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Rythme el masmoudi dans le melhoun

Rythme el masmoudi dans le melhoun


Les deux piliers du malhoun, Sidi Lakhdar Benkhlouf et Sidi Abdelaziz El-Maghraoui sont originaires de la grande tribu berbère des Maghraouas, dont le berceau était la vallée du Cheliff et les monts du Dahra, qui étaient parmi les premiers berbères a s'islamiser et a s'arabiser, et qui se constituera en multiples principautés s'étendant du Maroc a la Libye, en passant par Sijilmassa dans le Tafilalet, berceau présumé du genre musical. On appelle par ailleurs quelquefois cette région Masmouda. Les Masmoudas ou Masmudas sont une confédération de tribus berbères du Moyen Âge originaire du Haut Atlas. Ils sont les fondateurs de la dynastie des Almohades et des Hafsides au Maghreb. Parmi les grandes tribus faisant partie de cette confédération, on retrouve les Berghouatas, les Ghumaras (Ghumarides), les Hintatas (Hafsides), les Tinmelel, les Hergha, les Genfisa, les Seksiwa, les Gedmiwa, les Hezerdja, les Urika, les Hezmira, les Regraga, les Haha, les Banou Maghus, les Gilawa et plusieurs autres. Selon Ibn Khaldoun, les Masmoudas seraient issus de la branche des branis ou berr ; Elle serait, selon lui, l'une des plus grandes tribus  berbères du Maghreb.



Eugène Aubin, voyageur, diplomate et espion français qui était au Maroc à un moment charnière de l'histoire du royaume(1902-1903) écrivait à propos de la griha: « Ce n’est qu'a une date relativement récente que la poésie populaire a été mise en musique. Il y a deux siècles environ, un certain el-Masmoudi nota les principaux airs que le peuple avait peu a peu adaptes a ses chansons, et il devint ainsi le créateur de la griha. Son œuvre fut si appréciée qu'on y voulut voir une intervention surnaturelle; la tradition affirme que Al Masmoudi reçu l'inspiration dans une maison hantée par les génies. La chanson, musique et paroles, prit un rapide essor depuis El Masmoudi, soit que l'on ait développé ses propres mélodies, soit que l'on en ait inventé de nouvelles. Tous se partagent désormais en trois modes principaux: le mchergui, oui est propre aux régions orientales de l'empire et en Algérie. Le meqsour el-djenah, qui est usité dans la masse des pays marocains, enfin le meqloeg, originaire du Souss. ». Au cours de ses voyages de Tanger à Fès et au Sud marocain, Aubin dressait un portrait fidèle de la société marocaine, où il décrit aussi bien l'agriculture, les arts, la religion, la famille, que l'organisation politique.


Que sait-on exactement de Mohamed El Masmoudi ?

Mohamed El Masmoudi, poète marocain originaire du Tafilalet au XVIIème siècle sous le règne du sultan Moulay Zidane (neuvième sultan de la dynastie saadienne de 1613 à 1628) fut le disciple de Abdelaziz El Maghraoui avant de succéder au doyen du zéjal marocain et grand cadi de Fès originaire de la même région. El Masmoudi inventa une nouvelle formule de composition appelée "Agbah" ou "Goubahi", auteur de "EL Hifa" en innovant la texture poétique en introduisant une césure différente de celle de Abdelaziz El Maghraoui. La qacida chantée sur le rythme Goubahi a pour Harba (refrain) :

 

  كـف ملامـك يا لايمنـــي ربـي بالعشـق بلانـي

جـرب اتشوف تعــــذرني واتـذوق ما ذقـت انايـا



Kef m’lamek ya layemni. Rabi bel âchq ezzine bleni. Djareb Etchouf taâdherni ouet’ dhouq ma dhouqt anaya (ce qui traduit signifie approximativement cesse tes reproches ô toi qui me blâme. Dieu m'a éprouvé par l'amour. Met-toi à l'épreuve et tu me pardonneras. Car tu goûteras certainement ce que moi j'ai goûté). Cette poésie érotique dépeint les péripéties d'un poète qui aime sans retour une belle fille à la taille d'un rameau de mimosa et des yeux aux cils ressemblant à des flèches qui blessent ceux les observent. Elle sera suivie d'un istikhbar dans le mode Sehli à la trame langoureuse qui a pour premier couplet : مهموم والعقل حيران Mehmoum ouel âqel hayrane (turlupiné et l'esprit tourmenté).


Le Masmoudi (translittération commune) est typiquement l'union de deux phrases musicales de 4 temps. On l'appelle quelquefois «masmoudi kabiir» (le gros) pour le différencier du rythme à 4 temps (masmoudi saghiir). On retrouve souvent 2 coups d'entrée dans la première phrase. On utilise parfois le terme «masmoudi de dispute» puisqu'il peut rappeler un homme et une femme qui se disputent. La version avec 3 coups d'entrée est appelée «masmoudi de marche» à cause de son rythme régulier qui peut accompagner une marche. Les masmoudis sont communément utilisés avec la danse du ventre, et aussi avec le mouwachachat, car ils sont particulièrement relevés et faciles à reconnaître et utiliser pour une danseuse. 

Ce rythme a une base de maqsoum mais à 8 temps au lieu de 4 et est exécuté plus lentement. Généralement les masmoudis sonnent lourd (kabiir) alors que le maqsoum est rapide et agile (khafiif). On a retrouvé des preuves que le masmoudi était utilisé dans la musique mouwachahat ancienne avec une touche plutôt artistique alors que le maqsoum se retrouve dans la plupart des œuvres folkloriques. Les Masmoudas sont l'un des trois groupes ethniques Berbères du Maroc. Ils vivent à l'ouest du massif du Rif et de l'Atlas. On appelle quelquefois cette région Masmouda.
(source)


Ce grand rénovateur, avide de modernité poétique, a aussi grandement élargi la palette thématique du genre poético musical. Car c'est lui, dit-on, qui a écrit le premier « harraz » de l'histoire du melhoun, et ce n'est pas peu dire, quand nous savons l'immense engouement qu'a suscité ce nouveau thème chez les poètes et les amateurs de melhoun, jusqu'a nos jours, aussi bien au Maroc qu'en Algérie. Enrichi du « mbeit », du «maksour jnah », du « mchetteb », et du « souci- meqloug », le Melhoun marocain va susciter énormément de vocations, libérer le génie créateur des poètes marocains, et produire ainsi des œuvres importantes: tout le Maghreb voudra goûter a la poésie de grande qualité des poètes comme Sidi Kaddour El Alami, M’hamed En-Nejjar, Benali Cherif , auteur de Echamaa (bougie), Mohamed Benslimane, Touhami Medaghri, El-Mernissi, El-Gherabli, Moulay Ali El-Baghdadi, ...


Le poète du Malhoun doit continuellement assurer l'équilibre entre les thèmes populaires et les registres savants ; d'abord en puisant dans les legs de la mémoire collective, ensuite en acceptant la complexité poétique et en utilisant tous les éléments d'une rhétorique et d'un imaginaire séculaire. Le Professeur Mohamed El Fassi enseignait que le Malhoun est un poème destiné à être chanté et donc à être habillé en musique, c'est une mise immédiate en mélodie. Le Malhoun apparait comme une variante, une inflexion des règles classiques et un jeu délibéré des poètes. D'ailleurs certains poètes du genre écrivent dans les deux registres de la poésie classique et du Malhoun. Nous pouvons citer à titre d'exemple des artistes de la trempe de Mohamed Benslimane et Sidi Thami Lamdaghri(connu pour avoir écrit et composé Al-Gnawi et Aliq Al-Masrūh), le Sultan Moulay Hafid , Sidi Kaddour El Alami, Jilali Mtired et bien d'autres. La créativité est, en effet, considérée comme une inspiration, une révélation. Mohamed Ben Ali Bou’mar disait en 1519 : « Notre Malhoun est une lampe éclairant le noir et ne manque à aucune demeure ».

 

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