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En Sardaigne, c'est l'araignée qui mène la transe

En Sardaigne, c'est l'araignée qui mène la transe

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Tarantelle calabraise improvisée à Rome !

La tarentelle figure comme une forme musicale populaire dansée provenant du Sud de l'Italie.

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En Sardaigne, c'est l'araignée qui mène la transe

Les tarentules ont toujours été popularisée avec l¹image du mal. Depuis les dernières années elles sont de plus en plus comprises malgré les nombreux mystères qui les entourent encore.

Les styles musicaux surgissent du plus profond de nos êtres, là où le legs ancestral de l'expression collective se mélange aux effluves de l'expérience individuelle et de sa perception environnementale externe résonnante sur les cordes sensibles de notre entité interne. En cette matière, la musique du sud de l'Italie constitue un échantillonnage culturel très riche. Connue depuis le XVIIème siècle, la tarentelle puise probablement ses racines profondes dans le culte des dieux antiques : certains chercheurs y voient une lointain lien avec les rituels d'exorcisme dionysiaques (Dyonisos et Appolon, dieux grecs du vin et de la musique).

La légende du tarentisme veut que quelqu'un qui avait prétendument été mordu par la tarentule (veuve noire) s'était mis à danser sur un rythme endiablé à l'effet du poison. La danse a été appliquée par la suite comme un remède supposé pour soigner les femmes névrosées («Carnevaletto delle donne»).

Particulièrement vivante, la mélodie de cette tarentelle est exécutée en  rythme 6/8, accompagnée d'une danse entrainante et joyeuse, jouée au cours de cérémonies qui pouvaient durer des journées entières, afin de guérir ceux que l'on croyait être victimes de morsure d'une araignée (tarentule). Les qualités thérapeutiques qu'on leur prêtait à cette araignées étaient devenues des prétextes pour perpétuer des danses d'origines païennes dans un contexte de révolte d'une Italie catholique conservatrice et rigoriste au cours du XIIème Siècle. En outre, ce style musical apparaissait comme un outil de diagnostic de maladies efficace. En effet, ceux qui éprouvent une peine, une mélancolie, la musique les fait revivre, en régénérant leur esprit.  A ce propos, grâce à ces manifestations de danses, les gens ressentaient beaucoup moins les peines et les soucis de la vie. On évoque souvent dans cette contrée de l'Italie, des musiciens, souvent aveugles ou malvoyants qui détiennent un pouvoir surnaturel, qui connaissant non seulement les différentes tarentelles, mais aussi les tarentules (araignées) respectives auxquelles celles-ci sont attribuées : mutine, enfantine, érotique,...Lorsque le patient entend la mélodie de son araignée, tout se passe comme si elle reconnaissait celle qui l'habite à son insu puisqu'elle bondit alors sur ses pieds et danse, parfois trois jours et trois nuits consécutivement, sans relâche, jusqu'à la guérison. (source la cure par la danse de possession). La danse de l'argia en Sardaigne a été cité dans "I rituali dell'argia" de C.Gallina et celui sur le tarentisme "La Terre du remord" de Ernesto De Martino dont l''aspect le plus innovant de sa recherche fut l'approche multidisciplinaire qui le porta à constituer une équipe. Dans « Terre du remords » ses recherches  sont menées dans la région de Salente, accompagné d'un médecin, d'un psychiatre, d'une psychologue, d'un historien des religions, un anthropologue des cultures, d'un ethnomusicologue (Diego Carpitella) et, enfin, d'un documentaliste de cinéma. Pour l'étude du tarentisme furent utilisés aussi des films tournés entre Copertino, Nardò et Galatina. Selon lui, « la période de formation du tarentisme apulien se situe approximativement entre le ixe siècle et le xive siècle, c'est-à-dire entre l'apogée de l'expansion musulmane en Méditerranée et le retour offensif de l'Occident », même si ce n'est qu'avec Giogio Gaglivi qu'on en trouve la première trace écrite, très rapidement suivie par une recension dans le traité de danse de Louis de Cahusac (librettiste pour Jean-Philippe Rameau et l'un des rédacteurs de l'Encyclopédie de Diderot). Son rapport à la transe semble indiquer un lieu avec les danses des Bacchanales, cortèges en l'honneur de Dionysos qui célébraient sa renaissance au printemps.

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Cette tradition légitimait des chorégraphies extrêmement suggestives, dans une région où les prescriptions de l'Église contre toute forme de danse étaient très sévères. La plupart du temps la personne « tarentulée » reprenait les mouvements de l'araignée, renversée en arrière la personne marchait sur ses mains, le dos courbé et se balançait comme suspendue à sa toile.

La Tarantata - Pizzica salentina

Dans les Pouilles, jusque dans les années 1950, la tradition populaire voulait, lorsqu'une personne avait des problèmes psychiques, que l'on invite des musiciens à domicile. Ils jouaient pendant trois jours, le malade devait danser la tarentelle tout au long de cette période au bout de laquelle il était guéri.

Ils s'agissait souvent de femmes dont la tradition populaire voulait que tous les les problèmes maux étaient liés à une piqûre d'araignée, la tarentule, qui pouvait donner des symptômes paroxystiques assez proches de la danse et du mouvement. Ce rituel était répandu dans tous les villages de Sardaigne. Il était gardé secret la plupart du temps à cause de son caractère érotique qu'accompagnaient la danse et la musique. En Sardaigne, comme partout dans au Maroc, l'intérêt rituel consiste à utiliser la danse dans le but de soigner une personne en difficulté. (voir aussi).

'Venue d’un village voisin ou du monde des morts mais toujours d’extraction sociale prestigieuse, avant de s’avouer vaincue, l’argia contraint celui qu’elle possède à devenir, pour trois jours et trois nuits, jeune fille en mal de fiancé, femme en proie aux douleurs de l’accouchement, veuve pleurant son mari défunt. Mais, provisoirement, l’irruption de la maladie suspend aussi pour l’ensemble de la communauté les règles habituelles du partage des sexes et de la bonne conduite féminine. Tandis que les gestes du travail acquièrent une dimension curative, chants d’amour, danses licencieuses, lamentations oscillant entre les pleurs et le rire composent une bruyante dramaturgie qui mobilise de multiples réseaux symboliques.

Dès lors, où finit la cure, où commence la fête ? Par cette question posée aux rituels sardes qui s’inscrivent dans l’ensemble des tarentismes méditerranéens, Clara Gallini reprenant une minutieuse enquête conduite au début des années soixante, invite à repenser nos propres catégories de maladie, de fête et de guérison". (La Danse de l’Argia, Fête et guérison en Sardaigne, Clara, Gallini - Traduit de l’italien par Michel Valensi et Giordana Charuty, 272 pages, 23 € ISBN : 2-86432-075-4). L'effet procuré de cet état fait suite à un état d'exaltation qu'il pousse au paroxysme et transporte celui qui le vit hors de lui-même, hors du réel. Cette transe musicale entraîne souvent des gestes désordonnés, des discours outranciers, des convulsions, des cris, des chutes et bien d'autres manifestations extérieures. Les informations perçues ont un caractère libératoire de l'angoisse, de l'approche d'un danger qui peuvent déclencher cet état de transe voulue. 

Pour Friedrich Nietzsche, dans Ainsi parlait Zarathoustra, le philosophe et philologue attribue la tarentelle à l'esprit chrétien de remords, et lui oppose l'exubérance des danses grecques dionysiaques : « Zarathoustra n’est pas un tourbillon et une trombe ; et s’il est danseur, ce n’est pas un danseur de tarentelle. »

Selon des études approfondies, la musique rend par ailleurs des personnes positives devant des situations stressantes, comme par exemple avant une intervention médicale qui doit être menée en milieu hospitalier. Il fait également ses preuve dans le contexte des maladies mentales ou en gériatrie.

La musique, la danse, la transe sont des clés importantes pour comprendre la manière dont le rituel de la tarentelle interagit dans le monde social.  Le thème transversal nous invite à pénétrer dans l’intimité de ces pratique et à toucher ainsi aux croyances populaires. Tout en posant une question sur un enjeu contemporain. De nombreux  jeunes artistes, groupes et musiciens de renom continuent de garder ce patrimoine musical très vivant. La musique est certes très différente, mais procure les mêmes effets hypnotiques, surtout quand les gens sont exposés au rythme pendant une longue période de temps. La musique est utilisée dans le traitement des patients atteints de certaines formes de dépression et d'hystérie, et ses effets sur le système endocrinien est récemment devenue un objet de recherche scientifique

  • La singularité de ces musiciens qui se situent à la frontière de deux univers. 
  • Un point important est la recherche des rythmes et des airs qui déclenchent l'état de crise initiale et il faut jouer un à un tous les morceaux d'un répertoire, jusqu'à la procure d'un morceau trouvé, il faut dans ce cas le répéter sans relâche, à moins que d'autres airs produisent le même effet sur le patient.
  • Parfois sur scène pour montrer une forme de folklorisation de cette pratique, souvent dans un travail musical artistique où la tradition rejoint la création.
  • La création d'évènements musicaux locaux.

Eugenio Bennato, compositeur, auteur, interprète, musicologue et agitateur des milieux folk depuis les années 60 à Naples, avait lancé en 1998 le projet Taranta Power, destiné à rendre à la tarentelle son pouvoir de transe libératoire. «C'est notre flamenco et personne ne le sait», déclarait-il. Il a silloné l'Italie du Sud pendant 3 ans avec son groupe Musicanova pour enregistrer dans les villages différentes formes de tarentelle (4 CD édités)  pour proposer au public jeune des taranta raves qui obtient un vif succès.

Au son de la chitarra battente (guitare bombée à douze cordes) et des tambourins, qui marquent un rythme continu, la tarentelle de Bennato a l'énergie du rock et le pouvoir hypnotique des boucles électroniques, mais aussi la saveur authentique des musiques de la terre. (F.-X. GOMEZ).

 

Bibliographie

  • Ernesto De Martino, Le Monde magique, tome III, La Terre du remords éd. Institut d'édition Sanofi-Synthelabo (Le Plessis-Robinson), collection : Les empêcheurs de tourner en rond, 494 p., 1999 (ISBN 2-84324-074-3).
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