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Les musiciens des enluminures de la Bible d'Anjou

Les musiciens des enluminures de la Bible d'Anjou

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Tombé dans les oubliettes de l'histoire, la Bible d'Anjou a été restaurée avant d'être prochaînement reliée, ce prestigieux manuscrit est l'un des plus beau que je n'ai jamais vu...Un cadeau royal de mariage exceptionnel du roi Robert d'Anjou aux futurs souverains, sa descendante Jeanne (reine de Naples à partir de 1343) et son mari Andreas de Hongrie. La commande date de 1340. enrichi d'extraordinaires enluminures médiévales. 

La Bible d’Anjou constitue la pièce maîtresse de la bibliothèque de la faculté de Théologie de la K.U.Leuven. En dépôt à la bibliothèque de la Faculté théologique de la K.U.L. dont elle constitue le joyau, cette Bible d'Anjou. Après une restauration pointue menée par Lieve Watteeuw et l'Irpa, grâce au soutien de la Fondation Roi Baudouin et du Fonds-InBev Baillet Latour qui finance à raison de 82.100 euros l'étude et la conservation du manuscrit. Ce document fascine par ses enluminures riches et raffinées qui viennent intensifier la luminosité des coloris. Outre deux enluminures en pleine page, la bible comporte plus de 160 miniatures de format plus réduit – lettrines historiées en tête des sections du texte et illustrations relatives tant à des épisodes bibliques qu’à des événements liés à l’histoire de la Maison d’Anjou – et, sur chaque folio, des décorations marginales pleines de fantaisie.

Cristoforo Oriminia

La bible d'Anjou a été décoré par le miniaturiste illustrateur Cristoforo Oriminia (né et décédé à Naples, 1330-65). Il était un peintre, illustrateur et miniaturiste italien à la cour de Robert de Naples et de Jean I de Naples. Les Orimini étaient issus d'une famille patricienne de Naples, et appartenaient à la noblesse de Capuana. La résidence de cette famille était dans ce qu'on appelle aujourd'hui la Via dei CimbresCristoforo s'est identifié sur la dernière feuille d'un manuscrit enluminé Bible.(source : Samantha Kelly, The New Solomon: Robert of Naples (1309-1343) and Fourteenth-Century Kingship (Leiden, 2003), p. 32.) . La comparaison stylistique permet de lui attribuer la facture des enluminures ou de son atelier. 

Un des ouvrages le plus connus enluminé aux alentours de l'an 1350 par son atelier est la Bible de Hamilton,qui fut acquis en 1884 par la Fondation du patrimoine culturel prussien et l'ouvrage se trouve actuellement au Kupferstichkabinett à Berlin.

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« Les feuillets du Nouveau Testament, bien plus enluminés, présentent surtout la vie courtoise, les jeux, la chasse, la fauconnerie, remarque Lieve Watteeuw. Empreint d'une grande sérénité, le style de l'Ancien Testament est différent. Pour moi, c'est même surprenant de voir tous les bi-folios rassemblés dans une salle. Je n'avais jamais eu cette vue d'ensemble ! Avec ses bleus de lapis-lazuli et d'azurite, la richesse des ors, la maîtrise de l'enluminure, cette Bible rivalise avec deux autres spécimens commandités par la cour d'Anjou : la Bible d'Hamilton conservée à Berlin et la Bible de Philippe d'Anjou conservée à Vienne. Tous les spécialistes reconnaissent que notre manuscrit est exceptionnel dans sa représentation politique de la cour d'Anjou, la plus aboutie. »

Ce manuscrit aux enluminures particulièrement riches a été produit au début du 14ème siècle, à la cour de Robert Ier d’Anjou (1277-1343) qui fut Roi de Naples et comte de Provence de 1309 à sa mort, il était le fils de Charles II d'Anjou et de Marie de Hongrie. Lorsque son père meurt en 1309, Robert hérite du royaume de Naples ainsi que de vastes territoires dans le Piémont et en Provence.

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Titré duc de Calabre, il fut envoyé en Sicile auprès de Jacques II dans son combat contre Frédéric II de Sicile. Il remporta plusieurs succès, mais son frère Philippe ayant été battu, et Frédéric adoptant une tactique de harcèlement, il renonça et négocia la paix (1302). Il soutint ensuite les Guelfes de Florence contre les Gibelins en 1306.

A la mort de son père, il se fit couronner roi de Naples au détriment de son neveu Charobert, qui devint par la suite roi de Hongrie. Cette usurpation est à l'origine de la brouille entre Jeanne Ire et son mari André de Hongrie. Son couronnement fut possible grâce à l'abdication de son frère Louis d'Anjou qui rentra dans les ordres et fut évêque de Toulouse.

Robert était alors le prince le plus puissant d'Italie et le pape le nomma vicaire pontifical.

En 1318, il libéra Gênes assiégé par Marco Visconti et les Gibelins.

En 1333, par le biais du frère franciscain Ruggero Garini, Robert d'Anjou, roi de Naples, et son épouse la reine Sancia, négocièrent avec le sultan d'Egypte l'achat du Cénacle à Jérusalem et l'obtention du droit de célébrer certains rites au Saint Sépulcre.

Il administra son royaume de manière habile et ferme, attira à sa cour les poètes et les lettrés, dont Pétrarque. En 1338 il fit une dernière tentative pour reconquérir le royaume de Sicile, mais sans succès.

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Il est pratiquement inconnu du public et du monde académique. Il a été réalisé, il y a un demi millénaire à la tumultueuse cour royale de Naples au 14ème siècle, époque à laquelle des artistes de génie flirtaient avec le pouvoir, les intrigues, l’or et de sombres individus. Ce document nous révèle que Robert Ier d’Anjou ne s’intéressait pas seulement à la royauté, mais aussi à l’art et à la théologie

Ce qui me paraît essentiel, c'est surtout que le document suscite des recherches en histoire de la culture notamment par les aspect de la musicologie, l'histoire de l'art et évidemment l'histoire du livre et permet les interactions entre le langage artistique, le patronage et la réception de codex enluminés et le répertoire musical à la cour royale du souverain. On y retrouve le réalisme de ses figures massives et leurs lourds visages, de profil, clairement influencés par l’art byzantin.

On ne pourrait pas parler de ce document sans évoquer l'un des musiciens les plus talentueux à la cour de Charles d'Anjou, le trouvère français Adam de la Halle dit Adam d'Arras ou le Bossu d'Arras , qui écrit pendant ses années de service à Naples la célèbre pastourelle "Le Jeu de Robin et Marion". Ces trouvères formés dans les écoles de ménestrandie, (ancêtres de nos académies et conservatoires) inventaient leurs mélodies et les accompagnent de ritournelles instrumentales (premiers archétypes des mélodies et des lieder, que l'on retrouvera postérieurement).

Il règnait à cette cour un climat artistique propice aux expérimentations musicales.

Je vous en livre pour la première fois un détail que je viens d'agrandir ! cet instrument archet italien est un ancêtre du violon. C'est en fait une vièle ou viole que joue cette personne ! Ce qui témoigne de l'effervescence de la musique à la cour de la dynastie d'Anjour, des rois de Naple et de Sicile ! Ces enluminures nous apprennent plus que de la Bible en elle même...Elle nous en apprend sur la société de l'époque !

Un siècle plus tôt, on montrait un joueur de vièle, dans une enluminure tirée des Cantigas de Santa Maria, xiiie siècle...Cette oeuvre est souvent jouée lors des festival de musiques sacrée à Fès, me semble t-il !

Pour cet instrument, il en existait de tout types et également une vièle à roue ...au sonorités étranges !


Il semble que le violon ait emprunté des caractéristiques à 3 instruments existants :

  • Le rebec, en usage depuis le XIVème siècle (lui-même dérivé du rebab de la musique arabe)
  • la vièle 
  • la lira da braccio.

En musicologie, l'organologie préférait le mot viole ou vièle pour décrire cet instrument rustique à corde frottée. On qualifiait de vièle tout instrument de musique à cordes frottées.

La viole était usitée dans le monde entier et qui peut avoir bien des formes et des caractères. 

Jérôme de Moravie, un religieux dominicain du xiiie siècle, a donné une description détaillée de la vièle de son temps, qui était montée de 5 cordes.

Mais avant cette époque, on trouve des représentations de cet instrument qui lui donnent un nombre variable allant principalement de trois à cinq cordes ; c'est aussi ce que remarque François-Joseph Fétis dans son ouvrage "Sur l'origine et les transformations des instruments à archet (1856)". 

Le prince-abbé Martin Gerbert prétend que le nombre de cordes de la vièle était facultatif, de trois à cinq cordes, du XIème au XIIIème siècle, époque où le nombre de cinq cordes fut fixé.

Le terme "violon" désigne un instrument créé à un moment donné en un endroit précis par un luthier donné et avec une forme précise.

Cette enluminure du document royal présenté ici date de 1340 et devrait justement enrichir la question et les hypothèses émises par les musicologues et historiens de la musique qui estiment habituellement et sans certitudes que le violon naît dans les années 1520, dans un rayon de 80 km autour de Milan en Italie. Il y a indétermination entre les villes de Brescia et de Crémone.

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