Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LNO

LNO

Menu
Exotisme dans l'art

Exotisme dans l'art

Une œuvre d'art est appelée exotique (du grec exôtikos) non pas à cause de la seule présence d'éléments étrangers (comme tapis et étoffes d'Orient chez les peintres flamands et vénitiens, instruments musicaux étranges dans l'Histoire de Persée de Piero di Cosimo aux Uffizi de Florence, armure japonaise dans le portrait de sir Neill O'Neill par J. M. Wright à la Tate Gallery de Londres), mais lorsqu'elle est inspirée par les émotions provoquées par l'évocation de pays étrangers ou par leur contact, en particulier par certains pays de l'Orient ou du Midi. La gamme de ces émotions va de la fascination pour des coutumes inusitées et bizarres (aspects qui ont frappé les premiers la fantaisie des Européens), ou pour des passions exaspérées et même monstrueuses (les premiers exemples dans ce sens se trouvent chez les dramaturges élisabéthains inspirés par Sénèque et Giraldi Cinthio), à la jouissance d'une vie plus riche et libre de toute contrainte morale. Cette vie, les romantiques et les décadents l'imaginèrent dans un Orient que les rapports des voyageurs leur faisaient supposer plongé dans une atmosphère excitante. Dans le domaine artistique, l'exotisme peut se caractériser par l'attrait et l'intérêt qu'éprouvent les Européens pour les peuples, les cultures, les paysages et les objets venus d'autres continents.

Le goût pour l'exotisme dans l'art français est une histoire ancienne. Il y a toujours eu des échanges culturels, motivés par les échanges commerciaux, entre l'Orient et l'Occident. On note cependant un réel engouement à la fin du 18e siècle. Le pittoresque, la figure dite de fantaisie furent alors au goût du jour. A cette époque, les frontières de l'Orient étaient floues et mystérieuses. C'était autant l'Afrique que laChine. Les liens diplomatiques de la France avec la Turquie dès le début du 18e siècle vont jouer un rôle majeur dans la diffusion des motifs et des sujets orientaux dans les arts et la littérature. Le roman des Mille et une nuits a été traduit dès 1705, et les écrivains français ont aussi pris l'Orient pour nouveau décor, tel Montesquieu et ses Lettres persanes (1721). Le plus souvent, il s'agissait d'un orient rêvé et fantasmé par les artistes.

 

Musique et exotisme

L'orientalisme en musique, comme dans les autres arts, a souvent attiré et inspiré les créateurs. Sinon dans le contenu esthétique, tout au moins dans les titres, dans certains contours mélodiques et parfois dans le rythme. On retrouvera cette influence dans les Indes Galantes, de Rameau; dans la cérémonie turque du Bourgeois Gentilhomme, de Lully; dans l'Enlèvement au Sérail de Mozart,...Tous ces auteur ont été séduit par le côté pittoresque de l'orientalisme.

En musique, l'exotisme est un genre dans lequel les rythmes, les mélodies et les instruments cherchent à évoquer l'atmosphère de terres lointaines ou de temps reculés, avec par exemple le Daphnis et Chloé et leTzigane pour Violon et Orchestre de Maurice Ravel ou d'autres œuvres de Debussy et de Rimsky-Korsakov. A la fin de la seconde guerre mondiale un courant musical intitulé "Exotica" vit le jour aux États-Unis. Des musiciens comme Martin Denny ou Les Baxter s'inspirèrent de rythmes lointains (hawaiiens, caribéens notamment) et les mêlèrent à du jazz. Cet exotisme musical est animé de mystères et berce l'auditeur vers un doux rêve lointain.

Petite chronologie subjective et partiale

Précurseurs de l'exotisme dans l'art à travers la littérature

Homère

"Les Dieux sont allés chez les nègre irréprochables célébrer la fête du soleil."

(Saint Augustin, dans La Cité de Dieu)

Ninus, roi des Assyriens, fut le premier qui, par une soif nouvelle d'hégémonie transforma ces habitudes anciennes des d'antiques traditions d'équilé C'est lui qui Le premier porta la guerre chez ses voisins, et jusqu'aux frontières de la Libye il étendit sa domination sur des peuples encore inhabiles à se défendre. i> Et un peu plus bas : « Ninus, dit-il, affermit par une possession durable l'étendue de ses conquêtes. Vainqueur des voisins, recrutant chez les nouveaux vaincus de nou- velles forces pour passer à d'autres exploits, chaque victoire devient comme l'instrument de la victoire suivante. Et il soumit tous les peuples de l'Orient (Saint Augustin, dans La Cité de Dieu)

La Chanson de Roland

CXX : "Un Africain est là, venu d'Afrique : c'est Malquiant, le fils du roi Malcud. Ses armes sont tout incrustées d'or ; au soleil sur tous les autres il resplendit. Il monte le cheval qu'il appelle Saut-Perdu : il n'y a bête qui puisse l'égaler à la course. Il va frapper sur l'écu Anses : il en tranche les quartiers de vermeil et d'azur. Il lui a rompu les pans de son haubert, il lui enfonce au corps l'épieu, fer et bois. Le comte est mort, son temps est fini. Les Franais disent : Baron, c'est grand'pitié de toi !"

Joachim du Bellay

  • Ces barbares marchent tout nuds
  • Et nous nous marchons incongneus,
  • Fardez, masquez...

 

  • Ces barbares pour se conduire
  • N'ont pas tant que nous de raison
  • Mais ne voit-on que la foison
  • N'en sert que pour nous entrenuire ?

Jehans de Joinville, Livre des saintes paroles et des bons faiz nostre roy saint Looys

Au mois d'aoust entrames en nos nefs à la Roche de Marseille. A celle journée fist l'on ouvrir la porte de la nef, et mist l'on touz nos chevaus ens que nous devions mener outre mer; et puis reclost l'on la porte et l'enboucha l'on bien, aussi comme quant l'on naye un tonnel, pour ce que, quant la nefs est en la grant mer, toute la porte est en l'yaue. Quant li cheval furent ens, nostre maistres notonniers escria à ses notonniers, et leur dist: «Est arée vostre besoigne?» Et il respondirent: «Oil, sire; vieingnent avant li clerc et li provere.» Maintenant que il furent venu, il leur escria: «Chantez, de par Dieu!» Et tuit s'escrièrent à une voix: «Veni Creator Spiritus.» Et il escria à ses notonniers: «Faites voile, de par Dieu!» Et si il firent. Et en brief tens li venz se feri ou voile, et nous ot tolu la veue de la terre, que nous ne veismes que ciel et yaue; et chascun jour nous esloigna li venz des païs où nous avions esté né. Et ces chose vous monstrè je que cil est bien fol hardis, qui se ose mettre en tel péril atout autrui chatel ou en pechié mortel; car l'on se dort le soir là où on ne sait se l'on se trouvera ou font de la mer le matin.

En la mer nous avint une fière merveille: que nous trouvames une montaigne toute ronde, qui estoit devant Barbarie. Nous la trouvames entour l'eure de vespres, et najames tout le soir, et cuidames bien avoir fait plus de cinquante lieues; et l'endemain nous nous trouvâmes devant icelle meisme montaigne; et ainsi nous avint par deus foiz ou par trois. Quant li marinier virent ce, il furent tuit esbahi, et nous distrent que nos nefs estoient en grant peril; car nous estions devant la terre aus Sarrazins de Barbarie. Lors nous dist un preudom prestres, que on apeloit doyen de Malrut, que nous feissions trois processions par trois samedis; car il n'ot onques persecucion en paroisse, ne par defaut d'yaue, ne de trop pluie, ne d'autre persecucion, que aussi tost comme il avoit fait trois processions par trois samedis, que Dieus et sa Mère ne le delivrassent. Samedis estoit; nous feimes la première procession entour les deus maz de la nef: je meismes m'i fiz porter par les braz, pour ce que je estoie grief malades. Onques puis nous ne veismes la montaigne, et venimes en Cypre le tiers samedi.

Montaigne, Des Cannibales

"...jadis et avant le deluge, il y avoit une grande Isle nommée Atlantide, droict à la bouche du destroit de Gibaltar, qui tenoit plus de païs que l'Afrique et l'Asie toutes deux ensemble : et que les Roys de cette contrée là, qui ne possedoient pas seulement cette Isle, mais s'estoyent estendus dans la terre ferme si avant, qu'ils tenoyent de la largeur d'Afrique, jusques en Ægypte, et de la longueur de l'Europe, jusques en la Toscane, entreprindrent d'enjamber jusques sur l'Asie, et subjuguer toutes les nations qui bordent la mer Mediterranée, jusques au golfe de la mer Majour : et pour cet effect, traverserent les Espaignes, la Gaule, l'Italie jusques en la Grece, où les Atheniens les soustindrent : mais que quelque temps apres, et les Atheniens et eux et leur Isle furent engloutis par le deluge. Il est bien vray-semblable, que cet extreme ravage d'eau ait faict des changemens estranges aux habitations de la terre : comme on tient que la mer a retranché la Sicile d'avec l'Italie :

Hæc loca vi quondam, et vasta convulsa ruina, Dissiluisse ferunt, cùm protinus utraque tellus Una foret.

Chypre d'avec la Surie ; l'Isle de Negrepont, de la terre ferme de la Boeoce : et joint ailleurs les terres qui estoient divisées, comblant de limon et de sable les fosses d'entre-deux.

sterilisque diu palus aptaque remis Vicinas urbe alit, et grave sentit aratrum.

Mais il n'y a pas grande apparence, que cette Isle soit ce monde nouveau, que nous venons de descouvrir : car elle touchoit quasi l'Espaigne, et ce seroit un effect incroyable d'inundation, de l'en avoir reculée comme elle est, de plus de douze cens lieuës : Outre ce que les navigations des modernes ont des-ja presque descouvert, que ce n'est point une isle, ains terre ferme, et continente avec l'Inde Orientale d'un costé, et avec les terres, qui sont soubs les deux poles d'autre part..."

..."Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu'il n'y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu'on m'en a rapporté : sinon que chacun appelle barbarie, ce qui n'est pas de son usage. Comme de vray nous n'avons autre mire de la verité, et de la raison, que l'exemple et idée des opinions et usances du païs où nous sommes. Là est tousjours la parfaicte religion, la parfaicte police, parfaict et accomply usage de toutes choses. Ils sont sauvages de mesmes, que nous appellons sauvages les fruicts, que nature de soy et de son progrez ordinaire a produicts : là où à la verité ce sont ceux que nous avons alterez par nostre artifice, et destournez de l'ordre commun, que nous devrions appeller plustost sauvages. En ceux là sont vives et vigoureuses, les vrayes, et plus utiles et naturelles, vertus et proprietez ; lesquelles nous avons abbastardies en ceux-cy, les accommodant au plaisir de nostre goust corrompu. Et si pourtant la saveur mesme et delicatesse se trouve à nostre goust mesme excellente à l'envi des nostres, en divers fruits de ces contrées là, sans culture : ce n'est pas raison que l'art gaigne le poinct d'honneur sur nostre grande et puissante mere nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par noz inventions, que nous l'avons du tout estouffée. Si est-ce que par tout où sa pureté reluit, elle fait une merveilleuse honte à noz vaines et frivoles entreprinses."

L'Utopie (Thomas More)

Ecrit sur le mode d’un dialogue entre More, un cardinal, un jurisconsulte anglais et Raphaël Hythlodée, explorateur revenu d’un pays imaginaire situé en Amérique du Sud prêt de l’équateur, « l'utopie » décrit une société imaginaire jugée comme parfaite par son auteur. Transformée en presqu’île inexpugnable par ses habitants appelés les Utopiens, composés d’anciens naufragés Egyptiens et Grecs, Utopie se divise en plusieurs cités parfaitement administrées selon le régime de la mise en commun des biens des habitants qui alternativement deviennent agriculteurs ou citadins. (source)

Roland Fréjus

En 1666, un Français, Roland Fréjus, mandataire d'une compagnie commerciale de Marseille, s'était rendu d'Alhucemas à Taza, traversant ainsi le Rif dans sa hauteur, voyage qui n'a plus été effectué pendant plus de deux siècles; enfin les récits d'ambassades, tels ceux des missions du baron de Saint-Amand en 1683, et de Pidon de Saint-Olon, en 1694, envoyés du roi de France, et de Windus, ambassadeur d'Angleterre, en 1725, résumèrent à la fin du XVIIIe siècle, avec le bel ouvrage de Louis Sauveur de Chénier (1785), consul général de France au Maroc, puis avec le récit du chirurgien anglais Lemprière, la plus grande somme des connaissances que l'on possédait alors sur l'empire chérifien. Roland Fréjus y débarquera mais son entrevue avec Moulay er Rachid n' ayant pas donner les résultats escompté , la société commerciale crée à cet effet fut dissoute.

Les Bestiaires

Ambroise Paré

"Des monstres marins" d'Ambroise Paré Ambroise Paré, Les Ouvres d'Ambroise Paré, conseiller et premier chirurgien du roy, divisées en vingt huict livres avec les figures & portraicts, tant de l'anatomie, que des instruments de chirurgie, & de plusieurs monstres, Revuës & augmentées par l'autheur, quatrième édition, Paris, Gabriel Buon, 1585. In-fol.

Photographie coloniale

Paul Gauguin

François Boucher

François Boucher, Le Mariage chinois

Maure

Jean-Léon Gérôme - Un maure

Contributions

Monsieur l'Ambassadeur du Maroc et sa suite assistant au spectacle de la Comédie Italienne à Paris en 1682

Antoine Coypel - Mohammed Temin, ambassadeur du sultan du Maroc, assistant à un spectacle dans une loge de la Comédie Italienne à Paris - 1682

Antoine Coypel (1661-1722) est un artiste- peintre français qui fait partie des artistes orientalistes ayant rencontré leur modèles à Paris même, dans la suites des ambassadeurs qui a deux reprises sur le règne de Louis XIV et Louis XV, qui ont donné la Cour et la Ville par le spectacle de l’étrangeté du faste du Grand Seigneur...c'était en 1682. L'oeuvre est exposée au Château de Versailles.