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Coda, une école de musique à Casablanca pas comme les autres!

Coda, une école de musique à Casablanca pas comme les autres!

Une nouvelle école de musique vient d’ouvrir ses portes à Casablanca. Imaginée par un jeune marocain, Coda Casablanca Music Center est une porte d’entrée dans la musique pour les amoureux de cette discipline qui veulent atteindre leur potentiel.  Entretien.

 http://www.lnt.ma/wp-content/uploads/2013/09/CODA-.jpg

La Nouvelle Tribune : Qu’est-ce qui vous a amené à créer une école de musique?  

M’hamed El Menjra : J’ai étudié la musique aux Etats Unis pendant 5 ans, j’ai passé quelques années là-bas à jouer et à m’occuper du management de groupes de musique. Je suis rentré il y a tout juste 1 an et demi avec une idée en tête.  J’ai commencé par créer une boite qui fait de la programmation événementielle. Après avoir eu ce local, j’ai voulu offrir un espace aux musiciens, amateurs et professionnels, pour qu’ils puissent s’épanouir en toute liberté, chose qui manque cruellement au Maroc. Je voulais aussi offrir le côté formation musicale, c’est-à-dire donner accès à la musique mais aussi un espace de répétitions professionnelles avec un équipement de pointe et de qualité pour les musiciens qui désirent répéter avant leur tournée etc. On dispose également d’un studio d’enregistrement équipé pour pouvoir enregistrer les grandes formations professionnelles mais aussi tout ce qui est poste production, audiovisuel, voix off, films institutionnels… parce qu’au Maroc c’est ce qui fait manger du pain aux studios d’enregistrement. Généralement, les groupes de musique n’ont pas de moyens, ils ne sont pas produits, donc c’est compliqué.

Pourquoi Coda ?

Au début j’allais l’appeler Casablanca Music Center comme dit la petite légende. J’ai demandé à gauche et à droite et on m’a conseillé d’éviter les phrases très longues, d’aller vers quelque chose qui accroche. Il est vrai que quelqu’un qui ne sait ni lire ni écrire aura du mal à répéter une phrase très compliquée, par contre Coda, c’est facile, c’est deux syllabes, comme Coca (rire). Et en même temps Coda ce n’est pas juste des initiales. C’est un terme employé dans la musique qui signifie le passage terminal d’une pièce ou d’un mouvement.

Quels sont les cours que vous proposez à l’école ?

Nous proposons tous types de cours d’instruments en commençant par la guitare, la batterie, la basse, le piano, le chant, les percussions, etc. CODA offre également la possibilité d’étudier l’oud (Luth) et le violon. Une chorale andalouse commencera très bientôt et pour cela nous travaillons étroitement avec les gens de Dar Al Ala.

On offre aussi une discipline qui est très peu connue au Maroc et qui n’existe pas encore ici, c’est la batucada. Ce sont des percussions brésiliennes en groupe. C’est un peu ce qui se fait au Brésil pendant le Carnaval de Rio. Nous travaillons avec Othmane Rouissi, qui a eu la chance d’aller au Brésil et d’étudier auprès des grandes écoles de Samba à Rio, où il a appris avec les gars en plein milieu des favelas. Il a également joué avec les plus grands batucadas d’Europe et il est venu avec tout son bagage pour transmettre ses connaissances ici. Les Marocains sont connus pour avoir le rythme dans la peau, et si on leur offre les bons instruments avec un bon encadrement, je pense que l’on aura de belles choses.

Est-ce que vous pouvez nous présenter un peu les professeurs?

Les professeurs de Coda, je les connais très étroitement pour les avoir côtoyés toute ma vie et toute mon enfance. Nous avons un groupe de passionnés qui font de la musique depuis l’âge de 12 ans. Tous les professeurs sont dans la même tranche d’âge, entre 25 et 35 ans. Ils ont tous des styles différents. Ici, on bascule dans la musique à 360°. Pour ce qui est de la chorale, nous avons fait appel à M. Merbouh, un professeur d’Al Ala qui vient du conservatoire de Fès. Ce sont tous des gens qui ont de la légitimité dans le domaine.

Est-ce que la formation que vous proposez concerne tous les âges ou seulement une tranche ?

Tous les âges, dès 3 ans. On fait de l’éveil musical et de l’éveil instrumental pour les enfants en bas âge. Nous avons également l’intention de travailler avec la femme d’Othmane Rouissi qui est psychomotricienne. Nous prévoyons un programme de musicothérapie, en étroite collaboration avec le centre de psychomotricité ici à Casablanca, pour aider les enfants qui ont des problèmes de communication, comme les enfants autistes pour qui la musique peut être très bénéfique.

Qu’est-ce qu’il faut avoir ou faire pour être un bon musicien ?

Il faut aimer déjà. Il faut être énormément passion. On ne peut pas devenir Paco de lucia ou BB King ou James Brown en une semaine. C’est une manière, c’est une façon d’être et plein d’autres choses.

Est-ce qu’on né musicien ou est-ce qu’on le devient ?

Il y a les deux. Il y en a qui sont nés musiciens mais qui ne travaillent pas ce don et c’est bien dommage. Et il y a des gens qui n’ont pas ce don et qui travaillent d’une manière acharnée pour y arriver. Etre musicien est un métier comme les autres. Donc ceux qui ont le don, c’est très bien, c’est magnifique, mais rien n’est fait. Si l’on ne travaille pas, on n’arrivera jamais à quelque chose de concret. Après on peut aussi ne rien avoir du tout mais avec de la patience et du sérieux, on peut faire des miracles, il faut juste y mettre le temps nécessaire. Apprendre la guitare par exemple ne se fait pas en un jour, ça demande des années, et ça ne s’arrête jamais, on apprend tous les jours.

Justement, est-ce que l’on peut apprendre un instrument sans passer par des cours de solfège ?

Bien sûr ! C’est préférable par contre pour s’enrichir et pour mieux comprendre l’instrument.

Au conservatoire, il est primordial de passer par les cours de solfège avant de toucher à un instrument, ce qui fait souvent fuir les jeunes qui veulent apprendre vite.

C’est exact. Eh bien, chez nous, ce n’est pas le système du conservatoire. On touche à l’instrument dès le début. On n’apprend pas dans une salle avec tableau et craie parce que ceci renvoie à l’école et ça « traumatise ».  Si un jeune vient faire une activité extrascolaire et se retrouve  avec le même cadre qu’à l’école, on n’a rien fait. Ici, on touche directement à l’instrument mais au fur et à mesure que la personne progresse, elle apprend quelques notes, et on lui inculque des notions de base mais de la manière la plus ludique.

Quel bilan dressez-vous de la musique au Maroc ?

Je suis vraiment déçu mais en même temps très content. J’ai toujours cru en mon pays, je sais  qu’il y a des talents avec un potentiel énorme et des musiciens magnifiques à chaque coin de rue. Après, en ce qui concerne les festivals, on ne peut pas dire que le Maroc ne fait pas des efforts. Il y a énormément de festivals, ça bouge dans tous les coins. Par contre au niveau de la programmation, il y a peu de festivals qui sont indépendants. Par exemple L’Boulevard, ce qu’ils font est très important, ce sont ces choses-là qu’il nous faut. Il faut penser à faire un festival de blues, de flamenco, des choses qui font rêver les gens! Mawazine ce n’est pas trop ça. Personnellement, je trouve que c’est dommage de payer des millions de dollars pour ramener une star qu’on peut regarder sur Youtube, et qui, musicalement, n’apporte pas grand-chose. Mais je pense qu’on va dans le bon sens et on avance malgré tout.

Quelles sont vos ambitions musicales pour l’avenir ?

J’aimerais dans l’avenir donner des concerts plus grands et devant plus de monde. J’aimerais pouvoir ramener des artistes moins connus mais plus intéressants et plus doués ! Ramener de grands groupes de jazz de blues, de r&b… Pouvoir animer des workshops et des Master Classes ici avec des gens confirmés, pédagogues. Je vois Coda comme une plateforme mobile, et je pense, pourquoi pas, à ouvrir d’autres écoles à travers le Maroc.

Propos recueillis par Asmaa Loudni