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Ensemble soufi Mtendeni Maulid de Zanzibar

Ensemble soufi Mtendeni Maulid de Zanzibar

« Le corps de l’homme est bien petit par rapport à l’esprit qui l’habite. » - Proverbe africain

Islam d’inspiration soufie Au cœur de l’Inde, dans la région côtière du Gujarât (province de l’Inde dont Bombay est la capitale), les chants et les danses rituels de l’ensemble Sidi Goma et de ses fakirs errants sont dédiés au saint soufi Gori Pir, ancien marchand de pierres précieuses et d’agates. Ces chants donnent des « vagues de joie » aux communautés noires, les unifiant ainsi à travers un islam d’inspiration soufie. Située sur les bords de la côte sud-ouest du golfe Persique, la petite ville iranienne de Boushehr, aujourd’hui en pleine voie d’industrialisation, fut dans le temps un point stratégique de cette route maritime ; populations arabes, africaines, indiennes, arméniennes et juives s’y sont intégrées, fabriquant vêtements, métal, épices, indigo, thé, riz, sucre, poteries, porcelaines et bois pour la construction des bateaux. Saeid Shanbehzadeh, jeune musicien originaire de Boushehr, fondateur de l’ensemble Ahleh Hawâ (la famille du ciel), grâce à un jeu de cornemuse unique, en l’occurrence le neyanban, favorise le climat musical étourdissant du zar, cette transe qui chassera l’intrus, le mauvais vent ou « esprit » du corps du malade.

Mémoire de l’origine À Zanzibar ou au Kenya, on chante le tarab (du terme arabe qui signifie « transe » ou « plaisir »). Dans des chants encore en arabe ou en swahili, on peut entendre le oud et le violon arabes ornementer leurs mélodies des modes musicaux arabes et égyptiens sur fond de rythmique africaine. La musique de Zein l’Abdin est basée rythmiquement sur les mélodies des ngomas, les anciennes fêtes swahilies de l’île de Lamu au nord de Zanzibar. Ainsi, Zein l’Abdin prolonge une tradition autrefois choyée par les marins arabes, à l’époque où son père, musicien réputé de la région, animait ces soirées. L’ensemble Mtendeni Maulid appartient à une des confréries les plus anciennes de Zanzibar et est dirigé aujourd’hui par Ustadh Majid Said Mansour. Il faut voir la beauté gestuelle de cette chorégraphie rituelle où les hommes, vêtus du kanzu et du kofia, les tenues blanches traditionnelles, se balancent à genoux et évoquent en rang le mouvement des vagues de l’océan, dans une longue ondulation aux courbes serpentées.

Et puis, il y a la tamburah, la petite lyre jouée par le nomade Hussein Al-Bechari. En Egypte la petite lyre rustique dont la caisse de résonance est une assiette métallique nous renvoie au premier royaume « noir » de Kush, situé autrefois dans l’ancienne Nubie, royaume qui exista du IXe siècle avant J.-C. jusqu’à 350 après J.-C. C’est ce même instrument que l’on retrouve dans les plaines marécageuses de Bassora (Irak) ou encore aujourd’hui dans le sultanat d’Oman.

Ces traditions musicales noires islamisées d’Iran, d’Egypte, du Gujarât indien, de Zanzibar ou du Kenya, tout comme le syncrétisme noir des Caraïbes (qui fera l’objet d’un prochain cycle musical), nous démontrent une nouvelle fois comment l’homme, dans l’exil, la souffrance et la captivité, tente, à travers l’expression artistique, de conserver sa dignité grâce à la mémoire de son origine. (source : Alain Weber Extrait du magazine Cité musique n°53 de janvier à mars 2007)

Dans l’Océan Indien, les commerçants arabes installèrent des postes commerciaux tout le long de la côte orientale en prenant pied aux Comores et au nord-ouest de Madagascar où ils fonderont des comptoirs. Plus récemment, au XIXe siècle, des Musulmans de confession chiite en provenance du Golfe Persique s’établirent sur une île de l’Océan Indien proche du littoral africain : Zanzibar (de zenj, « noir », et bah, « mer » en arabe) devenue à l’époque le centre le plus actif de la traite négrière grâce à de fructueuses plantations de girofliers.

Différentes confréries soufies se transporteront ainsi sur l’île ; parmi elles, la confrérie la plus répandue dans le monde arabe, oriental et asiatique : la tarîqa Rifaï crée par le grand saint Ahmad al-Rifaï (1118 - 1181). Cette congrégation, qui aura un impact particulier sur les gens du peuple, les Tsiganes de l’Inde et du monde arabe et qui est célèbre pour ses rites de mortification, pratique toujours ses cérémonies de sama (l’écoute et la pratique du chant de manière extatique) et de dhikr ou hadra (rituel dansé et chanté pour aller à la rencontre du divin). On l’appelle à Zanzibar Maulidi ya Homu, du terme arabe mawlid, célébration de la naissance des saints et du Prophète.

Il faut voir la beauté de cette chorégraphie rituelle où les hommes vêtus du kanzu et du kofia, les tenues blanches traditionnelles, à genoux se balancent et évoquent en rang le mouvement des vagues de l’océan, dans une longue ondulation serpentée.

Crée par Ustadh Majid Said Mansour dans les années 60, cet ensemble maulidi de Zanzibar parmi les plus prestigieux célèbre, plein de grâce et de jovialité, un soufisme africain…

La route des esclaves