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Habiba Msika

Habiba Msika

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Habiba Msika, parfois orthographié Habiba Messika ou encore Hbiba Msika (حبيبة مسيكة), née en 1903 à Tunis et morte le 20 février 1930 dans la même ville, est une chanteuse, danseuse et comédienne tunisienne. Née Marguerite Msika, elle est la nièce de la très charmante chanteuse tunisienne Leila Sfez qui l'influencera dans ses choix et se chargera de son éducation musicale.

Cantatrice charismatique et actrice audacieuse, Habiba Msika est adulée par la population tunisienne autochtone et était devenue un véritable phénomène de société à son époque. Elle mènera une carrière artistique assez spectaculaire entre 1920 et 1930 pendant «Les Années folles».

Elle gravit rapidement les échelons de la gloire sous le pseudonyme d'Habiba (signifiant en arabe « bien-aimée »). Surnommée également "la belle des belles" ou encore "La tigresse aux yeux verts", fut la première à faire admettre à une opinion publique des plus réticentes que chanter est un moyen comme un autre pour une femme de gagner sa vie. Généreuse elle était toujours partante, surtout quand il s'agissait de s'associer aux œuvres de charité qui lui étaient proposées. Féministe avant l'heure, elle vécu sa vie comme femme libre, maîtresse de son destin, même si elle vécut une partie de sa vie dans la démesure et l'excès. Et c'est la raison qui l'a perdue une nuit d'hiver de février 1930, dans un incendie tragique provoqué par Eliahou Mimouni, un amoureux jaloux éconduit.

Biographie et évolution musicale

D'après une étude faite sur les origines des noms des Juifs d'Afrique du Nord il apparaît que le nom MSIKA serait d'origine arabe et se rattache au musc ou mesk qui est une substance odorante utilisée en parfumerie. Au figuré, ce patronyme peut désigner le meilleur, sens qu'on retrouve dans l'expression mesk al-nâs qui veut dire le meilleur des hommes.

Habiba est née dans le quartier israélite de Tunis dans une famille pauvre de Touansa (israélites de pure souche), terme utilisé par opposition aux juifs livournais arrivés plus tard d'Italie. Ses parents Daïda et Maïha travaillaient dans le commerce du fil.

Elle apprend à lire et écrire à l'école de l'alliance israélite qu'elle quitte après 7 ans pour suivre, grâce à l'aide de sa tante, des cours de chant, de solfège et d'arabe classique auprès du célèbre compositeur Khemaïs Tarnane et du ténor égyptien Hassan Bannan.

Elle épouse son cousin Victor Chetboun mais leur union sera éphémère.

Les Tunisiens sont sous le charme de cette femme sans complexe, car ils voient en elle, une liberté non permise durant cette période assez difficile.

Finalement, Habiba se concentre sur ses premiers films « Salma Baccar » et « La danse du feu » qui remporte un franc succès sur la scène cinématographique très limitée en Tunisie. Le sex symbol est surnommé « le soldat de la nuit » par les dandys et les riches tunisiens pour ses nombreuses provocations.

Son premier récital a lieu au palais Assous de La Marsa où elle rencontre son pygmalion et amant : le ministre de la plume Aziz.

Elle représentait avec perfection un idéal de dilettantisme faisant de l'artiste, une chanteuse et une actrice exceptionnelle, une « Diva » du tout-Tunis. Comment mieux décrire qui était la « belle Habiba », celle qui avait mis tous ses admirateurs au pied de son piédestal, où elle trône pour l'éternité.

Elle vient à Paris et rencontre Coco Chanel et Pablo Picasso qui dit d'elle : « Habiba est d'un tempérament de feu sous ses grâces d'orientale. Elle impose Paris en Afrique du Nord ». Après plusieurs années dans la capitale française, elle retourne dans son pays natal, en Tunisie, et joue plusieurs pièces de théâtre comme « Le fou de Leila » ou « Lucrèce Borgia ».

Mais en 1925, elle monte sur les planches du théâtre Ben Kamla, et joue la pièce de « Romeo et Juliette » mis en scène par Mahmoud Bourguiba. Cette pièce provoque de nombreuses polémiques car le rôle de Roméo lui est attribué et celui de Juliette est proposé à Rachida Lotfi qui est une libyenne israélite. Le moment du baiser entre les deux femmes va entraîner dans la salle des émeutes, et les spectateurs vont mettre le feu dans le théâtre. La belle Habiba a de nombreux concubins dont le Prince Fouad d’Egypte.

Au matin du 20 février 1930, son ancien amant, Eliahou Mimouni, pris de jalousie homicide pénètre dans son appartement de la rue Alfred-Durand-Claye à Tunis, l'asperge d'essence et la brûle vivante et elle décédera de ses blessures le jour suivant.

 

Après des obsèques nationales, Habiba Msika est inhumée au cimetière juif du Borgel à Tunis.

Hommages

En 1931, un an après sa mort, le chanteur Acher Mizrahi (1890-1967) compose une complainte sur sa mort tragique et lui rendre hommage. Cette complainte s'intitule : "Ichoui dammak ya mahlak".

Une insulte longtemps proférée en Tunisien est : Erak makhrouka ki Habiba Msika (Que tu sois brûlée comme Habiba Msika) est restée célèbre dans la mémoire collective des tunisiens.

Source

Bibliographie

  • Jeanne Faivre d'Arcier, Habiba Messika. La brûlure du péché, éd. Belfond, Paris, 1998
  • Ahmed Hamrouni, Habiba Msika. Artiste accomplie, éd. L'Univers du livre, Tunis, 2007