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La Rose et le Réséda (1943)

La Rose et le Réséda (1943)

La Rose et le Réséda est un très beau poème écrit par feu Louis Aragon qui constitue un vibrant hommage à la Résistance. Il fut édité sous forme de tracts anonymes jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Aragon avait été marqué par une affiche annonçant l'exécution de résistants. On y apprenait, sur font jaune, la mort prochaine d'Estienne d'Orves (catholique) et de ses compagnons. Cette affiche était accompagnée d'un avis annonçant l'exécution, le même jour, de cinq militants communistes (non croyant). Aragon rend hommage dans ce poème aux résistants fusillés, de convictions politiques et religieuses différentes, mais unis par l'amour de la patrie. Il est assez difficile, sans la dédicace, de saisir le thème du poème. Par exemple « la belle » désigne la France, la patrie. Le poème dit bien que leurs sacrifices seront utiles, vers 54 : « Mûrisse un raisin muscat ». 

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La rose, tout d'abord. En langage ésotérique elle est le symbole de la connaissance cachée, réservée aux seuls initiés et à ceux qui ont le courage de s'engager sur le chemin de la rose, celui qui est chargé d'épines mais au bout duquel la lumière de la connaissance apparaîtra.

Le réséda, cette fleur est particulièrement représentée dans la province du Roussillon, c'est-à-dire dans une région où s'est développée la doctrine cathare et qui est proche de Montségur.

Le poème souligne par de nombreuses répétitions des deux premiers vers « Celui qui croyait au Ciel / Celui qui n'y croyait pas » que dans la Résistance, l'union sacrée transcendait les clivages religieux. En réalité, l'auteur appelle à la résistance, au-delà des divergences de religion ou d'opinion « Celui qui croyait au Ciel / Celui qui n'y croyait pas » afin de libérer « la belle prisonnière des soldats ».

Le titre du poème en lui-même est déjà un appel à l'abstraction des différences pour l'union (qui fait la force, c'est bien connu)

Il existe d'ailleurs au sein de La Grande Loge de France, une obédience maçonnique, un atelier à Lyon qui a pris comme nom de loge le titre de ce poème, marquant ainsi l'acceptation de toutes les mutuelles différences que devraient avoir les Humains entre eux.

À Gabriel Péri et d'Estienne d'Orves

Comme à Guy Moquet et Gilbert Dru 

 

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Tous deux adoraient la belle

Prisonnière des soldats

Lequel montait à l'échelle

Et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Qu'importe comment s'appelle

Cette clarté sur leur pas

Que l'un fût de la chapelle

Et l'autre s'y dérobât

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Tous les deux étaient fidèles

Des lèvres du cœur des bras

Et tous les deux disaient qu'elle

Vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au cœur du commun combat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Du haut de la citadelle

La sentinelle tira

Par deux fois et l'un chancelle

L'autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Ils sont en prison Lequel

A le plus triste grabat

Lequel plus que l'autre gèle

Lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Un rebelle est un rebelle

Nos sanglots font un seul glas

Et quand vient l'aube cruelle

Passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Répétant le nom de celle

Qu'aucun des deux ne trompa

Et leur sang rouge ruisselle

Même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Il coule il coule et se mêle

À la terre qu'il aima

Pour qu'à la saison nouvelle

Mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

L'un court et l'autre a des ailes

De Bretagne ou du Jura

Et framboise ou mirabelle

Le grillon rechantera

Dites flûte ou violoncelle

Le double amour qui brûla

L'alouette et l'hirondelle

La rose et le réséda

 

Louis Aragon.