Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LNO

LNO

Menu
Les Saints juifs dans le contexte du Maroc

Les Saints juifs dans le contexte du Maroc

http://www.darnna.com/phorum/file.php?13,file=15144,in_body_attachment=1
L'
Ancien Testament utilise le terme hébreu « qodesh » qui signifie initialement « séparé » et par extension « pur » (exempt de fautes, de taches). Le mot grec hagios reprend ce sens dans les écrits du Nouveau Testament.

« La sainteté appartient à Dieu », tel était le message inscrit sur la plaque d'or que portait le grand prêtre qui officiait dans l'ancien Israël. Toutes notions primaires de sainteté se rattache à Dieu, qui par son action peut rendre saint (en séparant, purifiant) l'homme, le peuple ou le lieu.

saints juifs du maroc

L’écrivain Elie Azoulay est l'auteur d'un ouvrage intitulé « Maroc, Terre des Saints: histoire et origine des saints juifs du Maroc ». Le livre de 315 pages en grand format (21cm x 28cm), avec plus de 400 photos couleur, synthétise l’histoire et l'origine des saints juifs marocains. Le choix de l’auteur s’est porté sur 46 Saints et 23 Saintes parmi les 656 Tsadikim (Saints hommes) recensés au Maroc.

La communauté juive s’est réduite en peau de chagrin au fil du temps : les départs massifs ont eu lieu en 1948, 1961, 1967. Des milliers de membres de la diaspora juive reviennent chaque année pour les moussems et les fêtes religieuses. Le Conseil des communautés israélites travaille d’arrache-pied pour sauver de l’oubli le patrimoine judéo-marocain.

Il n’est de pire injure, pour les 5 000 juifs qui refusent de quitter le Maroc, leur patrie, que de s’entendre dire qu’ils sont « eux aussi » Marocains. Ce « eux aussi » signifie implicitement, qu’ils sont une population « de plus », ou de second rang. Or, eux considèrent que leurs racines plongent si profondément dans le terroir marocain que le judaïsme est bien, historiquement, la première religion monothéiste qu’ont embrassée les premiers habitants de ce pays, les berbères. Une histoire riche de 2 000 ans, bien avant l’apparition du christianisme et, de loin, avant la conquête islamique.

Leçon de tolérance : Des saints communs entre musulmans et juifs

L’étude des cultes des saints montre l’existence d’une vénération, manifeste ou parfois cachée, des saints juifs par des Musulmans. Les juifs aussi, de leur côté vénèrent des saints musulmans. Par leurs traditions, ils essayent de rattacher ces saints au judaïsme. « Ces tentatives de "judaïsation" nous montrent que les juifs sont loin de reconnaître ouvertement qu’ils vénèrent un saint qui n’est pas des leurs. Ce qui n’est pas le cas pour les musulmans », explique le chercheur Hassan Majdi. En ce qui concerne les Marocains musulmans, ils invoquent les saints juifs et implorent leur secours, surtout dans le domaine de la guérison. Ils visitent alors des lieux saints juifs, seuls ou accompagnés d’amis juifs. Dans certains cas, ils adressent leurs invocations par l’intermédiaire de leurs voisins juifs. Hassan Majdi recense environ 90 saints juifs vénérés par des musulmans. Il dresse également une deuxième liste de 36 saints revendiqués à la fois par les musulmans et par les juifs.

Le culte des saints chez les Juifs du Maroc, comme chez les Musulmans du Maroc naît d’une idée toute simple : le croyant se considère comme étant très loin de l’essence suprême de Dieu qui lui est inaccessible. Cette distance spirituelle et physique à la fois, détermine aux yeux du croyant l’attitude de Dieu envers lui. La quantité des mortels qui ont recours à l’aide divine est innombrable, mais l’homme en détresse n’est pas toujours sûr que Dieu se souvienne de lui pour l’exaucer. Il a donc recours à l’intercession d’une personnalité célèbre dont les vertus exceptionnelles la rapprochent de Dieu et dont les qualités humaines sont communes aux mortels. De nos jours encore, les juifs du Maroc croient obstinément au pouvoir d’intercession de nombreux rabbins, -appelés Rabbi- remarqués pour leur pouvoir, leur vie exemplaire et leur bienveillance à l’égard d’autrui. Ils visitent tout au long de l’année les sanctuaires de grandes célébrités hagiographique, tel Amran Ben Diwan, Moulay Ighli, David Draâ, Umosheh, R.david ben Barukh.... Mais c’est surtout pour la commémoration de la hilloulah qu’une multitude de pèlerins afflue aux sanctuaires... C’est un événement religieux et social qui occupe une place de choix dans le cycle annuel de la vie juive marocaine. Le séjour dans les sanctuaires pendant les festivités annuelles (Hilloulot) dure généralement sept jours.

Les cultes des saints juifs présentent une évidente analogie avec les cultes maraboutiques des musulmans. Les cultes des saints juifs s’étaient développés du XVII au XIXème siècle, avec un léger décalage par rapport aux marabouts (XVI siècle). Les communautés juive et musulmane présentent en général des traits communs mais aussi des particularités spécifiques, surtout en ce qui concerne la personnalité du saint. La quantité des marabouts chez les Musulmans surpasse considérablement celle des saints juifs et en diffère par la complexité de leurs types...

La coexistence harmonieuse et millénaire des Juifs et des Musulmans du Maroc et leur recours indépendant au même phénomène culturel, ont donné naissance à des usages communs, sans que chacun des deux groupes ait pour cela renoncé à son droit de cultiver séparément des voies personnelles et fonctionnelles dans la création de ses saints.

Les caractéristiques spécifiquement juives que comporte le culte des saints juifs au Maroc sont les références à la cabbale, la non transmission de la baraka aux descendants du saint et l’absence de toute dimension politique.

n9350092897 475015 7167

Abdellah Taïa : écrivain marocain

Au Maroc et en Islam en général, une personne devient saint ou sainte après sa mort seulement par la ferveur populaire, parce que les gens l’ont aimée. Ils honorent sa tombe et avec le temps, ça conserve à cette personne une certaine aura. On construit un mausolée, puis on organise une saison de pèlerinage. En réalité, beaucoup de ces saints n’ont pas eu une vie si pieuse que ça. Au contraire. Beaucoup étaient presque des mécréants, des gens qui vivaient dans le pêché, pour reprendre un mot religieux qui ne veut rien dire dans le cadre de ces mausolées. Je suis lié à la fois à ces saints, à ces mausolées, à ce qui s’y passe et à la folie. Le Maroc est un pays fou ! (rires) La folie, c’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup... Peut-être parce que moi-même je dois être un peu fou. Nous devons tous avoir en nous des germes de la folie...Dans mes livres, je parle toujours des saints, de la baraka. J’ai été initié à ça. J’ai vu ce que c’était. J’ai vu...Je vais dire un mot peut-être un peu choquant.... Mais... Les partouzes ! Ce que c’est un mausolée de saints au Maroc ! C’est un lieu d’une liberté extraordinaire. C’est à la fois un respect d’Allah, de certaines règles, mais pas toutes et l’instant d’après les gens boivent du vin, ils s’accouplent, ils sont possédés, ils croient qu’il faut satisfaire ces Djinns (démons) qui les habitent. C’était une atmosphère de folie qui me ravissait.


Liens externes