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La transe

La transe

 « Le réductionnisme biologique ne sachant voir dans l’art que le produit d’une alchimie cérébrale provoquée par la transe conduit à dénier aux artistes la possibilité d’une expression libre, originale, portant sur des thématiques variées et non inféodées à des lois neuropsychologiques universelles, contrairement à ce qui est généralement admis pour les autres cultures. » - Jean-Loïc Le Quellec

Les styles de musique surgissent du plus profond de nos êtres, là où le legs ancestral de l'expression collective se mélange aux effluves de l'expérience individuelle et de sa perception environnementale externe résonnante sur les cordes sensibles de notre entité interne. En cette matière, la musique nord-africaine constitue un échantillonnage culturel très riche, ayant survécu à la colonisation et à l'appauvrissement en se ressourçant, paradoxalement, dans la force réactionnaire des opprimés. (source : " L'Hâl " ou La transe cabalistique du phénomène " El ghiwan " par Khalid Benslimane).

 

 

La transe est un état modifié de la conscience connu depuis la nuit des temps et dans toutes les cultures de l'humanité. On la trouve dans tous les contextes archaïques, culturels ou religieux. Il s'agit de provoquer un clivage de l’état de veille sous l’effet de drogues, de musiques et de danses, qui amène le sujet dans un mode hallucinatoire.

Le sujet en état de transe n’est pas inhibé et malgré la perte de son identité reste en communication avec son environnement. Ces rituels ont souvent une valeur fonctionnelle au sein du groupe. Par son coté prédictif ou oblatif ils rassurent l’angoisse et réparent de façon symboliques ou sacrificielles les transgressions et les traumatismes qui surviennent au sein d’une communauté ou d’un individu. On retrouve les thèmes du paganisme, communications avec les défunts, les esprits et les démons qui seraient responsables des déboires du groupe, ou de l’individu. Aujourd'hui encore on trouve des pratiques parallèles : magnétisme, jeu divinatoires, envoûtementexorcismes.

L’hypnose pourrait être une forme modernisée de la transe. On en trouve les prémices bien avant Mesmer (1776) chez Van Helmont (1600) et Paracelse (1500). Elle sera étudiée par Charcot, Babinski, Freud. Elle sera plus codifiée et utilisée à des fins médicales par Schultze avec son training autogène, par Caycedo avec l’état sophro-liminal. R. Desoille proposera une nouvelle approche de l’inconscient avec le rêve éveillé dirigé que ses successeurs feront évoluer vers un cadre psychanalytique non dirigiste.

On savait déjà que le genre gnaoui n'était pas simplement musical mais englobait un ensemble de pratiques aux prolongements historiques, sociologiques et spirituels profonds. Toute possession rituelle constitue une alliance contre des malheurs éventuels ou effectifs, parmi lesquels figure une " autre possession " dont la notion renvoie, elle, à l'ordre du pathologique. La derdeba, rite global incluant une Lila, vise alors à transformer une possession morbide en une possession contrôlée et gérée. Au cours de la cérémonie, on invoque divers esprits liés à des couleurs, des saints locaux marocains, des entités féminines parmi lesquelles Aïcha Kandicha, une figure centrale dans les confréries marocaines, non seulement chez les Gnawa mais tout d'abord chez les Hamadcha où elle occupe une place d'honneur auprès du fondateur de la confrérie. A la fin de la derdeba, les Gnawa exécutent un air emprunté au répertoire des Hamadcha pour invoquer Lalla Aïcha et l'inviter à se manifester par une possession. On éteint alors les lumières et on demande aux jeunes gens et aux enfants de sortir. Aïcha Kandicha aime séduire les adolescents, et donc les posséder, ce qui produit chez eux des troubles. La Moqqadema des Gnawa est possédée par Lalla Aïcha et elle prophétise. Les gens peuvent la consulter sur leurs problèmes et Aïcha répond par la bouche de son medium en transe. Sa couleur est le noir. A l'aube, les Gnawa repartent en cortège.

Cet état fait suite à un état d'exaltation qu'il pousse au paroxysme et transporte celui qui le vit hors de lui-même, hors du réel. Il entraîne souvent des gestes désordonnés, des discours outranciers, des convulsions, des cris, des chutes et bien d'autres manifestations extérieures. Les informations perçues ont un caractère hallucinatoire. Une vive inquiétude, l'angoisse, l'approche d'un danger peuvent déclencher état de transe. La répétition de l'état de transe spontané entraîne de lourdes conséquences pour l'équilibre mental.

Provoquer l'état de transe, peut aussi faire appel à des drogues ou à des produits hallucinogènes pour "tenter de se dépasser et d'accéder à une autre réalité". La "réalité" extrasensorielle peut être atteinte par la relaxation et la méditation. L'état de transe qui parfois en donne l'illusion n'en est qu'une dangereuse parodie.

Encore aujourd'hui au 21ème siècle, les confréries Gharbawa (de la région de Meknès au Maroc) pratiquent un rituel étrange et bouleversant , à la croisée des chemins du soufisme et du chamanisme, fait de litanies, de lamentations chantées, de danses jubilatoires, de transes et de transfigurations animalières...Ce rituel est d'une force émotionnelle telle qu'elle justifie l'appellation de « peuple catharsis ». Les Gharbawa se singularisent par une pratique ouverte et conviviale, dans une cohabitation intergénérationnelle où les femmes sont actrices à part entière. Le rituel qui se pratique lors de veillée (LILA) repose sur une vision multidimensionnelle intime entre corps, musique et spiritualité qui lui confère une grande qualité artistique.

Musicothérapie dans le monde. Transe, musique et guérison au Baloutchistan

Ceux qui ont une peine, la musique les fait revivre, leur esprit se régénère, ils oublient leur peine. Autrefois, grâce aux fêtes, aux danses et à la musique, les gens ne ressentaient pas les peines et les soucis. Mais aujourd’hui c’est le cas, parce qu’on n’entend plus de musique qu’une ou deux fois par an à l’occasion d’un mariage. Le souci c’est d’avoir trop d’argent ou d’avoir des dettes ; alors, petit à petit la maladie arrive. » Ainsi parle Bahrâm, chamane et maître de musique baloutche.

Dans la langue des Baloutches, guât signifie "vent", mais aussi esprit, djinn. Cette désignation reflète un double symbolisme : le vent est immatériel, impalpable, mais sensible comme peut l’être un esprit. Dans ces régions souvent balayées par des vents violents, le terme a une connotation néfaste ou morbide, affectant le plan physique aussi bien que psychique.

Le rituel

Dans son diagnostic l’officiant (ostâ) tient compte du fait que le malade a consulté sans succès les médecins, les guérisseurs traditionnels (hakim), voire les désenvoûteurs ordinaires. La manière dont s’établit le diagnostic ne constitue pas un protocole précis, mais comme l’ostâ est lui-même un ancien guâti, il lui est assez facile de reconnaître les cas qui relèvent de sa compétence. En effet, on ne devient ostâ, khalife, bâbâ guât ou guâti mât (littéralement, maestro, calife, père guâti ou mère guâti), qu’après avoir subi soi-même un certain nombre d’exorcismes et être devenu un familier du rituel au cours de séances renouvelées tous les ans ou à intervalles plus espacés de trois, cinq, voire sept ans. Il faut sans doute ajouter à cette expérience des talents de guérisseur et une forte personnalité, ce qui implique d’avoir complètement assumé son état de patient, de victime passive, et d’avoir fait de son guât un allié que l’on peut faire venir à sa guise, ce qui revient à avoir le contrôle de sa transe.

La recherche du rythme

Un point important est la recherche du ou des airs qui déclenchent la crise initiale. Lorsqu’on a affaire à un premier cas, il faut jouer un à un tous les morceaux du répertoire, jusqu’à ce que le guâti réagisse manifestement à l’un d’eux. Une fois le morceau trouvé, il faut le répéter sans relâche, à moins que d’autres airs produisent le même effet sur lui. Jean During

Le dhikr dans la culture musicale soufie

Le dhikr (dhekkâr) est le nom d'une une prière comparable à une litanie, le nom de Dieu est inlassablement répété jusqu'à prendre le corps puis l'esprit, amenant ainsi à un état de transe et à un anéantissement de la conscience. La pratique du dikr revêt deux aspects principaux : celui qui est solitaire et celui qui est collectif, ce dernier est lié à la musique et à la danse. Sa pratique est différente de celle du sama, toute l'assemblée est prise par état de transe.

Georges Lapassade

Georges Lapassade (né le 10 mai 1924 à Arbus, dans le Béarn-décédé le 30 juillet 2008 à Stains) fut un philosophe et un sociologue français. Il s'intéresse à la psychanalyse et a fait deux analyses, une avec Elsa Breuer et l'autre avec Jean Laplanche, à la biologie (il travaille avec Georges Canguilhem). Il participe à la revue Argumentsdirigée par Kostas Axelos et Edgar Morin et s’intéresse à la psychothérapie institutionnelle. Il reprend à Félix Guattari le syntagme « analyse institutionnelle » pour désigner une sociologie d’intervention, avec la collaboration de René Lourau. Il est une des figures de proue de la psychosociologie, de l’ethnologie et de la pédagogie. Ses actions en milieu estudiantin durant les années 1958-1968 ont eu un impact important dans l'avènement des évènements de Mai 1968. Il introduit en France, l’ethnométhodologie. Il demeure le premier sociologue français à avoir travaillé sur le rap et sa culture.

Voir aussi

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