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La musique arabe à l'anté-Islam

La musique arabe à l'anté-Islam

D'après Simon Jargy professeur à l'université de Genève "la musique arabe" P.U.F

L'anté-Islam : Jahiliyya (500-622 J.C )

 

Ce qu'était la musique à l'époque de la Jahiliyya et avant l'arrivée des Arabes sur l'avant-scène de l'histoire aux époques des grands empires arabo-musulman, aucun document écrit de type muséographique ne nous permet de le savoir autrement que par des analogies ou des synthèses.

Les Arabes ne connurent jusqu'à l'avènement de l'Islam que la vie patriarcale de la tribu. Mais nous savons qu'il cultivaient déjà la poésie qt que celle-ci était même portée à un degré de perfection qu'on ne cesse encore d'admirer. Or cette poésie avec ses rythmes, ses intonations et ses accents toniques forts ou faibles, ces syllabes longues ou brèves, était déjà de la musique : d'où «chanter de la poésie»(Anshada sl-Shi'r), et la «poésie chantée»(al-Inshâd; al-shi'r al-Ghinâ'i), par lesquelles on définissait déjà la récitation ou la psalmodie de cette poésie de la période de la Jâhiliyya. 

Que fut cet Inshâd? Sans doute prit-il sa source et puisa-t-il sa première inspiration-comme nous le diront les chroniqueur- autant dans les formules rythmiques de la langue arabe, prose rimée et poésie métrique que dans ces empreints déjà des fondements même de la musique que sont les cadence et les rythmes des caravanes dans le désert. Le bédouin chanta instinctivement pour «marquer le balancement uniforme du chameau au cours des longues marches à travers le désert infini...»

Ce fut le Hida' ou Huda', la mélopée ou la cantilène des chamelier. Ce premier embryon de mélodie dut comporter, comme la plupart des musiques archaïque, un ambitus extrêmement réduit:l'intervalle d'une tierce mineure, parfois d'une quarte, répétée inlassablement et qui, monotone pour nous, procurait au chanteur le Tarab, cette extase qui l'aidait à goûter déjà les premières joies de son art rudimentaire. Le rythme lui-même simple, devait suivre celui de la poésie faite de syllabes brèves et longues, d'accents forts et faibles, en une exécution assez libre, comme nous pouvons le constater encore aujourd'hui dans les mélopées bédouines. 

Aux côté de cette cantilène primitive dut exister un forme musicale destiner à soutenir la danse religieuse ou l'incantation magique : c'est le chant syllabique au rythme vif et mesuré qui semble représenté, notamment dans le siècle qui a précédé l'Islam, par le chant religieux de Tahlil en usage dans les processions saisonnières autour du sanctuaire de la Ka'ba  . De caractère culturel, ce chant paraît même avoir comporté un accompagnement d'instruments à percussion, les tambourins dont jouaient des femmes qui certains historiens islamisant ont cru voir les pythonisses de l'Arabie païenne. Cette coutume survivra jusqu'à Mahomet, puisque la chronique nous dit:

«qu'à Médine, dans la mosquée et sous les yeux du prophète, on vit apparaître des chanteuses jouants du tambourin, à l'occasion des fêtes de Mina , commémorant le sacrifice du pélerinage...»

C'est sous cette forme que nous retrouvons encore de nos jours le chant folklorique arabe, et cela laisserait entendre le fond primitif de musique d'Arabie était essentiellement populaire et n'avait aucun lien directe avec ce qui sera plus tard la musique arabe  savante. Celle-ci paraît avoir puisé ses éléments d'inspiration à l'extérieur, et principalement dans les grandes cités persanes et byzantines, comme en témoignent les chroniques qui nous parlent d'un autre genre de chant pratiqué par les femmes-esclaves, appelées Qayan. Or nous savons que les esclaves, devenus nombreux en Arabie après l'Islam et originaires , à part ceux qui venaient d'Afrique, des différentes régions urbaines des empires perse et byzantins, seront les créateurs des différents genres musicaux ainsi que du jeu des instruments. C'est ici le point de départ de cette diglossie qui caractérise jusqu'aujourd'hui le langage musical arabe à laquelle on pourrait trouver une allusion dans ce témoignage d'un ancien chroniqueur, reproduit par l'auteur andalou du Xe  siècle, Ibn Hazm:

«Abû Mundhir Hishâm Ibn-Kalbi rapporte que le chant est de trois sortes: al-Nasb, al-Sinad, et al-Hajz.Le Nasb est le chant des Rukbân et des femmes-esclaves. Le Sinaâd est formé de périodes longues et de nombreuses mélodies(mélismes). qyant au Hazaj, il est toute légèreté, c'est lui qui stimule les âmes et excite même l'homme doux...»

Malgré l'obscurité de tels témoignages, on peut du moins y déceler l'existence de deux types de musique: l'un qui paraît réservé à des professionnels, l'autre qui comporte un rythme vif et mesuré destiné à soutenir la danse dans les foires religieuses ou populaires. On pourrait également en déduire que la musique dite classique ne semble s'être véritablement formée que dans le cadre de la civilisation citadine de l'Islam.

 

visiter www.sanjakdar-chaarani.com

La musique arabe vue par Simon Jargy