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La Tariqa Rahmaniya Khalwatiya de l'origine à nos jours

La Tariqa Rahmaniya Khalwatiya de l'origine à nos jours

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Le nom Khalwatiya prend son origine de la Khalwa (retraite) qui est le plus important des fondements de cette méthode de direction spirituelle qui remonte au saint Prophète ssp.

Tariqa Rahmaniya Khalwatiya

La confrérie Rahmaniya (en kabyle tareḥmanit) est une confrérie musulmane soufie, fondée en 1774 par Sidi M'hamed Bou Qobrine en Algérie. La Rahmanyia, à l'origine Khalwatiya, connue une forte audience jusqu'au xixe siècle, réussissant à fortement s'implanter et se répandre en Afrique du Nord.

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Le Caucase et l'Azerbaïdjan forment le berceau de la Khalwatiya qui s'est très vite étendue à l'Anatolie et aux provinces arabes de l'empire Ottoman. Les premiers adeptes de cette tariqa semblent avoir clairement subi l'influence de l'école Akbari de Sidi Muhi Eddine Ibn Arabi dont l'enseignement était alors très vivant à Konya.

Il semblerait que le premier disciple ayant adopté le surnom de khalwati soit Sidi Mohammed Ibn Nour El Balisi (probablement originaire de l'actuelle Tbilissi) surnommé Siraj Al Awliya (diadème des saints) et initié par Ibrahim Ezzahed. Beaucoup d'adeptes sont connus par ce surnom pour signifier leur appartenance à la tariqa dont il est classique de dire que l'un des principaux fondateurs est l'Iranien Abou Najib Sahrawardi. Cependant la fixation définitive de ses règles et de ses fondement revient à son neveu Sidi Shihabou Eddine Omar Ibn Mohammed Sahrawardi (décédé en 632 de l'hégire), auteur des Aouarif Al Maarif (les quintessences des connaissances) souvent confondu avec son homonyme Shihabodine Yahia Ibn Habach Sahrawardi mystique et philosophe néoplatonicien mort en en 587h.

Après une vie consacrée aux sciences exotériques, Sahrawardi entra en Khalwa sous la direction de son oncle Abou Najib et y demeura jusqu'à un âge avancé, puis en sortie pour propager l'enseignement de la tariqa. Sidi Mustapha Kamal Eddine El Bickri (décédé en 1162h-1748), soufi voyageur et poète, célèbre pour son Wird Essahar, initié par Sidi Abdou Latif Al Halabi (de Alep en Syrie) El khalwati, est à l'origine de l'introduction de la tariqa en Egypte. Il initia à son tour le doyen de la prestigieuse université d'Al Azhar, Sidi Ben Salem El Hafnaoui (décédé en 1181h- 1767).

Celui-ci avait pris sous sa protection un jeune Chérif originaire des montagnes de Kabylie, Sidi M'hammed Ibn Abderrahmane Ibn Yousouf Al Idrissi Al Hassani Ezzouaoui Al Azhari. Sidi M'hammed est issu de la faction des Aït Smaïl de la tribu bérbérisée des Kachtoula, où il naquit, selon certaines sources, en 1133 de l'hégire. Issu d'une famille maraboutique, il fut très tôt dirigé vers les sciences de la religion. Il étudiât dans une des zaouyate du djurdjura surnommé Montagne de la lumière (Djebel El noure), en raison du très grand nombre de centre de rayonnement spirituel et religieux que comptait cette région. Il apprit le saint Coran et les fondements de la religion auprès du Cheikh Sidi Hussein Ibn Arab des béni Iraten, qui fonda sa zaouya après son retour d'Egypte. Probablement sous l'influence de son cheikh, Sidi M'hammed fait, à son tour, le voyage pour Al Azhar et réside dans le riouak (galerie) des maghrébins. Là il se lie d'amitié avec "le petit Malik" (fameux commentateur de Khalil) Cheikh Ahmed Edderdir (1127-1207/1715-1786) qui prendra la succession du Cheikh Al Hafnaoui, à la tête de la tariqa. Par l'entremise d'Edderdir, Sidi M'hammed rencontrera Cheikh El Hafnaoui qui l'initia, dirigea sa progression dans la tariqa et le fit entrer en kalwa. Apres quoi le cheikh El Hafnaoui l'envoie pour un long périple en Inde et au Soudan où il initia, parmi d'autres, le Sultan du royaume de Drafour. Sa syaha (voyage spirituel) dans ces contrées durera six années. Puis à de retour en Egypte, le cheikh l'autorisa à repartir dans son pays. Après une absence de 30 ans, il revint dans sa faction les Aït Smaïl et fonda vers 1183 de l'hégire, la première zaouya Khalwatiya du Maghreb. Il initia de nombreux disciples autochtones dont Sidi Errahmouni auteur d'ouvrages de grammaires et de jurisprudence dans le rite malékite…

Puis, il rejoint El DjazaÏr où, dans ce qui sera plus tard le quartier du Hamma, il fonde sa grande zaouya qui rayonnera sur toute l'Algérie. Cette zaouya, accueillant les pauvres, les orphelins et les étrangers, est aussi une université où de nombreuses sciences sont enseignées. Elle devient le lieu privilégié de la Khalwa de ceux qui viennent demander l'initiation. Le cheikh aura pour disciples Sidi Abderrahmane Bacha tarzi El Kosantini qui propagera la tariqa dans le constantinois et dans tout l'est du pays, Sidi Ibn Azzouz El Bordji, Sidi Ameziane El Haddad, chef spirituel de la révolte d'El Mokrani, Sidi Ahmed Tidjani fondateur de la tariqa Tidjaniya et bien d'autres.

Il rédigea de nombreux ouvrages peu connus du grand publique, dont la plus part demeurent sous forme de manuscrits.

Lorsque le cheikh sentit sa fin venir, il retourna dans son village ou il décéda. Après sa mort un grave conflit éclata entre les rahmani d'Algérie qui, voulant le voir enterré dans la grande zaouya, volèrent sa dépouille du cimetière des Aït Smaïl, et les rahmani kabyles qui apprirent le vol. On décida de trancher ce conflit en ouvrant la tombe kabyle. Et la légende populaire affirme que l'on retrouva la dépouille telle qu'elle fut enterrée. Depuis Sidi M'hammed est surnommé Bou Quabrine (le saint aux deux tombeaux) pour témoigner d'un de ses nombreux prodiges.

La tariqa Rahmaniya continua à prospérer à travers le pays. De nombreuses zaouiyate sont fondées ici et là. La Rahmanya devient très vite la tariqa qui compte le plus d'adeptes en Algérie. Cette donnée va profondément être modifiée par l'arrivée, en 1830, des troupes françaises. La seconde moitié du XIX siècle sera un période tragique de l'histoire de l'Algérie ; elle sera marquée par la résistance farouche des autochtones à l'invasion coloniale. Très vite apparaîtra le nom de l'Emir Abdelkader comme le porteur de la bannière du Djihad. L'Emir organise la résistance et œuvre à la création d'un état moderne. Il créé des comptoirs, des manufactures, met sur pieds une organisation administrative efficace. Il s'aménage des bases arrières, notamment dans la zaouya d'un jeune guerrier lettré et rompu aux sciences religieuses qui vient le voir un jour de l'année 1844 pour prêter allégeance et se mettre sous ses ordres. Ce cheikh se prénommait Sidi Mohammed Ibn Abi Al Kacim. Il reçut de l'Emir, l'ordre de revenir dans son village et de fonder une zaouya pour former des musulmans conscients de leur devoir de djihad contre l'envahisseur chrétien. Il était originaire de la petite bourgade d'El Hamel dont la création, remontant au XI siècle, revient aux pèlerins chorfa de Djebel Rached descendants de Sidi Bouzid.

Sidi Mohammed Ibn Abi Al Kacim est né en 1239h. Apres son instruction élémentaire, il est envoyé au Djebel Ennour dans la zaouya de Sidi Saïd Ibn Abi Daoud pour approfondir ses connaissances. Il finit par y enseigner à son tour. Mais sur l'ordre de son cheikh, que les Chorfa d'El Hamel ont sollicité, il revint dans son village pour assurer la formation des enfants. Cependant et en raison de son savoir et de ses connaissances en théologie, le qotb Sidi El Mokhtar Ibn Abderrahmane Ibn Khalifa fondateur de la zaouya des Ouled Djellel, lui demande de venir enseigner dans sa zaouya un publique de tolba ( étudiants ) de haut niveau. Cheikh El Mokhtar finit par lui confier la direction de la zaouya comme principal moqadem. C'est dans cette prestigieuse zaouya que Sidi El Mohktar fait entré le cheikh en Kalwa. Sidi El Mokhtar a été initié par Sidi Ali ben Amar, fondateur de la Zaouya de Tolga. Lui-même initié par Sidi Ben Azzouz El Bordji disciple de Sidi M'hammed Ibn Abderrahmane puis à la mort de celui-ci, du Cheikh Bacha Tarzi El Kosantini.

A la mort de Sidi El Mokhtar, le cheikh revint à El Hamel ou il fonde la grande zaouya, conformément, aux vœux de l'Emir, et fait entrer les mourides en Khalwa.

Il participera activement au djihad de l'Emir par la formation de combattants à l'esprit éclairé imprégnés des valeurs de la guerre sainte. La zaouiya constituera une des plus importantes bases arrières des troupes de l'Emir. On y accueille des milliers de disciples dont le cheikh prend en charge les besoins matériels et spirituels et auxquels il enseigne les sciences religieuses telle le fikh malékite, le tawhid, le tasawouf, les mathématiques, l'astronomie, la philosophie et ses différentes branches…

La grande révolte d'El Mokrani va être à l'origine d'une mise en avant du cheikh khalwati qui, fidèle aux ordres de L'Emir Abdelkader, alors en déportation, continue modestement son enseignement. Cheikh Al Haddad, chef spirituel de l'insurrection d'El Mokrani, rédige, avant son arrestation, un testament dans lequel il recommande à ses fils et à ses disciples de rallier le Cheikh d'El Hamel qu'il nomme le soufre rouge : "Alaïkoum bil Kibrit El Ahmer". El Haddad mourra en captivité quelque mois après son arrestation en 1290h. Les mokrani et les nombreux disciples de la Rahmaniya, qui ont échappé à la déportation, mais non moins dépossédés de leurs terres et de leurs biens regagnent El Hamel, où ils se placent sous la protection du cheikh. L'administration coloniale lui fera payer très cher ses prises de positions, mais évitera soigneusement de l'atteindre directement en raison de sa notoriété. Il sera assigné à résidence et ne se déplacera que munie d'une autorisation spéciale jusqu'à sa mort en 1315h.

La chefferie de la zaouya sera assurée après lui, par sa Fille Lalla Zineb qui continuera jusqu'à sa mort, huit ans plus tard, à assurer l'enseignement. Isabelle Eberhart écrira dans ses notes de voyages de très belles lignes relatant sa rencontre avec la sainte femme.

Plus tard un événement majeur fera de la zaouya d'El Hamel le pôle de la tariqa Rahmanya. L'administration coloniale, pour des raisons prétendument sécuritaires, interdit aux autochtones l'accès à la zaouiya de Sidi M'hammed Ibn Abderrahmane à Alger. Se souvenant de la recommandation du Cheikh El Haddad, les moqadem des zaouiyate Rahmanya se dirigèrent vers le Cheikh d'El Hamel qui est alors Sidi Mustapha père de Sidi Mohammed Al Maamoun actuel Cheikh de la zaouya. Le cheikh Mustapha imposa au gouverneur d'Alger dans une entrevue restée célèbre, la réouverture de la zaouya d'El Hamma.

Depuis lors, toutes les zaouyate Rahamniya de Kabylie commémorent cet événement une fois par ans, par une zyara (une visitation) à El Hamel où le dikhr rahmani récité par les Khouanes ( frères ) fait écho aux chants mystiques clamés en berbère par les femmes.

Purification de l'âme : les sept étapes

Contempler la splendeur lumineuse de la face Divine ne peut se faire que par une âme dégagée des soixante-dix mille voiles de lumières et d'obscurité. Des voiles qui la privent de la vision claire ou qui l'égarent dans des perceptions illusoires et chimériques. Chaque voile est un aveuglement que Le khalwati par des efforts particuliers tente de soulever. Le Dikhr (invocation ) d'un seul des Noms sublimes de Dieu permet à dix mille de ces voiles de se dissiper. C'est pourquoi les Khalwati définissent sept Noms divins pour le dévoilement total. Soulever successivement les voiles transforme par ailleurs l'âme qui accède à des états spirituels de plus en plus élevés et qui se transporte du monde visible, vers celui des esprits puis des mystères pour arriver à celui de la vision absolue.

A chaque étape, pour les khalwati, l'âme possède des attributs, elle est à un niveau ou à un degré spirituel (maqam). Les dix milles voiles qui la recouvrent sont déterminés par les manifestations mystérieuses propres au degré atteint ou encore déterminés par la disposition psychologique ou état (hal).

L'âme se déploie dans un monde spécifique. Les ressorts de sa progression émanent d'une source précise. Elle se dirige vers Dieu selon une modalité et à l'aide d'un des Noms sublimes (Asma el husna). Les Khalwati ont particulièrement approfondi la connaissance de ce processus de transformation de l'âme dont la finalité est l'accès au Maquam de la soumission (Ouboudiya). C'est alors seulement que l'âme est en mesure de vivre l'expérience du fath (l'illumination) dont les fruits sont la Gnose (el Maarifa) et l'Epiphanie (el Tajali).

L'âme recouverte des soixante-dix mille voiles est tyrannique et incitatrice au mal (Nafs El Amara bi soui) ; " Je ne m'innocente pas car l'âme est incitatrice au mal" (Cor : 12,53). Ses dix mille premiers voiles sont obscurité, et le monde où elle se déploie est le monde visible. Son état est l'inclination aux passions. Les ressorts de sa progression se trouvent dans l'observance des commandements de Dieu. Le Mourid dans cet état est tenu à un effort constant contre lui-même. Son Dikhr sera la kalima du Tawhid la Ilaha Ila Allah qu'il récitera sans relâche avec force, en état de pureté rituelle, et les yeux fermés. La flamme de son cœur s'allumera et lui permettra distinguer ses insuffisances, et les vices qui l'habitent. Cette âme se caractérise par l'avarice, la concupiscence, le mensonge, l'ostentation. Chaque vice sera progressivement remplacer par la vertu contraire. Le Mourid restera dans cet état jusqu'à l'accomplissement de cette première purification du cœur. L'âme devient alors réprobatrice et critique.

L'âme réprobatrice ou admonitrice (Nafs lawwama) ; " Je jure par l'âme qui ne cesse de blâmer" (Cor : 75, 2). Ses voiles sont de lumière et son monde celui des frontières (al barzakh). Son état est celui de l'amour. Les ressorts de sa progression se trouvent dans l'observance des règles de la tariqa. Cette âme se caractérise par l'inclination à la méditation, la contraction mais également le contentement de soi, l'ostentation, la sensibilité particulière à l'éloge et l'amour du pouvoir. Le Nom divin qui convient à cette étape est "Allah".

L'âme inspirée, (Nafs mulhima) ; "Puis Il lui inspira à la fois son immoralité et sa piété" (Cor: 90,8). Ses voiles sont les secrets révélés. Son degré est celui de l'ardeur amoureuse (el ouchk). Son monde est celui des esprits. Elle se caractérise par l'humilité, la tolérance, le pardon, la patience, la science et la générosité mais elle connaît également l'instabilité de ses états (el talouine). Son Dikhr sera "Houwa" ou La Ilaha Ila houwa.

L'âme sereine ou pacifiée (Nafs Moutmaïna) ; " O toi âme apaisée" (Cor : 89, 27) Son degré est celui du début de la perfection. Son état est celui de la sérénité. Son monde est celui de la vérité Mohammedienne. Elle se caractérise par l'indulgence, la gratitude, la satisfaction de ce qui émane de Dieu, et la patience. Son Dikhr est "El Haq". Celui qui possède cette âme est "ivre". Les brises de l'arrivée (el wusul) soufflent sur lui.

L'âme satisfaite (Nafs radhiyya) ; "Retourne vers ton Seigneur satisfaite…(Cor : 89,28). Son état est celui de l'anéantissement (el fana), de l'union(el wisal) et de la concentration (el jam). Ses caractéristiques sont la sincérité, la piété, le renoncement, la loyauté. Son Dikhr est " El Hay". Celui qui possède cette âme est submergée dans l'ivresse. La Khalwa lui convient spécialement alors que lui convenaient, jusqu'à cette étape, la solitude et la séparation des autres dans les conditions connus des progressant dans la voie (Ahl el souluk).

L'âme agrée (Nafs mourdhiyya) ; "…et agrée" (Cor : 89,28) Son degré est celui de l'épiphanie des actes divins, son état celui de la perplexité (el hira). Ses caractéristiques la douceur, l'amour des créatures, l'abstention, la proximité, la satisfaction. Son Dikhr " El Kaïoum".

L'âme parfaite (Nafs el Kamila) ; Son état est celui de la subsistance par Dieu(el Baqa billah). Son degré est l'épiphanie des attributs. Ses caractéristiques sont : la perfection de toutes les vertus acquises au long du cheminement, et l'accomplissement total de l'état de soumission. Le nom qui lui correspond est Le dominateur " El Qahar". Celui qui possède cette âme demeure en Dieu, marche par Dieu vers Dieu et revient de Dieu à Dieu. Il n'a d'autre refuge que Dieu. Il prend par Dieu et donne par Dieu. Il est dans le paradis de al vision de Dieu.

La khalwa et ses règles

La khalwa vient du verbe khala qui désigne l'action de mise en retrait ou d'isolement. Elle a donné son nom à la tariqa, en raison de l'importance que les khalwati attribuent à la solitude. Sidi M'hammed Ibn Abderrahmane, dans une de ses nombreuses lettres adressées à ses disciples, parle de la khalwa comme du moyen le plus profitable au mouride pour sa purification dans son cheminement vers une soumission parfaite à Dieu. Ce que confirme Abu Taleb Al Mekki dans son fameux Kout El Kouloub (Nourriture des cœurs).

El Kochaïri dans sa Risala, quant à lui, la considère comme spécifique de l'élite des élus de Dieu (safouat es safoua).

Suhrawardi en explicite les fondements, les principes et les règles dans les trois chapitres qu'il lui consacre dans son livre Al Aouarif.

La khalwa est à la fois un espace et un temps de retraite totale, dans lesquels l'adoration de Dieu devient exclusive. Pour le khalwati, l'isolement n'est pas une fuite d'un monde dont la corruption serait insupportable. Il s'agit pour lui d'une mise à l'écart de sa nuisance propre et d'un effort particulier par la prière en vue d'une guérison de l'âme. En cela elle est un moment intense d'effort sur soi (Djihad Akbar).

Elle symbolise les moments de solitude du saint Prophète dans la grotte du mont Hira ou il reçut la Visitation de l'archange Gabriel. A ce sujet El Boukhari et Muslim citent Aïcha qui rapporte que le début de l'investiture du saint Prophète ssp fut marqué par des rêves prémonitoires puis par un goût particulier à l'isolement qu'il réalisait en se retirant dans la grotte de Hira.

La khalwa rappelle également la retraite de Moïse ssp sur le mont Sinaï (Cor: Al Araf 142).

En s'achevant par une révélation fondatrice, ces temps de retraites sont des moments clés de la vie de Moïse et du Mohammed ssp.

Aussi, le mouride tente-t-il par ce moyen de parachever sa purification pour prétendre devenir à son tour un réceptacle de la Connaissance Divine révélée à Ses prophètes ssp et à Ses saints.

Le mouride espère la guérison de son cœur et l'épuration de son âme de tout penchant ou de toute passion car la khalwa lui ouvre les yeux sur ses défauts et lui facilite la prise de conscience de ses travers. Elle est le "briseur" des élans et le redresseur des inclinations.

Le temps de la Khalwa se prépare minutieusement par l'aménagement de moments de silence et de solitude que le mouride veillera à prolonger de plus en plus.

L'intention première recherchée par l'entrée en khalwa doit être celle d'un isolement exclusivement consacré à Dieu.

Le cheikh devance son mouride dans le lieu choisi de la khalwa. Il y effectue deux prosternations et implore Dieu de prendre le mouride en pitié et de l'agréer.

Puis le mouride en état de pureté rituelle y entre comme dans une mosquée, avançant le pied droit et évoquant Dieu.

Son état de pureté rituelle sera continu. Tout comme le dikhr. Il sera dans un état de jeûne qu'il ne rompra, à la tombée de la nuit, qu'avec un minimum de nourriture.

Il ne s'abandonnera au sommeil que si celui-ci s'impose à lui.

Le dikhr de vive voix ou dans l'intimité du cœur sera permanent. Le mouride évoquera le Nom divin que son cheikh lui aura indiqué, il récitera le Coran ou s'adonnera à la méditation silencieuse.

Cette attitude est conforme à celle du soufi tenu à purifier son intention première dans tout acte, de jeûner le jour, de veiller la nuit dans la prière et de s'adonner au dikhr permanent.

Le mouride ne sortira de sa khalwa que pour ses ablutions et pour les cinq prières en commun. S'il craint pour lui d'être envahi par l'orgueil du fait du regard admiratif des autres à son égard, il se contentera d'accomplir la prière avec un frère.

Les manifestations oniriques ou prodigieuses qui peuvent survenir dans la khalwa ne doivent pas retenir son attention. Il ne doit pas s'en réjouir. Il en parlera simplement à son cheikh qui saura les interpréter.

Le lieu de la khalwa sera choisi avec soin. Les khalwati recommandent le plus souvent une grotte éloignée des habitations où ni le son ni la lumière ne pénètrent.

L'issue de la khalwa tournée vers la Mecque doit pouvoir être fermée hermétiquement.

La durée de la khalwa n'est jamais déterminée. Sahrawardi dans ses Aourifs considère que trois jours est un minimum mais il recommande quarante jours comme il en fut pour Moïse sur le mont Sinaï. Beaucoup de Khalwati y entrent comme dans leur tombe avec l'intention d'y rester jusqu'à la fin de leurs jours.

La prise du Pacte dans la tariqa

A la fois sobre et solennelle, la prise du pacte, dont l'origine remonte au saint Prophète ssp, agit à la manière d'un rite initiatique qui fonde l'entrée du mouride dans la voie de Dieu.

" Ferme les yeux, écoute et répète après moi trois fois "La ilaha ila Allah…"

Les Khalwati reproduisent le rituel de l'initiation telle que rapportée par la tradition Mohammadienne au sujet des compagnons initiés en groupe. Ainsi Chedad Ibn Aous et Oubadata Ibn Es Samet, qu'Allah les agrée, racontent : Nous étions chez le prophète ssp lorsqu'il nous demanda si parmi nous se trouvaient des étrangers. Nous lui répondîmes que non. Il ordonna alors de fermer la porte et nous dit "levez vos mains au ciel et dites La ilaha ila Allah …." Ce hadith a été rapporté par Al Bezzar, Al Tabarani et l'imam Ahmed Ibn Hanbal. Al Haïthami affirme que la chaîne de transmission de ce hadith ne contient que des hommes dignes de foi.

Youcef Al Ajami, quant à lui, rapporte que le Khalife Ali, que Dieu l'agréé, demanda au saint Prophète ssp "Comme dois-je invoquer Allah? " Le saint Prophète ssp lui dit " ferme les yeux, écoute et répète après moi trois fois "La ilaha ila Allah…".

L'engagement ferme d'une thaouba (conversion ) continuelle

Le cheikh khalwati en état de pureté rituelle, assis comme au moment du tachahoud de la prière, prend la main du mouride aspirant et, les yeux fermés, lui demande de répéter après lui, trois fois, la kalima "La Ilaha Ila Allah". Ceci est le moment du Talquine.

Puis le cheikh demande au mouride de prendre l'engagement ferme d'une thaouba (conversion ) continuelle. Il implore Allah de le compter avec son mouride parmi les thaouabines (ceux qui demeurent en état de conversion perpétuelle). C'est le moment du Ahd (pacte) qui reproduit celui de la Moubaya'a des compagnons du prophète ssp relaté dans le saint Coran (Al Fath: 10/18).

Le cheikh demande ensuite au mouride de répéter la formule de l'istighfar (le pardon à Dieu) puis de bénir le saint Prophète ssp.

Ne se conformer qu'au Saint Coran et à la tradition authentifiée du Prophète ssp

Puis il lui énonce les recommandations établies par les chouyoukh de la tariqa. Ainsi lui sera-t-il recommandé, entre autres, de se considérer comme un passant sur cette terre, de purifier ses intentions, de ne pas se retourner sur les regards d'admiration que les autres peuvent porter sur lui, de ne pas rechercher pour soi de bénéfices des actes de dévotion, de ne pas pressentir l'apparition de prodiges, de ne se conformer qu'au Saint Coran et à la tradition authentifiée du Prophète ssp. Le cheikh recommande également de n'agir que pour trouver l'approbation de Dieu et Son amour et non pas en étant mû par la crainte ou la convoitise. Il lui recommande la générosité envers les créatures, le respect des plus âgés et la miséricorde à l'égard des plus faibles…

C'est alors, après ces recommandations, que le mouride reçoit le dikhr. Celui-ci comprendra la récitation de la formule "La Ilaha Ila Allah", la bénédiction du saint prophète et le Nom divin qui convient à l'état de l'âme du mouride. Celle-ci d'abord "incitatrice au mal" (Amaratoun bi es sou) passera progressivement par les étapes de la purification propre à la Khalwatiya. Chaque étape requiert un Nom divin spécifique que le mouride apprendra de son cheikh, au fur et à mesure de son évolution.

La cérémonie se termine par une prière dans laquelle le mouride demande à Allah, le madad (flux des connaissances et des mystères dont sont dépositaires son cheikh et l'ensemble des chouyoukh du sanad (chaîne d'initiation) khalwati).

Au-delà de l'engagement pris, cette cérémonie trouve sa signification profonde dans le rattachement du mouride à la filiation mystique qui, à travers tous les chouyoukh, le rattache au saint Prophète que la bénédiction et le salut d'Allah soient sur lui.

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