Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LNO

LNO

Menu
Adieu Danielle Mitterrand!

Adieu Danielle Mitterrand!

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/3d/Danielle_Mitterrand_-_Royal_%26_Zapatero%27s_meeting_in_Toulouse_for_the_2007_French_presidential_election_0542_2007-04-19.jpg

Grisaille dans le ciel, grisaille dans nos cœurs.

Danielle Mitterrand s’en est allée. Après avoir sombré dans le coma, au moment  même où nous commémorions la disparition d’un autre chantre de la liberté, Abraham Serfaty.

On en maudirait presque ce mois de novembre, où même les fleurs se meurent, se font rares ou discrètes, tout autant que savait l’être Danielle qui, pourtant, aura mené un combat titanesque pour la démocratie.

Née le 29 octobre 1924 à Verdun, l’indignation la gagne une première fois, à seize ans, lorsque son père, René Gouze, est suspendu de ses fonctions d’enseignant, et privé de salaire par le gouvernement de Vichy, pour avoir refusé d'établir la liste des enfants et des professeurs juifs de son établissement.

La révolte ne la quittera plus jamais.

Entrée dans la résistance, à 17 ans, comme agent de liaison, elle en sera l’une des plus jeunes médaillées. Elle rencontre dans le Maquis François Mitterrand, Alias Capitaine Morland, résistant recherché par la Gestapo. Elle l’épousera à la fin de la guerre.

Première dame à nulle autre pareille,  elle continuera la lutte, sans faiblir, ni flancher, dans le sillage de François Mitterrand, Président, qui, pendant deux septennats, devra, à plus d'une reprise, se résoudre à des concessions à la Realpolitik.

Elle sera sa conscience.

Pas un seul dictateur qui n’aura échappé à sa vindicte et sa dénonciation, arrachant des concessions à l’un, des prisonniers d’opinion à l’autre.

Pas une injustice  qu’elle n’aura combattue, ni une seule cause humanitaire qu'elle n'aura endossée, jusqu’à rendre leur dignité à ceux qui avaient perdu emploi, logement ou famille.

Après la dénonciation par Gilles Perrault de la dictature de Hassan II, dans son pamphlet, « Notre ami le roi », elle se lance, à la tête de sa fondation France-liberté, dans une campagne sans précédent pour arracher aux griffes du despote les prisonniers politiques et « les emmurés ».

Abraham Serfaty, ceux de Tazmamart  et de Kelaat M’gouna,  la famille Oufkir, les frères Bourequat, Tous lui doivent la  liberté, sinon la vie.

« Je continuerai mon action jusqu'à ma mort » avait-elle promis.

Promesse tenue, la dernière action entreprise par cette militante infatigable des Droits de l'homme, fut celle de la question de l'accès à l'eau.  

Sur la page d’accueil de sa fondation, on peut lire cette tirade en forme de charge contre la tyrannie et d’hommage aux luttes des peuples pour leur liberté :

-  « La vie a voulu que je parcoure un long chemin dans le temps. Le destin m'a donné l’occasion de fouler de nombreux tapis rouges et de rencontrer les grands de ce monde. Mais il m'a surtout permis de côtoyer des populations de tous les continents, d’entendre les témoignages d’hommes et de femmes oubliés du bonheur de vivre et accablés par la misère. Les tapis rouges des voyages présidentiels ne m'ont pas égarée, pas plus que les lustres ne m'ont éblouie. J'ai vu s’effondrer des dictatures, d’autres se constituer avec la protection et parfois l’encouragement des puissants de ce monde. J'ai vu s’écrouler le communisme comme un château de cartes bousculé par les peuples qui ne supportaient plus le mépris de ses dirigeants. »

Nous ne verrons plus jamais son sourire irradiant de lumière, mais grimaçant lorsqu’elle s’adressait   aux despotes, aux injustes, aux criminels et aux corrompus.

Ses magnifiques yeux de chat se sont fermés à tout jamais, fatigués, sans doute, d’avoir eu à affronter, une vie durant, tant de laideurs et de monstruosités

 

Alors adieu Danielle ! Repose en paix !

 

Salah Elayoubi