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Le Maroc et la Sanaâ d'Alger honorent Hadj Bouzidi Benslimane

Le Maroc et la Sanaâ d'Alger honorent Hadj Bouzidi Benslimane

 

Quant à la volonté de vaincre les forces d’inertie qui semblaient paralyser la libération de toutes les initiatives d’œuvrer dans le sens d’une affirmation spontanée des potentialités et des qualités endogènes enfouies dans le tréfonds inné de chaque individu, elle sera le fait d’un homme exceptionnel et admirable qui sentait en lui un besoin irrésistible de donner un peu, et souvent beaucoup de lui-même, en la personne du regretté Hadj Bouzidi BENSLIMANE.
Qui est ce personnage providentiel que Mostaganem a enfanté ? Un homme de cœur dans toute l’acception du terme, pétri d’une vaste culture apprise à l’école de la vie, et doté d’une sensibilité et d’un esprit ouvert à toute forme de beauté. 
Aussi, affectionnait-il par-dessus tout la musique andalouse qu’il situait au sommet du firmament grâce à des connaissances acquises de premières mains dès 1947/48 au contact du non moins regretté Si Habib BENTRIA.

En tout cas il avait à cœur de reprendre le flambeau et de poursuivre le travail de fourmi commencé par son maître emporté prématurément par la faucheuse en 1950.  

Là-dessus, nous avons vu les péripéties et les étapes tumultueuses traversées durant la nuit coloniale et les difficultés qui entravaient toute velléité de relance du processus culturel dans le pays. Mais une fois l’Indépendance recouvrée, voici que le virus andalou reprenait de plus belle les sens et les entrailles de Hadj Bouzidi, si tant est qu’il l’eût quitté un jour.

Sa première tentative remonte à 1966 lorsqu’il entreprit de monter, dans la précipitation il est vrai, un orchestre andalou destiné à prendre part au tout premier Festival de Musique Classique, sous la houlette du chanteur Chaâbi Maâzouz BOUADJADJ, encadré entre autres par les regrettés Abdelkader BELADJINE dit Boucif et Mustapha BENMANSOUR plus connu sous le nom de Houari CHALABI que nous allons retrouver ci-après. Ainsi l’orchestre fut-il baptisé « Ettouria » en hommage au précurseur Si Habib BENTRIA

Malheureusement cette expérience devait tourner court sans même avoir franchi le cap des éliminatoires régionales qui se sont déroulées à Tlemcen pour la région Ouest du pays, à Blida pour le Centre et à Constantine pour la région Est.

Notre propos n’est pas de faire ici l’analyse de cet échec, mais on peut seulement relever parmi les causes les plus saillantes, un manque évident de préparation due à la précipitation évoquée ci-dessus, doublé d’une imprégnation insuffisante pour un style savant nécessitant une maîtrise absolue pour être en mesure de rivaliser avec les grosses pointures en lice.
Il est à noter que cet aspect du problème n’avait pas échappé à la perspicacité de Hadj Bouzidi qui, loin de se décourager, attendait en silence le moment propice et l’occasion favorable pour revenir à la charge avec des chances de succès accrues, en mettant à profit les enseignements tirés de l’expérience malheureuse vécue et, pourquoi pas, prendre une revanche honorable qui soit à même d’effacer les mauvais souvenirs. 

Etait-ce par hasard qu’il m’invita un soir du mois de Ramadan de l’année 1967 par l’intermédiaire de Hadj Benyahia, à venir prendre un thé dans le local qui servait aux répétitions du groupe Ettouria . Je ne saurais le dire. 

Mais il m’a semblé que ma visite avait suscité un certain intérêt parmi les quelques personnes présentes au nombre desquelles je peux citer de mémoire Hadj Bouzidi bien sûr, Hadj Benyahia BENYAHIA et le regretté Houari CHALABI qu’unissaient par ailleurs des liens de parenté à ma proche famille. J’ai le sentiment que ce dernier était considéré comme le bras droit de cheikh Maâzouz lequel était d’ailleurs absent lors de cette première prise de contact.

Je me souviens également que notre conversation revêtait un caractère technique axé essentiellement sur le « Chambar Sika » qu’il souhaitait incorporer à son répertoire, me sollicitant même de le lui interpréter avec sa propre guitare.

Après avoir accédé à son vœu à deux ou trois reprises pour lui permettre de s’imprégner des différents passages de ce morceau difficile, je fus littéralement happé par Hadj Bouzidi qui me proposa à brûle-pourpoint rien moins que de collaborer à la création d’une « association de musique andalouse » au sein même du Cercle du Croissant dont je rappelle qu’il était membre depuis plusieurs années.

Cette idée me rappela alors une proposition identique formulée quelques années plus tôt, vers 1950, par un autre mélomane, un certain Abdallah MARAF, mais à laquelle je n’avais pas cru devoir souscrire à l’époque pour des raisons personnelles. Mais cette fois le contexte était totalement différent et mon passage à El-Mossilia d’Alger encore trop récent pour me laisser indifférent devant la puissance de persuasion de Hadj Bouzidi. D’ailleurs l’idée paraissait séduisante, généreuse même pour peu que les intentions fussent dénuées d’arrière-pensées mercantiles ou terre à terre. 

Or de ce point de vue, la personnalité même de ce personnage ne pouvait prêter à aucune équivoque, si bien qu’un premier rendez-vous fut pris pour se revoir, cette fois au « Cercle du Croissant » dûment accompagné de ma bonne vieille mandoline achetée en 1938 par mon père pour la somme de quarante francs.

Et c’est ainsi qu’au jour « J » notre toute première séance a regroupé autour de Hadj Bouzidi : Ismet BENKRITLY un violon alto à la main et moi-même muni de ma mandoline italienne, soit trois personnes en tout et pour tout. 

Je dois préciser tout de même qu’en dépit de ses vastes connaissances en la matière, Hadj Bouzidi ne pratiquait aucun instrument de musique. D’où il résulte que la première répétition de ce qui allait donner naissance dans moins de cinq années au prestigieux « Nadi El Hilal Ettaqafi » se résumera à un duo instrumental entre mon ami Ismet et moi dans une sorte de programme à base de Istikhbarate et de Inqilabate en présence d’un seul et unique auditeur-spectateur-témoin en la personne de Hadj Bouzidi Rahimahou Allah. On relèvera enfin l’absence de Hadj Benyahia, l’un des tout premiers artisans de cette aventure incroyable, à cette première prise de contact.

Par ailleurs, il n’est pas inutile de souligner que, sur les conseils éclairés mais très discrets de ce dernier, les membres de ce qui s’appelait encore le « Cercle du Croissant » nous accueillirent à bras ouverts et firent l’impossible pour nous mettre à l’aise en mettant à notre disposition une des cinq pièces du local pour nos répétitions à venir en toute indépendance.

Partant de là, nous avons établi un calendrier hebdomadaire pour nos rencontres de travail toujours limitées au « duo » BENKRIZI – BENKRITLY en attendant de nouvelles recrues éventuelles. Car pendant ce temps, notre mentor avait entrepris en silence un prodigieux effort de sensibilisation dans les milieux des musiciens plus ou moins attentifs à cette forme d’expression artistique. Il était aidé en cela par Hadj Benyahia qui, bien que ne pratiquant aucun instrument de musique encore, se livrait à une prospection en règle, en vue d’étoffer la squelettique cellule initiale.

C’est ainsi que le premier à rejoindre le noyau de départ sera le regretté Houari CHALABI armé de sa légendaire guitare. Il sera bientôt suivi par le regretté Hassaïne BENGHALI qui possédait un vieux banjo à quatre cordes, très bizarre.

Puis ce sera la tour de Abdelkader BENDAMECHE et Abdelkader BENHAOUA accompagnés d’une mandole chacun, Mansour BENGHALI avec une mandoline semblable à la mienne, Aoued BACHA qui disposait d’une vieille guitare espagnole, Mohamed BOUADJADJ, Harrag MEZADJA et deux ou trois autres jeunes dont je ne me souviens plus des noms.

Dans ce groupe initial, on relèvera l’absence de tout instrument de percussion. Comment peut-on en effet envisager sérieusement d’exécuter des noubas andalouses sans tar ni derbouka ?

Eh bien, qu’à cela ne tienne ! Hadj Bouzidi, une vieille derbouka à la main se chargera du rythme et de la cadence pendant les répétitions avant que le regretté Harrag MEZADJA ne prenne la relève. Puis celui-ci sera lui-même, quelques temps après, remplacé par le jeune Tayeb HAMDANI accompagné d’un autre jeune, Yahia BENBERNOU au tar. Âinsi, âgés à peine d’une quinzaine d’années seulement, ces deux derniers devenaient les benjamins de l’ensemble musical.

Les choses commençaient vraiment à prendre forme et l’aspect plus ou moins folklorique des débuts cédait rapidement la place au sérieux qui caractérisait désormais nos répétitions. 

A vouloir prendre exemple sur le modèle de El-Mossilia, je crois que nous sommes parvenus à instituer une démarche et un style très personnels et très performants axés sur une atmosphère conviviale bien sûr, mais non dépourvue d’une stricte discipline lors des séances de travail.

Et comme l’appétit vient en mangeant il est vrai, l’idée nous est venue de nous doter d’un semblant de paternité en optant pour une dénomination qui soit à même de nous conférer une certaine crédibilité au sein de la population de Mostaganem tout au moins. C’est donc sur ma proposition que le nouveau-né sera prénommé « Section de Musique Andalouse du Cercle du Croissant de Mostaganem ». 

A la grande satisfaction des membres de la valeureuse institution qui nous accordait si généreusement l’hospitalité, et au nombre desquels nous devons citer pour l’histoire : Messieurs Hadj Bouzidi Benslimane bien sûr, Hadj Mustapha Karakache, Hadj Sadek Benghali, Hadj Kaddour Benguendouz, Hadj Mâamar Benatia, Hadj Abdelkader Belayachi, Hadj H’mida Guellati, Hadj Tayeb Benmâamar, Hadj Abdallah Belbachir, Hadj El-Ferh et Si Belkacem Benghali sous la présidence de Hadj Ahmed Chali. Soit douze personnes en tout et pour tout.

Pour ce qui est de la « Section de Musique Andalouse du Cercle du Croissant », c’est à l’unanimité que Hadj Bouzidi Benslimane fut porté à la présidence bien évidemment. Qui d’autre eût été mieux à même de prétendre à une telle distinction qui, du reste, lui revenait de droit.

A ce titre d’ailleurs, l’avenir n’allait pas tarder à nous apporter la preuve de la justesse de ce choix, grâce à un engagement total et tout à fait désintéressé de celui qui avait décidé de sacrifier tout son temps et son énergie à la pérennité du légendaire Cercle du Croissant, et par voie de conséquence, à l’épanouissement de la musique andalouse dans la ville de Mostaganem. 

 

Dr BENKRIZI Sidi Mohammed Fodil