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Le vent, Émile Verhaeren

Le vent, Émile Verhaeren

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Émile Verhaeren (1855-1916) (Recueil : Les villages illusoires) - Le vent

Émile Verhaeren est un poète belge (flamand) d'expression française : il exprime à travers sa poésie son attachement à sa Flandre natale et il faut se remémorer que la modernité est remarquable dans ses textes !

Jouissant d'une immense popularité en France et à l'étranger, il est le Victor Hugo des années 1900. Son art redonne au lyrisme des élans longtemps interdits par le symbolisme. Il a su traduire dans son œuvre la beauté de l'effort humain.

illusion : Il convient de distinguer les illusions des sens et les illusions intellectuelles. Les premières ont une origine physiologique. Les secondes ont pour fondement les désirs et les passions humaines.

 

 


Ce poème est dédié à l'automne, écoutez cet enregistrement et vous entendrez la plainte et la fougue du vent.

Verhaeren fut le premier poète francophone à utiliser de façon systématique la versification libre qui exprime la liberté qu'a la ligne de s'interrompre quand bon lui semble bien que La Fontaine dans ses fables s'autorisait des libertés. Se laissèrent également tenter par le vers libre : Gustave Kahn (1859-1936), Marie Krysinska (1864-1908) Francis Vielé-Griffin (1864-1937), Léon Bloy (1846-1917), Saint-John Perse (1887-1975), André Salm (1881-1969), Paul Claudel (1868-1955), Guillaume Apollinaire (1880-1918), Henri Michaux (1899-1984), Louis Aragon (1897-1982), René Char (1907-1988), Yves Bonnefoy (1923) et beaucoup d'autres.

Ce poème dénote également une grande musicalité !

Sur la bruyère longue infiniment,
Voici le vent cornant Novembre,
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent
Qui se déchire et se démembre,
En souffles lourds battant les bourgs, 
Voici le vent,
Le vent sauvage de Novembre.


Aux puits des fermes,
Les seaux de fer et les poulies 
Grincent.
Aux citernes des fermes,
Les seaux et les poulies
Grincent et crient
Toute la mort dans leurs mélancolies.
 
Le vent rafle, le long de l'eau,
Les feuilles vertes des bouleaux,
Le vent sauvage de Novembre;
Le vent mord dans les branches 
Des nids d'oiseaux;
Le vent râpe du fer,
Et peigne au loin les avalanches, 
- Rageusement - du vieil hiver,
Rageusement, le vent,
 
Le vent sauvage de Novembre.
Dans les étables lamentables
Les lucarnes rapiécées
Ballottent leurs loques falotes
De vitre et de papier.
- Le vent sauvage de Novembre! -
Sur sa hutte de gazon bistre,
De bas en haut, à travers airs,
De haut en bas, à coups d'éclairs,
Le moulin noir fauche, sinistre,
Le moulin noir fauche le vent,
Le vent,
 
Le vent sauvage de Novembre.
Les vieux chaumes à cropetons,
Autour de leurs clochers d'église,
Sont soulevés sur leurs bâtons;
Les vieux chaumes et leurs auvents
Claquent au vent,
 
Au vent sauvage de Novembre.
Les croix du cimetière étroit,
Les bras des morts que sont ces croix,
Tombent comme un grand vol,
Rabattu noir, contre le sol.
Le vent sauvage de Novembre,
Le vent,
 
L'avez-vous rencontré le vent,
Au carrefour des trois cents routes ;
L'avez-vous rencontré le vent,
Celui des peurs et des déroutes;
L'avez-vous vu cette nuit-là
Quand il jeta la lune à bas,
Et que, n'en pouvant plus,
Tous les villages vermoulus
Criaient comme des bêtes
Sous la tempête?

Sur la bruyère, infiniment, 
Voici le vent hurlant.
Voici le vent cornant Novembre.
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