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Littérature orale et écrite au Maroc

Littérature orale et écrite au Maroc

La littérature berbère est toujours extrêmement vivante, qu'il s'agisse des contes et légendes ou des chants poétiques. La langue littéraire, de tradition orale, en prose ou en vers, obéit à des règles très strictes. Elle utilise un style sophistiqué et souvent métaphorique, reprend des thèmes récurrents (l'amour, la nostalgie, le mal du pays), non sans une certaine improvisation. L'utilisation du magnétophone permet à la poésie de passer directement d'une transmission orale à l'enregistrement magnétique sans passer par la phase de l'écriture. Il en va de même de la littérature orale arabe, qui utilise la langue dialectale. Elle comprend un vaste répertoire de poésies, d'épopées, de contes et de récits merveilleux.

Ce n'est que récemment qu'on a commencé à connaître et à étudier la littérature écrite berbère du Maroc. Jusqu'à la fin des années 80, on ne connaissait à peine que quelques œuvres du plus célèbre auteur du xviiie siècle, Muhammad Awzal. En 1989 quelques spécialistes hollandais eurent accès à la riche collection de manuscrits d'Arsène Roux conservées à Aix-en-Provence et donnèrent le départ à des études systématiques non seulement sur les textes contenus là bas, mais même dans la bibliothèque universitaire de Leyde, dans labibliothèque nationale de Paris et dans diverses bibliothèques, publiques et privées, du Maroc. C'est surtout grâce aux travaux de Nico van den Boogert (en particulier 1997 et 1998) que l'on a pris connaissance de la richesse et de l'antiquité de ce patrimoine littéraire.

La littérature écrite de langue arabe ne s'est développée que plus tardivement et, peu traduite, reste encore mal connue en Occident. L'arabe classique n'est d'ailleurs compris au Maroc que par une petite élite, l'arabe dialectal marocain en étant très éloigné. Le premier écrivain de l'époque moderne est Allal al‑Fasi, poète et théologien, orateur politique qui milita pour l'indépendance du Maroc. Le premier roman fut publié peu après l'indépendance (1957) : Pendant l'enfance, de Abdelmajid Ben Jelloun. D'autres romanciers s'illustrèrent : Mohammed Zefzaf (Murailles et Trottoirs, 1974), Ahmed el‑Madini (Un temps entre l'accouchement et le rêve, 1976), Rabi Moubarak (le Vent d'hiver, 1978), mais l'école poétique apparaît plus riche, et cela depuis le début du siècle; depuis l'indépendance, on peut citer : Mohamed Seghini, Moustafa Madaoui, Ahmed Mejati, Allal el‑Hajjam, Mohammed Bennis, Mohammed al‑Achaari. Dans le domaine des essais, Mouhammad al‑Sabbagh s'exprime sous une forme poétique et romancée (l'Arbre de feu, 1955; la Grappe de rosée, 1961), Mouhammad Aziz al‑Lahbabi tenta de fonder le personnalisme musulman (1964), tout en écrivant des romans et, en français, des poèmes.

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La littérature écrite, longtemps de langue française, a acquis une grande renommée internationale. Les premières œuvres en français, dans les années 1920-1930, furent des pièces de théâtre (notamment de Kaddour Ben Ghabrit) et des nouvelles. Depuis, parmi les auteurs majeurs se détachent les noms d'Ahmed Sefrioui (le Chapelet d'ambre, 1949; la Boîte à merveilles, 1954), de Driss Chraïbi (le Passé simple, 1954; la Foule, 1961), d'Abdellatif Laabi – dont la revue Souffles accueillit poètes marocains et algériens de 1966 à 1971, et qui dénonce avec angoisse l'obscurantisme (l'Œil et la Nuit, 1969) –, de Mohammed Khaïr‑Eddine (Nausée noire, 1964; Agadir, 1967), d'Abdelkébir Khatibi (la Mémoire tatouée, 1971; la Blessure du nom propre, 1974), et de Tahar Ben Jelloun, qui exprime le malheur de l'émigration (Cicatrices du soleil, 1972; la Plus Haute des solitudes, 1977; l'Enfant de sable, 1985) et qui obtint le prix Goncourt avec la Nuit sacrée (1987). Pensons aussi au jeune talent qui fait briller le Maroc à l'étranger, Abdellah Taïa, qui a obtenu plusieurs récompenses !

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002