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Maroc : Réquisitoire contre "Pharaon" par Salah Elayoubi

Maroc : Réquisitoire contre "Pharaon" par Salah Elayoubi

Aujourd’hui, 20 août 2011, six mois que les marocains battent le pavé, pour exiger d’un régime malentendant, l’instauration d’une véritable démocratie, en lieu et place de l’Ersatz de monarchie et de mafia, qui préside à notre destinée depuis plus de cinquante ans.

Ils s’appellent, Dounia, Zineb, Ibtissam, Abdullah, Oussama, Younes, ou Mohamed et ils ont décidé d’en découdre et d’en finir, avec l’absolutisme, la dictature et le servage.

« Silmiya, silmiya, bla mouss, bla jenouiya », c’est par ce slogan plein de cette poésie dont nos compatriotes ont depuis toujours, eu le secret, que le 20 février, nos amis ont ouvert le bal des hostilités.

Sans armes, ni violences et à visage découvert, ils lavent, depuis, à chaque fin de semaine, l’honneur souillé de trente cinq millions de marocains et écrivent probablement, l’une des pages les plus glorieuses de notre histoire, celle de notre émancipation des sous-traitants du colonialisme.

Ne nous y méprenons pas ! La lutte qui se déroule sous nos yeux, est une lutte à mort entre les démocrates et les tenants de l’absolutisme et de la dictature. Entre un avenir prometteur et un passé décomposé et anachronique.

 

C’est la revanche des damnés contre les maudits !

Celle des exclus contre les pansus !

Celle des affamés contre les repus !


Aucune chance de voir ce combat s’arrêter, avant que l’un des deux combattants ne soit à terre. Et tout porte à croire que cette fois, les partisans de la liberté tiennent le couteau par le manche. Les images d’un Kadhafi, terré dans un quelconque trou à rat et celles d’un Assad, environné d’un bain de sang, cloîtré dans son palais, tous les deux obstinés mais condamnés, n’en finissent plus de nous confirmer que vivre dans l’indignité n’a, désormais, plus de sens !

Comme ces vieilles péripatéticiennes, se drapant d'une fourrure, pour dispenser d’elles-mêmes, l’image de la respectabilité, le roi a prononcé un discours, où il prétend nous administrer une leçon de démocratie et de bonne gouvernance.

Il y parle de l’abolition du concept colonialiste d’un Maroc utile et d’un Maroc inutile, au moment précis, où il consacre toute l’énergie et les ressources du pays à des projets, qui, loin de désenclaver le Maroc profond, l’oublient purement et simplement et permettent à son entourage, de faire fortune, sans coup férir, quand, par exemple, le parcours du TGV frôle, l’air de rien, les emplacements de leurs projets dithyrambiques.

Quand il évoque la jeunesse du pays, il oublie de préciser la vindicte, dont elle fait l’objet de la part de ses sbires, les forces de l’ordre, dont on se demande s’il ne s’agit pas plutôt de voyous incultes et barbares. Ces sicaires, qui, lorsque se croisent nos chemins, nous interpellent en nous rappelant que nous serions le fruit d’activités contraires à la morale et aux bonnes mœurs, auxquelles nos mères se seraient adonnées, un jour, et nous promettent les délices de tournantes à venir ! D'ailleurs leurs semblables n'ont-ils pas mis à exécution ces menaces, et ne leur ont-ils pas donné corps en violant des détenus qui avaient eu l'audace de...........réciter le Coran ?

Quand il aborde le chapitre de la pauvreté, de la marginalisation et de l’exclusion sociale, j’aimerais répliquer, face à tant d’outrecuidance, qu’il serait bien inspiré de faire l’impasse sur le sujet, tant son comportement et celui de sa mafia, sont responsables de notre misère, de notre paupérisation. Lorsqu’un chef d’Etat impose à ses compatriotes d’entretenir à grands frais, ses goûts pour le luxe ostentatoire, au moment même, où la majorité d’entre eux visitent « Germinal » ou rejouent une version inédite des « Misérables », c’est que nous ne sommes pas tout à fait sortis du Moyen-âge, comme quand des suzerains imposaient à leurs serfs, le droit de cuissage, et le prélèvement du sel et de la gabelle.

On comprend, un peu mieux, l’attachement du régime à cette notion haïssable d’un prétendu Maroc, qui allierait tradition et modernité. A la monarchie et ses complices le modernisme, ses plaisirs terrestres, ses délices, sans limites et au petit peuple, la tradition, avec son cortège de privations multiples, d’analphabétisme, de bidonvilles et de vies noyées de larmes et des souffrances infinies.

Le chapitre sur les élections prochaines, est à lui seul, un morceau d’ontologie en matière d’hypocrisie. Celui qui vient de couvrir la triche, jusque dans la confection et la correction de la nouvelle constitution, et qui s’est accommodé de pratiques frauduleuses, quand elles lui ont permis de s’auto-plébisciter, se permet une charge contre les méthodes électoralistes scandaleuses. En somme, le chameau qui se moquerait du dromadaire.

      Cerise sur le gâteau, enfin, « notre ami » en appelle à la société civile et les médias, tenus, selon lui, au devoir de vigilance, lors des prochaines opérations électorales.

Faut-il rappeler que depuis l’avènement de la nouvelle ère, le pouvoir s’acharne systématiquement à détruire et démembrer toute contestation ou dénonciation de pratiques anti-démocratiques, qu’elles émanent de penseurs, de journalistes, de patrons, d’étudiants, de militants ou de simples citoyens. Quant aux médias, il y a longtemps que le régime a eu raison de leurs velléités d’indépendance.

 

Aucune chance donc, de voir la lutte cesser face à un tel autisme !

Le roi, si jeune oserais-je dire, et déjà vieux et dépassé, a décidé de s’en remettre à l’aile absolutiste et rétrograde de son régime finissant.

Tant pis pour lui, tant pis pour eux !

Perclus de tics dictatoriaux, imbu d’égo et d’égoïsme, il a désormais jeté le masque et apparaît conforme à l’éducation délivrée par le maghzen.

Il n’y a aucun espoir qu’il cède, un jour, aux injonctions de son peuple et fasse amende honorable.

Et il n’y a donc, aucune raison que nous nous arrêtions en si bon chemin, d’autant que le trajet qu'il nous reste à couvrir, est certainement plus court que celui accompli à ce jour !

Pour terminer, j’aimerais vous livrer la prière de cette vieille femme de ménage, que j’avais invité à partager mon repas dans un restaurant de la Place Bourgogne à Rabat, ce jour du 24 juillet 2011, en compagnie de son fils, cireur de chaussures, après la belle manifestation, à laquelle nous avions pris part, côte à côte et souvent, sa main dans la mienne, pour soulager ses vieux rhumatismes, conséquences d’une vie à géométrie misérable :

- « Mon dieu, prête-moi vie, jusqu’à ce que je voie la chute du Pharaon, le fils de Pharaon ! Après, tu pourras m’emporter, me crever le cœur, ou les yeux, d’avoir vécu un tel bonheur ! »

En joignant les deux mains, paumes en l’air, imitée en cela par les deux tablées voisines, elle a levé les yeux vers le ciel et a achevé son incantation, en ces termes :

- « Et si tu devais m’imposer de mourir dans cette indicible indignité, alors aie pitié de mon âme et de mes vieux os ! Epargne à mes pauvres enfants, ce sort injuste et cruel auquel tu m’as condamné, la vie durant. Accorde leur, pour ce qu’il leur reste à vivre, un moment, fût-il bref de liberté, de dignité et de justice ! »