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Maroc : le syndrôme du cyclope

Maroc : le syndrôme du cyclope

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La police marocaine aurait démantelé la cellule terroriste "Al Battar", nous a fait savoir l'agence MAP, le vendredi 23 septembre, dans un entrefilet laconique, dont l’agence officielle marocaine a le secret, lorsqu’il s’agit d’évoquer le destin des marocains lambda.

Le plus intéressant, est la déclaration attribuée au ministère de l’Intérieur:

"Les membres de cette cellule, envisageaient de rejoindre les camps d'al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) en-dehors du Maroc, pour y recevoir un entraînement militaire, avant de retourner dans le royaume, pour y commettre des actes criminels contre les services de sécurité et les intérêts occidentaux...Le leader présumé de cette cellule était actif dans la communauté djihadiste et était en contact avec des organisations islamistes au Yémen, en Afghanistan, en Somalie, en Libye et en Irak".

Le halo de mystère qui entoure le communiqué, nous rappelle cette vieille plaisanterie de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme...qui a vu l’ours.

Vous l'avez, je le présume, noté au passage. Tout ce qu'il est reproché au prétendu réseau, c'est d'avoir envisagé ! Autant dire qu'il n'y aurait même pas eu un début de commencement de préparation d'une quelconque action, qui tient, elle-même, de la conjecture.

Nous sommes en plein délit d'intention, qui comme chacun le sait, n'existe pas dans le code pénal. Sinon, chacun d'entre nous, aurait, une fois au moins, transité par la case prison, pour avoir pensé occire qui, un professeur de mathématique, qui, un adversaire politique, qui, son partenaire de tennis ou encore qui, un mari récalcitrant au divorce.

En réalité, à chaque fois que le régime marocain est mis en équation, subit la vindicte populaire, ou se trouve en difficulté, il agite l’épouvantail du réseau terroriste démantelé, de la saisie du lot d’armes introduites clandestinement sur le territoire, par les ennemis du Maroc.

C’était le cas sous Hassan II, c’est encore le cas, sous Mohammed VI.

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Cette fois, en plus du fait que toutes les semaines les manifestants appellent à la fin du despotisme, c’est au Sahara que les affaires vont mal pour le régime. En effet, les populations sahraouies y ont eu à subir la sauvagerie de bandes criminelles, agissant sans doute sur ordre, pour distiller la terreur dans l’esprit de nos compatriotes du Sud qui seraient tentés par le séparatisme.

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Ce communiqué coïncide, également, étrangement, avec les difficultés que rencontre la justice marocaine à démêler l’écheveau de cet étrange fait d’arme terroriste, que constitue l’attentat de l’Argana.

Le principal suspect rejetant, à présent, en bloc les accusations qui pèsent contre lui, a obligé le tribunal à reporter la suite du procès au 29 septembre.

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Appelé à la barre, Adil El Othmani, qui a indiqué être tombé dans un piège, pour utiliser sa propre expression, affirme, haut et fort, n’avoir jamais fabriqué les explosifs, ni même s'être rendu à Marrakech, réitérant, au passage, son innocence.

Les avocats des suspects, montent, à présent, au créneau, pour exiger l'annulation pure et simple, de l’ensemble de la procédure judiciaire, pour vice de forme. Selon eux, les aveux ont été extorqués aux suspects, sous la torture et dans une opacité totale de la procédure.

Pour enfoncer le clou, les proches des suspects, présents à l'audience, n’ont pas hésité à brandir des pancartes, sur lesquelles on pouvait lire:

« Libérez les innocents »,

« nos proches sont innocents, la vérité est ailleurs »

« Tout ça c'est du théâtre ».

Il n’y a aucun doute, nous sommes, bel et bien, dans le fief de Kafka, où la loi anti-terroriste adoptée par le régime, n’a qu’un propos: justiciabiliser le délit d’intention, criminaliser toute protestation et mener une guerre préventive contre la cyber dissidence et l’opposition sans cesse croissante au makhzen.

Car si les messages distillés par la MAP restent sibyllins et sont, désormais, entrés dans les mœurs et dans notre champ de lecture, à force d’être itératifs, il n’en demeure pas moins qu’ils font froid dans le dos. Car au moment où nous en appréhendons le contenu, la vie de familles entières a, depuis quelques jours déjà, secret de procédure oblige, basculé dans la tragédie.

En effet, dès le premier tour de clé, dans la première cellule, une pluie de coups de bâtons s’abat sur nos malheureux compatriotes, histoire de les préparer, les attendrir pour la suite.

Ce traitement, qui peut durer plusieurs jours étant infligé, vient la seconde phase, qui est l’interrogatoire. A ce stade de la procédure, le suspect ignore tout de ce qu’on lui reproche. N’allez surtout pas imaginer qu’on le confronte à des preuves accablantes, à ses victimes, à un faisceau de soupçons convergents, à un tapissage conventionnel, à des relevés d’empreintes digitales ou ADN ou aux résultats indiscutables d'une enquête scientifique .

Rien de tout cela.

Un seul mot d’ordre : la torture, rien que la torture !

Ceux qui entreprennent, sans aucune résipiscence, ni pitié, les suspects, n’ont du policier que le nom. Ils se contentent de leur qualité de brutes sans nom, à l’humanité tout juste extrudée de la bête féroce.

Tout y passe, le viol à la bouteille, la gégène, la falaka, la noyade simulée, la privation d’eau, de nourriture de sommeil et de toilette, la destruction des parties génitales.

La suite, prévisible,  n’est qu’une question de temps, avant que les suspects, soumis à tant de souffrances, ne finissent par avouer tout et son contraire, rendant souvent les procès-verbaux iniques, sinon risibles.

Pendant que se déroulent ces ignominies, notre puissant ami, les USA, le chantre de la démocratie et de la liberté, dont on pourrait attendre un minimum d'empathie, sinon de commisération,  applaudit, à tout rompre, aux méthodes inhumaines du Makhzen, qui, assurent les autorités américaines, ont permis de réduire de « manière effective »,  la menace terroriste. Le rapport du Département d'Etat américain, loin de se désolidariser avec les méthodes inavouables du régime marocain, insiste, même, sur le besoin de maintenir une "vigilance continue". Autant le dire, les souhaits de l’Oncle Sam, auquel l’absolutisme marocain doit sa survie,  sont des ordres.

Et lorsque le même département d'Etat salue, le 18 août,  les « efforts significatifs » que le Royaume ne cesse de consentir, afin de « lutter contre l'extrémisme et le radicalisme », rappelant les Causeries religieuses du mois du Ramadan, censées promouvoir des visions religieuses modérées et pacifistes, on ne peut s’empêcher de, franchement, sourire, face à tant d’hypocrisie.

Chaque jour, la dictature marocaine exige de nous, un tribut supplémentaire,  à sa perdurée. Et comme le cyclope se délectant des compagnons d’Ulysse, nous assistons impuissants à la dévoration de nos compatriotes, par ce régime qui nous broie impitoyablement.

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Il ne tient qu’à nous de lui crever l’œil, et de le mettre, à tout jamais, hors d’état de nuire !

Par Salah Elayoubi