Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LNO

LNO

Menu
Les Caravaniers du sel, la clé du commerce transsaharien

Les Caravaniers du sel, la clé du commerce transsaharien

Commerce_transsaharien.jpg

Le monde de l’Islam fut très tôt un espace d’intense circulation des hommes et des marchandises, et l’organisation des transports terrestres fut une des préoccupations permanentes des souverains. Les réseaux viaires étaient déjà très développés au moment de la conquête musulmane, notamment à travers le système de voies romaines, plus ou moins entretenu dans l’Antiquité tardive. Il existait en tout cas des infrastructures routières qui constituaient un cadre de départ, même s’il était essentiellement organisé pour la satisfaction des besoins d’un empire centré sur Rome et l’Italie. La naissance de nouvelles capitales, la modification des pôles politiques, économiques et religieux nécessitait une réorganisation de ces réseaux.

il faut noter l’importance des itinéraires liés aux pèlerinages, principalement dans les villes saintes d’Arabie, et secondairement à Jérusalem et dans les sanctuaires chiites, voire sur des tombeaux de saints plus locaux. La route du pèlerinage à La Mecque en particulier fit l’objet d’une attention suivie des souverains en raison de la légitimité qu’elle conférait à ceux qui la contrôlaient. Il en allait de même de l’organisation du transport des pèlerins jusqu’aux lieux saints. Les itinéraires terrestres furent en effet, d’une manière générale, une affaire d’État. C’est ce dont témoigne la géographie arabe qui, à partir du IXe siècle, s’attache à décrire les itinéraires et les royaumes, montrant l’intense circulation des hommes à l’intérieur du monde de l’Islam mais aussi la géographie administrative de l’empire. Dès l’époque omeyyade, des bornes milliaires sur les routes de Syrie affirment la présence du pouvoir en même temps qu’elles marquent certains itinéraires. Il ne semble pas que l’entretien des routes ait fait l’objet d’un investissement particulier, contrairement à l’époque romaine. Les modes de transport, qui privilégiaient le chameau et le cheval par rapport aux chariots, ne nécessitaient pas de tels efforts. En revanche, le pouvoir s’attacha à mettre en place un réseau de relais et de caravansérails le long des routes. L’entretien des points d’eau, essentiels en milieu aride ou semi-aride, était essentiel, et devait être assuré par les gouverneurs de provinces. Il fallait par ailleurs pouvoir disposer d’infrastructures pour accueillir les caravanes, qui pouvaient compter plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de montures – les caravanes du pèlerinage pouvaient même rassembler plusieurs dizaines de milliers de pèlerins. Enfin la nécessité d’une transmission rapide et sûre des informations a poussé très tôt, dès l’époque omeyyade, à mettre en place un système de poste et de relais routiers sur l’ensemble de l’empire. (source)

sahara_large.jpg

Le commerce trans-saharien désigne le commerce, essentiellement caravanier, à travers le Sahara entre les pays méditerranéens et l'Afrique subsaharienne. Existant au moins depuis la préhistoire, l'apogée de ce commerce s'est étendu du xiiie siècle jusqu'à la fin du xvie siècle. Les caravanes de sel existent depuis plusieurs siècles. Cette matière première  qu’on appelle également or blanc est un élément indispensable à la survie des populations et permettent en même temps de troquer le sel contre des denrées alimentaires et tout le nécessaire pour survivre pendant les longues périodes. 

http://www.mezgarne.com/images/blog/Salt-Not-Vital.jpg

Bien que fragilisées et rattrapées par la modernisation, les caravanes demeurent un axe vital d'échanges et continuent de resserrer les liens de confiance entre les familles. L’activitité des sauniers, à l'origine complémentaire de l'élevage était non seulement traditionnelle mais aussi indispensable car elle assurait le ravitaillement en sel des populations tout en favorisant les échanges commerciaux. Si les approvisionnements se font aujourd'hui davantage par voie aérienne ou par camion le chameau les caravanes n'ont pas encore tout à fait disparu. Les routes du sel mythiques traversant le désert du Sahara continuent à voir passer de longues caravanes de dromadaires chargés de ce précieux ingrédient. Aux frontières du désert, dans les méandres du Niger, c'est sur la Route du sel qui serpente depuis le Mali.

Pour ce projet interdisciplinaire, je choisis d'aborder le thème des routes du sel. En effet, nous avons développé chacun une route commerciale sur deux continents différents, l’Europe et l’Afrique. Aussi, nous avons voulu par le fait d’approfondir ces trois routes, mettre en étroite corrélation les prémisses du commerce Nord-Sud.

Les trois parcours sont les suivants :

  • Nasser : Afrique de l’Est (du Djibouti à l’Egypte)
  • Shpend : Afrique Centrale (du Niger à la Libye)
  • Nicolas : Europe du Sud (de la Libye ou de l’Egypte à la République de Venise)

En outre, il faut savoir que le sel occupe une place unique et privilégiée dans l’histoire des hommes et il nous a semblé intéressant de vous faire découvrir son histoire et son acheminement à des fins commerciales.

De plus, « l’or blanc » a joué un rôle capital dans le développement des régions qui bordent la mer Méditerranée : Europe et Afrique. Présent partout ou presque dans le monde, omniprésent dans notre vie quotidienne, le sel est connu depuis l’apparition des premiers hominidés, ou tout simplement depuis l’apparition de la vie, vue que celle-ci a vu ses jours dans un fond salé de l’océan primitif. 

 

Au 14ème  siècle Tombouctou "la ville aux 333 saints" accueillait 25.000 étudiants et 100.000 habitants avant d'être ensevelie par le voile du désert et de l'oubli. Elle était un carrefour important sur la route du sel. Le commerce transaharien du sel remontant le Niger a marqué un passé brillant du commerce malien. Le Mali s'enrichit de cet or traversant Tombouctou et Bamako. Sa position centrale fait du Mali un pays de rencontres et d'échanges. Les transports caravaniers chargés de ballots de sel traversent les montagnes du Ténéré vers les oasis (telle que celle de Bilma) et les destinations les plus lointaines, parfois à plus de 500 km de distance.

http://natureetsaveurs.blog50.com/media/02/02/479557765.jpg

Une balise de métal remplace l'arbre du TENERE, renversé par un camion. Précieux repère pour les points d'eau, arrêt indispensable pour les hommes et les chameaux....

 

http://natureetsaveurs.blog50.com/media/02/01/1709799218.jpg

La Route du Sel traverse le désert du Ténéré pour arriver à Bilma au Niger où se trouvent les salines, lieu d'extraction du sel indispensable aux transactions. Ces salines sont reliées au reste du monde depuis plusieurs siècle que par le cordon ombilical des caravanes. Les caravaniers appartiennent à certains groupes nomades spécialisés dans ce commerce. Il faut en effet posséder un élevage de chameaux, mâles en majorité, initiés au portage et à cette lente marche processionnaire dans le désert.

caravanes-sel-L-2.jpeg

Caravane de sel à travers le Ténéré. Sept cents kilomètres de désert à raison de quarante kilomètres par jour, de 11 h à 22 h. Pas de halte, pas d’arrêt. Une tradition qui perdure aujourd’hui.


Au cœur des transactions : l'échange du mil contre du sel et des dattes. Les Touareg Kel Ewey sont les plus attachés à cette activité. Ainsi les caravanes partent toujours groupées, réunissant par milliers de dromadaires afin d'affronter le désert et les pillards, mais surtout de faire face aux raids. La Route du sel est donc souvent une aventure extrêmement périlleuse à cause du désert du Ténéré et les attaques et autres raids en tout genre. Lors de la pénétration française, l'insécurité menaçait constamment le commerce transsaharien. Des compagnies Méharistes se sont alors créées pour escorter les caravanes. A cette époque les salines de Bilma enregistraient le passage de 7000 à 30000 dromadaires par an. En décembre 1916, à Agadèz, la révolte des Sénousites dirigée par Kaocen contre l'occupation française avait mis fin provisoirement à ces caravanes. Elles n'avaient repris qu'en 1920 et leur importance n'a cessé d'augmenter. En 1988, 5000 dromadaires parvenaient à Bilma. Avec l'amélioration de la sécurité, les hommes osaient à nouveau affronter le redoutable désert par petits groupes. Les caravanes remettaient leur sort entre les mains d'un seul homme le « Madougou » qui seul connaissait le chemin.

http://www.courrierinternational.com/files/imagecache/article/illustrations/article/2010/01/1000-tombouctou-A.jpg

La route des caravanes passait obligatoirement par le fameux arbre du Ténéré à l'est d'Agadèz où les animaux s'abreuvaient une dernière fois avant la grande traversée. Le cycle caravanier durait 9 mois. De juin-juillet à septembre, les hommes restaient en brousse laissant leurs troupeaux au pâturage. Dès la fin septembre, chargé de mil et de produits de l'Aïr, la caravane de sel les conduisait aux salines de Bilma. Traversant le Ténéré aller-retour en 35 jours environs, ils parcouraient 1200 à 1500km. Au retour, la caravane se fractionnait et de petits groupes descendaient vers le sud du Niger avec le sel et les dattes, c'était « l'Airam » ou la caravane du mil. Après avoir vendu leur sel sur les marchés régionaux, ils achetaient le mil dès le début de la récolte. Ils séjournaient ensuite 3 mois en pays haoussa, le temps pour les chameaux de refaire la bosse en se gavant dans les champs de mil après la récolte. En échange, ils laissaient le fumier dans les champs. Ils revenaient enfin chez eux en juin avec le mil et d'autres denrées. 3 mois après, la saison des pluies passée, ils repartaient avec le mil pour un nouveau cycle.

Le Kawar est une zone de falaises surmontées de fortifications anciennes en pierres sèches alignées nord-sud, faisant la jonction entre l'immense zone sableuse du Ténéré à l'ouest et le grand erg de Bilma à l'est. Cette région a été habitée, depuis le Néolithique, car on y trouve des gravures et peintures rupestres remontant à cette période. Elle est actuellement une suite de petites oasis qui sont parmi les plus isolées du Sahara. Elles survivent de façon traditionnelle grâce au maintien d'une activité caravanière. Le site abrite des gisements de sel, objet principal du commerce. D'importantes étendues d'eau douce et d'eau saumâtre naturelle déterminent des milieux biologiques (faune et flore) exceptionnels au Sahara. C'est aussi une des régions que l'addax est susceptible d'utiliser au cours de sa nomadisation. La beauté des paysages de cette région est universellement connue.

Le Kawar a connu la pénétration musulmane dès 666 par Uqba Ibn Nafi qui prit successivement tous les fortins avant de s'emparer de la capitale Khawar ou Qasabat Kahawar « la ville fortifiée ou la citadelle du Kawar ». Les oasis du Kawar qui produisent le sel et le natron sont à l'origine de la caravane du sel. Cet écosystème a été un centre productif depuis la nuit des temps où les populations diverses, Kanouri, berbères, Toubou ont vécu en symbiose dans l'isolement du Sahara. Ce caractère de pérennité est reflété depuis l'antiquité et continue jusqu'à nos jours avec très peu de changement.

caravanes-sel-L-1.jpeg

 Chameaux contre camions

Au cours des années où les déficits pluviométriques ont atteint des records (1972-1973 et 1983-1984), les caravanes, faute de fourrage, ont été interrompues : elles ont été remplacées par des camions et les échanges ont été organisés par l'administration. On aurait pu croire que la fin des caravanes était arrivée. Or il n'en fut rien car le remplacement du chameau par le camion et du marchandage par des cours imposés ne donnait pas satisfaction aux sauniers.

Quel avenir prévoir pour ces caravanes du sel ? Il est impossible de se prononcer dans une période où toute la zone sub-saharienne s'embrase et où l'insécurité s'installe de la Mauritanie au Tchad, à travers le Mali et le Niger.

http://www.lescinqcontinents.com/documentslibrairie/lireetdecouvrir/2008/leseldudesert.jpg

Sources et bibliographie

Les ouvrages techniques, scientifiques, médicaux etc. sur le sel sont très nombreux.

 Le sel du désert de Odette Du Puigaudeau (Phébus/libretto-2005)

Histoires de développement est une revue trimestrielle éditée par le Centre international d'études pour le développement local (30 rue Sainte Hélène - 69002 Lyon - France).

A.Sevin, Un officier en France : Aurélien de Seze, 1936 : Lors de la pénétration française au cœur du Sahara, l'armée assurait la protection des caravanes de sel de Taoudeni contre les razzia touaregs. L'auteur raconte le voyage de ces caravanes de milliers de dromadaires et la vie des mineurs…

Youssef Ragheb, « Les marchands itinérants du monde musulman », Voyages et voyageurs au Moyen Âge, Paris, Publications de la Sorbonne, 1996, p. 177-215

bel-arabe-chaud-tres-accueillant-L-2.jpg