Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LNO

LNO

Menu
Maroc : Absolutisme 1 - Démocratie 0 - par Salah Elayoubi

Maroc : Absolutisme 1 - Démocratie 0 - par Salah Elayoubi

Voilà c'est fait !

Le oui à la nouvelle constitution l’a emporté, dans un véritable raz-de-marée.

Le système mis en place par la monarchie a fonctionné à la perfection. Comme une mécanique superbement huilée, grâce, entre autres, à l'appareil du makhzen et à l’administration publique.

Au palais, les réjouissances battent leur plein. Les courtisans font chauffer leurs téléphones portables, pour se congratuler et tirer des plans sur les prochaines échéances et les bénéfices substantiels qu’ils pourraient en recueillir, dans la foulée du scrutin triomphal sorti des urnes.

http://natureculture.org/wiki/images/0/0f/MohammedVI.jpg

Certes, en appelant à une abstention massive, nous avons ouvert un boulevard à l’adoption de la nouvelle constitution, avec cette question qui s’impose : et maintenant ?

Comme un boxeur qui vient de gagner le premier round, le roi tiendra-t-il, seulement la distance et donnera-t-il les gages à nos compatriotes, y compris ceux d’entre eux qui s’estiment floués par l’autisme du palais à leurs revendications et l’adoption de la nouvelle constitution anti-démocratique ?

Rien n’est moins sûr.

D’abord parce que la crise économique qui étreint l’Europe et qui se profile avec son cortège de chômage, de faillites et probablement de mesures de rigueur détestables qui ne frappent que les plus fragiles ne va pas nous épargner. Ses effets se font déjà durement sentir par les petites et moyennes entreprises, les professions libérales, les promoteurs immobiliers. Jusqu’aux banques inquiètes qui ont, fermé les robinets et n’hésitent plus à exiger le remboursement de la dette par des clients sous pression. Le régime qui avait pris le pli de tout acheter, jusqu’aux consciences, de dépenser et d’encourager la consommation, pour calmer les esprits, va s’imposer des freins, d’autant que, pense-t-il, le but recherché est atteint, avec la nouvelle constitution et les pouvoirs et les protections qui vont avec.

Ensuite parce que la contestation qui gronde ne s’arrêtera pas de sitôt. Bien au contraire. La démarche maladroite du palais, de faire adopter une constitution aux antipodes des revendications du mouvement du 20 février, nous renvoie à l’attitude hautaine de Hassan II, qui se faisait un point d’honneur de prendre l’exact contre-pied des attentes du peuple marocain. Mohamed VI, en s’alignant sur les pas de son père vient sans doute, de franchir un pas dans sa détestation par une bonne frange de la population. Tout en exacerbant la colère des contradicteurs, il a du même coup réussi à liguer contre lui les attentistes, les déçus et les indécis, convaincus qu’ils sont, à présent, de son refus ferme et définitif d’une monarchie parlementaire. Le régime aura beau accentuer la répression, comme il l’a fait ces jours, ou la sous-traiter à ses voyous, il ne peut plus s’offrir le luxe de tirer dans la foule ou de faire disparaître purement et simplement ses opposants, sous peine d’être discrédité et délégitimer par la communauté internationale. « De beaux jours » attendent la contestation et c’est au régime que le souffle va, à coup sûr, faire défaut.

Dans le même chapitre, en commettant l’erreur d’engager à ses côtés « ses » islamistes, le palais a tiré le premier, légitimant l’entrée en scène de ceux d’Al Adl wal Ihsane, jusqu’à présent discrets, et qui ne cachent plus leur ferme intention d’encadrer, accompagner, voire structurer, à la demande, le mouvement du 20 février. On sait toujours comment s’impliquent les islamistes au début de leur action, on ne peut jamais être sûrs des prolongements de celle-ci, ni de ses conséquences. Lorsque l’on connaît le large réseau tissé, à force de travail, de patience et de ténacité, à travers le monde, par cette mouvance ouvertement républicanisante, on ne peut que s’inquiéter pour l’avenir de la monarchie.

Dans le sillage des islamistes, nombre de partis politiques, syndicats ou organisations civiles se sont joints à la contestation, et à l’abstentionnisme, ouvrant leurs bras et leurs locaux aux jeunes manifestants. La démarche, on l’aura compris, n’a rien à voir avec un quelconque altruisme, mais il y a fort à parier qu’à la longue, cette proximité finisse par tisser des sympathies et des liens partisans entre les réseaux politisés et la contestation, entraînant sa structuration et la rendant plus dangereuse pour le pouvoir.

Le régime commet une autre erreur, en surestimant sa capacité à duper jusqu’à nos partenaires traditionnels, les démocraties occidentales. Ceux-ci n’ont, en effet, guère tari déloges à son sujet, du moins officiellement, car, en coulisse, ils auront soumis à l’expertise de leurs juristes le texte de la nouvelle constitution. Ceux-ci auront apprécié, à leur juste valeur, les subtilités de ses articles qui, dans leur application, enlèvent au roi des prérogatives qu’il récupère un peu plus loin. Si Mohamed VI pense s’être dédouané en faisant adopter une constitution sur mesure, il fait fausse route. Il a sans doute fait l’économie d’une réforme de ses pouvoirs, mais risque à terme, de faire les frais d’une révolution et sortir par la porte de service. Nul n’est indispensable, ne manqueront pas, alors, de lui rappeler, jusque ses partenaires dans les « affaires ».

Rien n'aura fait défaut au régime, ni ne nous aura été épargné, dans cette campagne expresse pour une constitution censée, par le truchement de ses cent quatre vingt articles et ses quarante cinq pages, sceller le destin d'une nation et qui n'aura, au final, abouti qu'à liguer, un peu plus, la contestation contre le pouvoir, et en élargir le socle, mais sans doute, et c’est là le point le plus important, à radicaliser la lutte du peuple pour ses libertés et sa dignité.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2a/MahmoudDarwish.jpg

« Nous serons un peuple lorsque nous insulterons le sultan et le chambellan du sultan sans être jugé » disait Mahmoud Darwich"

C’est sans doute pour se prémunir de cet instant que la monarchie tire depuis un demi-siècle la couverture à elle, mettant, paradoxalement, à nu ses faiblesses et ses peurs.

La fièvre retombée, l’histoire retiendra de ces quelques jours de campagne, que la nouvelle ère ressemble, à s’y méprendre, à la précédente, avec son cortége de fraudes, de mépris et de répression, le vulgaire et le sordide en prime.