de nouveau arrête et accusé de complot contre la sûreté de l’Etat.

Contre-pied de taille, cette clameur qui est la sienne, en plein prétoire, quand d’autres auraient adopté une attitude contrite pour inciter le tribunal à la clémence  

Vive la République arabe sahraouie démocratique ! Vive la République démocratique et populaire marocaine !”

Certains de ceux qu’on appelle désormais, les frontistes, ses co-accusés, en concevront une rancune à son égard, pour ce cri qui les aura enfoncés,  eux et leurs familles, qui luttent pour les extirper des griffes du régime qui les broie, un peu plus dans les tourments.

Une condamnation à perpétuité et 17 ans d’incarcération, plus tard, Hassan II consent à le faire libérer, mais l’expulse en direction de la France après l’avoir déchu de sa nationalité marocaine.

Cette fois, c’est le dictateur qui fait dans le contre-pied.

Le régime tenaillé par la pression internationale,  se souvient d’un seul coup, dans une pathétique bouffonnerie, que le militant aurait la nationalité brésilienne.

Enterrement d'Abraham Serfaty

Contre-pied final et pied de nez magistral, Abraham a décidé de tirer sa révérence le jour de l’indépendance, ce 18 novembre, jour qu’il souhaitait auréolé d’une lumière éternelle.

Il ignorait que viendrait Hassan II.

On ne fête pas l’indépendance lorsque  le peuple n’y a jamais eu accès. Et Abraham s’est chargé de le faire savoir par un nouveau coup d’éclat.

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A quelques mois près, Abraham aura raté l’un des plus beaux rendez-vous de notre histoire, le 20 février, journée de soulèvement,  initiée par d’autres « nihilistes », comme les a surnommés l’apprenti despote, toujours à court d’imagination et qui puise dans le vocabulaire désuet légué par le père.

Piètre copie !

L’ombre et le souvenir d’Abraham et des autres démocrates disparus planent toujours sur la dictature.

Il n’y aura ni compromis, ni compromission.

La torture, la prison, le bannissement et la vieillesse auront eu raison du colosse.

Mais par-dessus tout, ce qui l’aura emporté c’est ce fol  espoir, qu’il avait, un court moment, comme nous tous,  investi dans la nouvelle ère qui ressemble curieusement à la précédente.

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