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"La tastaghrib, ma doumta fil Maghrib !" par Salah Elayoubi

"La tastaghrib, ma doumta fil Maghrib !" par Salah Elayoubi

Ce n’est pas une galéjade ! Il ne s'agit pas, non plus d'une bouffonnerie, mais d'une histoire vraie !

Une histoire toute marocaine, où l’injustice se pare d’un arrière-fond cocasse, qui pourrait bien inspirer quelque cinéaste ou metteur en scène, en mal d’inspiration.

Au centre de l’affaire, Khalid Gueddar, ce caricaturiste qui avait agoni le roi, et déshabillé ses turpitudes, dans cette bande dessinée, alors même que celui-ci était encore, pour une immense majorité de ses compatriotes,  le si sympathique " Roi des pauvres ". Preuve s’il en était que les artistes possèdent  un sixième sens, cette espèce d'intuition qui ne les trompe que rarement et qui en fait les ennemis avérés des dictatures !

La truculence tient aussi bien au fond de l’affaire, qu’à la facture du  récit qui en est fait, façon « les-copains-de-quartier-au-coin-de-la-rue-un-soir-d’été-un-cornet-de-cacahuètes-à-la-main», accent populaire et force gestes,  à l'appui.

Dieudonné, sur les planches de son petit théâtre mobile ou Gad El Maleh à l’Olympia n’auraient pas pu imaginer meilleur spectacle !

Un pur régal s’il ne s’était, encore une fois, agi d’abus d’autorité, d’arrestation et de séquestration illégale, de non-assistance à personne en danger, d’insultes, de menaces, de fausses accusations et de faux témoignage.

Le clap du début s’ouvre vendredi dans l’après-midi, par la visite d’une jeune fille opérée et le cri « coupez ! » retentit aux environs de seize heures, le jour suivant, dans le bureau du procureur.

Entre ces deux scènes, un tissus d’inepties, sur fond d’injustice, avec des agents de sécurité rudoyant un citoyen, au nez et à la barbe de policiers, curieusement tombés à pic et bizarrement indifférents, mais qui finissent par embarquer l’agressé, après avoir interpellé, auparavant,  son accompagnateur de caricaturiste qui refuse de quitter le poste de police  et qu’on filme au téléphone portable, comme une curiosité, ou un trophée, au mépris du droit le plus élémentaire.

- " Je veux savoir pourquoi j’ai été embarqué !  Dites-moi seulement pourquoi vous m’avez amené ici et je resterais avec vous, autant de temps que vous le voudrez !"  s’indigne Khalid Gueddar, face à des policiers qui demeureront silencieux, jusque devant le procureur.

Pour seule réponse, celui-ci aura droit à une confession stupéfiante, autant que surréaliste, à propos des agents de sécurité, qui, de l’aveu même d’un des policiers, seraient les auteurs d’agressions et de racket.

Appelé à la rescousse, l’officier de permanence, que ses hommes ont tiré du lit, aux alentours de six heures du matin, réalise la bévue que ceux-ci viennent de commettre, en retenant au poste des heures durant, deux citoyens irréprochables.

Ici prend fin le côté burlesque, pour céder place à une spécialité, dont la police et la justice marocaine ont le secret : la manigance. Aucun de ces deux bras séculiers de la dictature marocaine n’ayant vocation  à désavouer l’autre, les policiers, désireux de s’exonérer de l’abus de pouvoir dont on pourrait les suspecter, ont, semble-t-il, « confectionné » un dossier, après avoir, en sous-main, incité les agents de sécurité à porter plainte,  pour voies de faits, insultes, et menaces de mort, justifiant, à posteriori, la garde-à-vue et la présentation au parquet.

http://www.mediterraneosur.es/prensa/img/gueddar_khalid2.jpg

Entre-temps, la société civile marocaine aura tout imaginé, tout dit, tout écrit et tout conjecturé de l’arrestation du caricaturiste: caricature insultante pour quelque hypothétique sacralité, état d’ébriété sur la voie publique, participation à manifestation.

Le mot « Fin » semble loin d’avoir été écrit  chez le magistrat instructeur, ce fameux samedi. Ce qui avait commencé comme une banale altercation entre un individu et ses racketteurs aurait du s’achever,  pour les seconds à l’ombre d’une cellule. Il aurait fallu, pour cela, que toute cette histoire se déroulât ailleurs que dans ce pays dont les responsables et les institutions marchent,  à ce point,  sur la tête, que ses habitants reconnaissent volontiers "qu’il ne faut s’étonner de rien tant que tu es au Maroc !"

 

- «  La tastaghrib, ma doumta fil Maghrib ! »

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