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Manari, le lézard de la forêt Zapara

Manari, le lézard de la forêt Zapara

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Bartolo Ushigua, représentant Zápara lors du IIème congrès de la CONAIE  tenu le 23 décembre 2004 (Auteur: Patricio Realpe)

 

Bartolo Ushigua pour l'état civil équatorien ou encore Manari de son nom tribal est le dernier Chaman qui préside et représente l'association communautaire de la nation  Zapara, un des peuples indigènes d'Équateur situé dans la province de Pastaza au bord du fleuve Conambo.

 http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/jpg/EQUATEUR-I-_Converti_.jpg

Il s'appelle Manari, fils du dernier des chamans d'une communauté de 115 personnes, son nom en langue zaparoan signifie la dénomination d'un lézard de la forêt. Il s'insurge du fait que l'état exige que les indigènes portent des noms espagnols pour s'inscrire à l'état-civil et porter le nom de Bartolo Ushigua.1

http://abyayala.nativeweb.org/ecuador/zaparo/zapara.jpg

Les tribus  Zapara vivent le long des fleuves Conambo et  Pindoyacu et sur le haut Curaray en Equateur, et le long du Tigre au Pérou. Ils étaient les maîtres autrefois d'un territoire beaucoup plus étendu (du XVIII et XIXème siècle) des ríos Pastaza à Curaray et du Piémont andin à la frontière péruvienne 2.

Les Zápara sont considérés comme les premiers habitants de la région amazonienne qu’ils occupent toujours aujourd’hui. Avec d’autres populations du même groupe ethno-linguistique, de la famille Záparo, ils formaient l’une des peuplade les plus nombreuse qui vivaient à l’ouest du bassin amazonien. Les populations Gae et Semigae ont disparues. Seuls subsistent encore de nos jours quelques familles à côté des Zápara:


Le nom « Záparo » désigne en fait un objet et plus précisément, le panier fait de lianes bejuco fendues en deux et deux fois tressées, entre lesquelles des feuilles imperméables sont placées, et d'un couvercle travaillé de la même façon, dont les Záparo se servent pour mettre leurs vêtements et autres biens au sec3. Eux-mêmes s'autodésignent káyapwö3.

Aujourd'hui ils se définissent comme "Zápara". Leur culture et langue ont été déclarées en 2001 comme Patrimoine Immatériel de l'Humanité de l'UNESCO. Ils sont estimés à quelque 250 personnes en Equateur et presque autant au Pérou. 

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Inscrits sur cette liste du "Patrimoine Oral et Immatériel de l’Humanité" de l’UNESCO. Cette reconnaissance, a permis la mise en place avec l'aide associative des programmes spécifique qui visent la

Les Zápara ont développé une culture orale particulièrement riche en connaissances sur leur environnement naturel, comme en attestent tant l’abondance de leur vocabulaire sur la faune et la flore, que leurs pratiques médicales et leur connaissance des plantes médicinales de la forêt. La séance sera précédée d’une brève introduction du réalisateur du film et comptera avec la présence de Bartolo Ushigua, Représentant de la Communauté Zápara. 

Pour plus d’information, consulter : 
http://www.unesco.org/culture/intangible-heritage/masterpiece.php?id=7&lg=fr

On compte selon le rapport de l'Unesco de nos jour moins de 5 locuteurs "fluides" (et âgés) de la langue. Au Pérou, il n'y a plus aucun locuteur. Pour pallier à cette situation, de façon volontaire, les Zápara ont choisi de mettre en place un système éducatif trilingue (zápara, kichwa, espagnol), où les derniers locuteurs enseignent aux enfants la langue : vocabulaire, chants1. Un dictionnaire a par ailleur été réalisé par Carlos Andrade, et distribué aux familles. Malgré de grandes difficultés et le manque de moyens, cet apprentissage produit déjà des résultats parmi la jeune génération.

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Bartolo de la Mancha (projet de film documentaire)

 

Les premiers professeurs zápara viennent de terminer leur formation, ce qui représente un espoir supplémentaire face à la grande difficulté de trouver des enseignants. L’UNESCO a également commandé une étude linguistique complète de la langue Záparo publiée en 2008.

 

Les langues usuelles pratiquées de nos jours sont principalement celles des populations voisines qui se sont installées sur le territoire traditionnel Zápara et mêlées à eux: le kichwa (quechua) en premier lieu, et l'espagnol dans une moindre mesure puisque l'on remarque que les femmes indigènes le maitrisent peu ou pas du tout.1

À la fin du XVIIème siècle, époque des premiers contacts avec les descendants des colons venus d’Europe, on estime leur nombre à quelque 100.000 personnes. Un siècle plus tard au début de la « fièvre du caoutchouc »,  il n’étaient plus que 20.000 d'après les recensements .

Il furent décimés pour différentes raisons :

  • Les épidémies apportées par les nouveaux arrivants
  • L’esclavagisme et le travail forcé dans les plantations d'hévéas.
  • Les guerres et les conflits avec d’autres groupes délogés de leurs propres territoires, assimilés par la culture nationale équatorienne. 
  • Au fil des siècles, le contact avec la civilisation a presque abouti à une extinction totale de ce peuple qui était pourtant parmi les plus grands d'Amazonie. 

Un texte officiel équatorien annonce au début des années 1990, la disparition du peuple Zapara. Un puissant sentiment identitaire animent les derniers représentants qui sont déterminés à préserver le territoire de leurs ancêtres.

 

Bibliographie 

  • Carlos Andrade Pallares, Kwatupama Sapara, Palabra Zápara. Quito : Propedine, 2001. (dictionnaire trilingue zapara/kichawa/espagnol)
  • Anne-Gaël Bilhaut, « The Zápara Indians : the consecration of an endangered people », Museum International, 218 (vol. 55, n°2), Paris, UNESCO, 2003a : 25-30.
  • Anne-Gaël Bilhaut, « “Soñar, recordar y vivir con eso”. Los sueños de los Záparas en la construcción del pasado, Amazonia Ecuatoriana », Estudios Atacameños, 26, San Pedro de Atacama, Chili, Universidad católica del Norte, Instituto de investigaciones arqueológicas, Museo R.P. Gustavo Le Paige S.J., 2003b: 61-70. 
  • Anne-Gaël Bilhaut, Situación de la Nacionalidad Zápara y sus Organizaciones: Ecuador y Perú. Unpublished MS, 2005.
  • Anne-Gaël Bilhaut, « L’adieu aux Zápara », in Philippe Erikson (ed.), La pirogue ivre. Bières traditionnelles en Amazonie, Saint-Nicolas de Port, Musée français de la brasserie, 2006a: 87-90.
  • Anne-Gaël Bilhaut, « Biographie d’un esprit au corps brisé. Les pierres magiques des ancêtres zapara d’Amazonie : des sujets du passé », Journal de la société des américanistes, 2006, tome 92, n° 1 et 2: 237-254.
  • Gaetano Osculati, Exploración de las Regiones Ecuatoriales a través del Napo y del los Ríos de las Amazonas. Quito : Abya-yala, 2000 [1848]
  • Catherine Peeke, "Structural Summary of Záparo". In Studies of Ecuadorian Indian Languages. Benjamine Elson, Pp. 125–216. Norman : SIL, University of Oklahoma, 1962.
  • Catherine Peeke, Bosquejo Grammatical del Záparo. Revised by Mary Ruth Wise and Stephen H. Levinson. Cuadernos Ethnolingüísticos 14. Quito , Ecuador : Instituto Lingüistico de Verano, 1991.
  • Alfred Simson, « Notes on the Záparo ». Journal of the Anthropological Institute of Great-Britain and Ireland, 1877, 7 : 502-510.
  • Günter Tessmann, Los indígenas del Perú Nororiental. Investigaciones fundamentales para un estudio sistemático de la cultura. Quito : Abya-Yala, 1999 (1930)

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Notes 

1.Ces phrases de Manari sont tirées d'une lettre adressée il y a quelques années à l'attaché culturel de l'ambassade d'Equateur au Pérou. Il y sollicitait son intervention afin que les Zaparas équatoriens puissent traverser la frontière entre les deux pays et retrouver leurs frères péruviens in Avril 2000 - Le Courrier de l'Unesco
2. Reeve, Mary-Elizabeth, 1988, los Quichua del Curaray. El proceso de formación de la identidad, Quito : Abya Yala, Banco Central del Ecuador-Guayaquil.
3. Simson, Alfred, 1886, Travels in the wilds of Ecuador, and the exploration of the Putumayo river, London
4. Tessmann, Günter, 1930, Die Indianer Nordost-Perus, Hamburg

 

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Auteur 

Mario Scolas  in  : le Goût des Autres (le samedi  4  novembre 2006 à 12:27).