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Le 'Dieu Anzar' des Berbères veut des chants, des danses et de la joie et non pas d'Oulémas incultes

Le 'Dieu Anzar' des Berbères veut des chants, des danses et de la joie et non pas d'Oulémas incultes

Le 'Dieu Anzar' des Berbères veut des chants, des danses et de la joie et non pas d'Oulémas incultes. Les berbères avaient une cosmogonie très particulière, qui repose sur des principes fondamentaux comme Le Temps du rêve, et qui débouche sur une sorte d'animisme très respectueux de la nature.

Un héritage, un patrimoine et legs culturel et social plurimillénaire que partagent les habitants de l’Afrique du nord et du pourtour méditerranéen (Maroc, Tunisie, Libye et même l’Égypte et les îles Canaries).

Anzar est un dieu Berbère (n Imaziɣen) d'Afrique du nord, dieu de la pluie et de l'eau, qui tenait un rôle prépondérant dans la mythologie et la religion des Berbères, comme c'était le cas de tous les dieux de la pluie dans les religions Mésoamérique, Mythologie grecque, Romains, et Égypte antique...

Anzar : Coutume Berbère. Un rite ancien de Kabylie afin que la pluie tombe du ciel pour arroser la nature et les plantes...Il était un temps où l'absence de pluie était bien plus dramatique. Les occupants des hameaux de la montagne de Sidi Ali Bounab, vivaient exclusivement d'agriculture et d'élevage. Dès que la pluie tardait à venir, c'était la panique. Les sources risquaient de se tarir et les récoltes compromises. Il n'y avait ni barrages ni retenues collinaires. La vie dans ses hameaux perchés, était rythmée et n'était possible que par la pluie. 

On raconte que jadis, à l'époque où les animaux parlaient et où les Dieux avaient une apparence humaine, Anzar, apparaissait après la pluie sous la forme d'un arc-en-ciel.
Le rite se présente comme une mise en scène de la légende d'Anzar. Une jeune fille joue le rôle de "tislit bb-wanzar" : toilette et parure dues à une mariée, cortège nuptial. Elle tient en main "a&enja" une louche et la procession chante des invocations a Anzar, le roi de la pluie, tout en quétant de porte à porte. On reçoit ainsi semoule, viande, graisse, oignons etc...Arrivé dans un sanctuaire, le cortège s'arrête et les femmes préparent un repas cérémonial avec ce qui a été rassemblé. Tous les accompagnateurs y prennent part. Puis la "qibla", la voyante guérisseuse du village, dénude la fiancée, l'enveloppe dans un filet à fourrage, puis lui fait faire sept fois le tour du sanctuaire tenant la louche en main de façon à avoir la tête de la louche en avant comme si elle demandait de l'eau, tout en répétant : "ay at aman awit-d aman, nefka tarwiht i i t yev&an" Ô gens de l'eau, donnez de l'eau, nous donnons la vie a qui la veut. Entres autres chants, la fiancée répète une incantation qui commence par le vers suivant : "nekk d tmurt ttakniwin" "Moi et la terre sommes co-épouses".
Le rite
À l’époque où se durcit la terre, et que se présente ce que l’on nomme ‘sécher­esse’, les vieilles se réunissent pour fixer le jour où elles célébreront Anzar. Au jour dit, toutes (les femmes), jeunes et vieilles, sortent, accompagnées des jeunes garçons, et elles chantent :
''Anzar ! Anzar !
Ô Roi, fais cesser la sécheresse,
et que le blé mûrisse sur la montagne
comme aussi dans la plaine..''
Autrefois on escortait processionnellement une jeune fille pubère et de plus gracieuse. On lui mettait le henné et on la parait des plus beaux bijoux : bref, on en faisait une ‘fiancée’.
La matrone du village, femme aimée de tous et de conduite irréprochable, devait procéder elle-même à la toilette de ‘la fiancée d’Anzar’. Ce faisant, elle ne devait pas pleurer, sinon on aurait pu penser qu’elle ne donnait pas de bon cœur à Anzar sa fiancée. Elle remet à la jeune fille une cuiller à pot (aghenja) sans aucun ornement qu’elle tiendra à la main. Puis la matrone charge ‘la fiancée d’Anzar’ sur son dos.
Celle-ci, la louche en main, ne cesse de redire :
''Ô Anzar, la louche est sèche, 
toute verdure a disparu.
Le vieillard est voûté par les ans,
la tombe l’appelle à elle.
Mon ventre est stérile
et ne connaît pas de progéniture.
Ta fiancée t’implore,
ô Anzar, car elle te désire.''
Un immense cortège les accompagne composé des gens accourus du village qui les suivent par derrière. À chaque seuil devant lequel passe le cortège, de nouveaux membres se joignent à lui et chantent eux aussi :
''Anzar ! Anzar !
Ô Roi, fais cesser la sécheresse,
et que le blé mûrisse sur la montagne
comme aussi dans la plaine…''
Sur le trajet de la procession on offre semoule, viande fraîche ou séchée, graisse, oignons, sel… Et les familles ainsi visitées jettent de l’eau sur les têtes, s’efforçant surtout d’atteindre la fiancée que le cortège emmène avec lui.
Une fois arrivées à la mosquée ou à l’un des sanctuaires (du village), les femmes déposent la fiancée. Puis elles se mettent à faire cuire ce qu’elles ont recueilli de porte en porte : huile, oignons… Et tous les accompagnateurs pren­nent part à ce repas. Celui-ci terminé, on lave sur place les ustensiles et on jette l’eau dans la rigole.
Après quoi, la matrone enlève ses habits à la fiancée, et la laisse nue comme au jour de sa naissance. La jeune fille s’enveloppe d’un filet à fourrage – et ceci signifie qu’il n’y a plus ni verdure ni rien de ce que produit la terre ; bref, que les gens en sont réduits à manger de l’herbe. Puis elle fait sept fois le tour du sanctuaire, tenant la louche en main de façon à avoir la tête de la louche en avant comme si elle demandait de l’eau. Tout en tournant, elle répète :
''Ô vous, Maîtres des eaux, donnez-nous de l’eau…
J’offre ma vie à qui veut la prendre.''
C’est pour cette raison qu’on la nomme ‘la fiancée d’Anzar’.
Quand la jeune fille ainsi offerte à Anzar a terminé sa giration autour ou du sanctuaire, elle dit :
''Je regarde la terre :
la face en est dure et sèche.
Pas une goutte d’eau dans le ruisseau.
L’arbrisseau des vergers s’étiole.
Anzar, viens à notre secours,
tu ne peux nous abandonner, ô Noble.
J’entends le gémissement de la terre
pareil à celui du prisonnier plein d’ennui.
Pas une goutte ne suinte des outres,
le limon est rempli de crevasses.
Je me plie à ta volonté ô Anzar,
car devant toi je ne suis rien.
L’étang se vide et s’évapore,
il devient le tombeau des poissons.
Le berger reste tout triste
maintenant que l’herbe est flétrie.
Le filet à fourrage est vide, il a faim…
il m’étreint comme ferait une hydre.''
Après quoi les femmes réunies dans le sanctuaire entonnent le chant que voici :
'''Ô Anzar au cœur généreux,
le fleuve n’est plus que sable desséché.
La clef, c’est toi qui la possèdes,
de grâce, libère la source.
La terre agonise
injecte son sang jusqu’en ses racines.
Ô Roi, ô Anzar,
notre Mère la terre est sans force
Elle patiente, elle compte sur toi,
comme elle a accepté de toi le manque de nourriture.
Remplis la rivière de ta sueur
et la vie triomphera de la mort.
ÔAnzar, ô puissant,
Toi qui donnes la vie aux hommes,
délivre-les de leurs liens,
Toi le remède des blessures.
La terre attend, livrée comme une jument,
toute à la joie de ta venue.
Ô Anzar, fils du (ou de) géant,
Toi qui vis parmi les étoiles.
Notre gratitude te sera acquise évidemment
si tu nous donnes de l’eau.
Ô Anzar, ô Roi,
Toi dont le charme est sans égal,
tu as épousé une jeune fille, perle précieuse,
à la chevelure souple et lisse.
La voici, donne-lui des ailes,
et foncez vers le ciel : allez,
À cause d’elle, parée de fine étoffe,
tu peux dire aux assoiffés : buvez !'''

Cependant, quelques jeunes filles en âge d’être mariées, s’assemblent auprès de la fiancée toujours nue, pour le jeu dit ‘zerzari’ qui se pratique avec une balle de liège. Elles se groupent dans un endroit plat, non loin du sanctuaire. Munies chacune d’un bâton, elles se disputent la balle, jusqu’à ce que cette balle tombe dans le trou préparé pour la recevoir. Pendant ce temps là fiancée répète :
''La terre et moi, nous sommes co-épouses,
nous avons épousé un homme sans l’avoir vu.
Nous ne sommes ni infirmes, ni stériles,
mais la clef est bloquée dans la serrure.
Nos seins ne donnent pas de lait :
comment du reste le pourraient-ils ?''
Lorsque la balle a pénétré dans le trou, elle dit :
''Je tends la main devant moi,
je ne trouve que le vide.
Ma main cherche derrière moi,
et ne trouve que moi-même.
Rien ne me retient que moi-même…
ô Anzar, ô Roi très bon,
ma vie m’est précieuse…
mais s’il la veut qu’il la prenne !''
Les jeunes filles qui ont pris part au jeu avec elle, répondent :
''Nous avons atteint notre but :
la balle est à sa place.
Le Roi est descendu sur la terre :
la fiancée s’est soumise et l’a accepté.
Ô Roi, donne-nous de la pluie,
tu le vois, notre terre est assoiffée.
Alors elle nous donnera bonne récolte,
comme vous-même avez donné progéniture.''
La balle est enterrée dans le trou creusé pour elle avant le jeu. Toutes les femmes regagnent le village avant le coucher du soleil. On peut être assuré que peu de jours après la célébration d’Anzar, la pluie se met à tomber.
Mais de nos jours, ce n’est plus une vraie mariée, parce qu’un chef  l’a refusé autrefois : il a en effet refusé qu’une jeune fille se retrouve nue au cours du rite. Depuis on pare une louche que l’on appelle « la fiancée d’Anzar » [paragraphe traduit du kabyle par Fatiha Lasri].

À l’époque où les familles des At-Qasi et des At-Djennad se battaient contre les Turcs, les Marabouts mirent fin à l’ancienne procession (telle qu’elle vient d’être décrite). Ainsi nous l’ont racontée nos aïeules. Malgré cela, certains villages continuèrent la procession ‘ancienne manière’ ; d’autres la cessèrent immédiate­ment par peur de la malédiction des Marabouts. Dans ce dernier cas ils se conten­tent de transporter processionnellement la seule cuiller à pot, magnifiquement ornée au préalable comme une fiancée. Le rituel est à peu près le même, hormis bien sûr la dénudation qui n’est pas nécessaire. Le repas terminé, ce sont les jeunes filles qui se livrent au jeu de ‘zerzari’.
La célébration terminée, la louche sera reprise par son propriétaire qui la mettra de côté pour une prochaine célébration.