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Taktouka Jabalia

Taktouka Jabalia

Taktouka Jabalia ou Aïta Jabalia est un art populaire traditionnel dit "chamali" qui puise ses racines dans les montagnes du nord-ouest du Maroc. Ses belles chansons plaisent de plus en plus au public en résonnant dans la plupart des  ruelles des quartiers populaires ou salons de thé marocains. L'art de aïta est un patrimoine culturel et historique qui a subi des changements au fil des années.   Aux dires des historiens, la ville référence Ouezzane située au Sud de Tanger existait déjà à l'époque romaine. Elle est connue en particulier pour son artisanat du bois, de la laine appelée « El mharabla », lainage à bouclettes fait à la main. Les travaux de la laine servaient de modèle et il est fréquent de dire : " KHerqa Ouazzania ou lem rehbla". Ce genre musical a trouvé sa source auprès des tribus Abda, Doukkala et Chaouia au gré des fêtes et des circonstances.

A l'origine, l'Aita est un appel de ralliement en rapport avec les pleurs et les joies et constitue, comme toute poésie, un écho des joies et soucis au quotidien qui dessinent en filigrane le mektoub (destin) des êtres humains à la manière d'un cœur qui bat.

 

C'est dans les plaines bordant l'océan Atlantique que ce genre musical est le plus apprécié et fait partie intégrale de la société. Elle apparait parfois sous le son d' un cri de ralliement, un soupir d'amour ou encore une complainte. Par maints aspects, elle s'apparente à la geste Hilalienne (des tribus des Béni Hilal). La pratique de la aïta au Maroc est une coutume ancestrale qui conférait à des gens connus pour leur probité et leur modestie la faculté de décrire par le chant et la parole, la vie quotidienne, les problèmes et entraves de leurs semblables.

Mais il y a autre chose encore qui assure la réputation de la ville de Ouezzane, c'est le soufisme. ambiant qui y baigne. Une confrérie appelée Tariqa El Ouazzania du nom de la ville s'est implantée donnant par ailleurs naissance à d'autres écoles religieuses, d'autres tariqa formant « Ahel el touat ».



Ouazzane est une ville dans laquelle ont cohabité en harmonie trois communautés pendant trois siècles:

  • Les juifs que Moulay Ettayeb Elouazani avait invité à s'installer dans sa ville pour y construire un mellah afin de donner naissance à un artisanat propre à Dar Dmana. Aujourd'hui Ouezzane est une ville artisanale par excellence grâce à la communauté juive Ouazzanie et à l'intelligence politique d'un homme hors paire.
  • Les Jbalas (anciens Ghumara) furent chassés du Souss par les conditions climatiques désastreuses, dont la nature exacte peu varier d'une version à l'autre : la plus répandue évoque un vent torride, sârqi d'une duré inhabituelle. ces Swasa s'en furent imploré l'intercession de Moulay Abd Salam Ben Mchich. Celui-ci leur répondit que, le fléau relevant de l'ordre divin, il n'avait sur lui aucun pouvoir. Aujourd'hui cette communauté représente la quasi-totalité de la population Ouazzanie et ce dû à l'exode rural et au délogement des juifs et des chorfas Ouazzanis de la ville.
  • La grande famille des chorfas Ouazzanis : descendants de Moulay Abdellah Charif Elouzzani Elhassani fondateur de la ville d'Ouazzane et de sa confrérie.

Driss Abou Essabre fut l'élève du Mokaddem Haj Ahmed Ben Lahssen. Il a formé avec sa troupe avec l'aide de Abderrahim Amrani Marrakchi  "les enfants de dar Dmana" composé d'enfants et d'adolescents. Cette tariqa est née sous les choyouches moulay Moulay Abdallah Chérif et Moulay Taib el Ouazzani Touhami.



Ces troubadours, transmettaient leur savoir oralement par l'entremise de la poésie, du chant et du jeu théâtral. Il est fréquent de voir ce groupe chanter et à l'intérieur même de la chanson, y introduire une saynète théâtrale.

L'art de Aïta veut dire, selon son acception traditionnelle, l'Appel, c'est-à-dire l'Appel de la tribu et le retour aux ancêtres pour semer la volonté dans le cœur des hommes et inviter la Muse de la poésie et de la chanson. On distingue plusieurs sortes de Aïta : Azzaaria ; Al Haouzia, Al Jablia, Al Gharbaouia, Al Marsaouia et Al Mallalia.


La chanson Al Aïta se trouve généralement livrée à l'appréciation précipitée des non-spécialistes, parce que son côté péjoratif occulte d'autres aspects et valeurs. Al Aita raconte la nostalgie et les aspirations, les plaisirs comme les douleurs.


Tous ces styles se retrouvent dans les mariages urbains ; Les orchestres chargés d'animer l'évènement sont tenus de jouer tous ces répertoires. Un mariage marocain célébré en ville est presque à lui seul un festival. Ces mariages ont permis l'émergence de beaucoup d'artistes dont l'expérience ne cesse de s'enrichir et de se renouveler au fil des manifestations. Cela est également vrai dans le domaine de la chanson populaire comme le chaâbi par exemple.


Comme la plupart des traditions musicales populaires du Maroc, la Taqtuqa el-Jabalya ne semble pas avoir d'origine précise historiquement attestée, sa vague actuelle apparaît à l'époque moderne liée à la diffusion radiophonique lorsqu'elle fait l'objet de certaines émissions par la station régionale, peu avant la Seconde Guerre mondiale. On peut compter khanfour el-Ghiyati parmi les célébrités de l'époque. Dans cet art musical, on évoque souvent le marabout Abdeslam Ben Mchich Alami (عبد السلام بن مشيش العلمي), un saint soufi (1163 - 1228 soit 559-626 de l'hégire), originaire de la région de Béni Arouss dans la région du "jbel" au Sud de Tanger. Du XIIe siècle jusqu'au XIIIe siècle, le saint homme se retira a jabal La'lam où est situé actuellement son mausolée. Au début de chaque juillet  continuent chaque année les chorfas Alamiyine commencent à célébrer le moussem de ce saint connu pour être le sultan des Jbala, le protecteur de la vallée. Il fut aussi l'initiateur de Abou Hassan al-Chadhili au soufisme. Moulay Abdeslam ben Mchich Alami est d'une auguste descendance puisque c'est un Idrisside, descendant de Al Hassan.

Les Jbala comme leur nom l’indique, sont les « montagnards » ou « les habitants des montagnes » se  référant  plutôt à la toponymie plutôt  qu’à un aspect ethnique donné. Le terme Jbala peut encore de nos jours posséder une connotation péjorative (paysans, "plouc"...) d'où une certaine recalcitrance à dévoiler ses origines chez certains habitants. Cependant, ils sont souvent trahis par leur accent particulier. Cet aspect péjoratif a été véhiculé par les habitants des villes bourgeoisies et arabo-andalouse). La réhabilitation politique des zones nord après la disparition de Hassan II qui  a contribué à réhabiliter cette culture.
La langue et d’autres aspects culturels indiquent que l’aire jeblie s’étend de l’Atlantique aux environs de Taza et de l’oued Ouergha à la Méditerranée. Le dialecte Jebli fait partie de la famille des dialectes maghrébins pré-hillaliens, soit un dialecte arabe montagnard du nord-ouest du Maroc parlé surtout dans la région et est influencé par le rifain et l'espagnol.  Les Jbala furent par ailleurs arabisés assez tôt, c’est la raison pour laquelle leur parler comporte de nombreux mots arabes très anciens et conserve des prononciations anciennes pour certaines lettres (comme le Qaf ou Djim). Par contre leur dialecte a conservé des sons que l'on ne trouve que dans les langues latines comme le "P". L’arabisation fut accélérée avec les Idrissides qui y ont trouvé refuge après le déclin de leur dynastie, tout comme les arabes d’Andalousie à partir du XVe siècle.

A l’origine d’après la toponymie et le lexique jebli, la région était peuplée par des tribus andalouses qui parlaient une langue plus ancienne que les dialectes utilisés de nos jours. La proximité de l’Europe a fait que des populations d’origines ibériques s’étaient installées dès la Protohistoire dans la région. Il existait aussi un population locale antérieure à l’arrivée des Andalous qu’on appelle des Ibéro-maurusiens qui sont peut-être les premiers habitants du Maroc. Occupant une position stratégique, la région de Jbala a été un point de croisements de plusieurs cultures  comme les Phéniciens, les Puniques, les Latins, les Ibères, les Romans, les Amazighs, les Arabes d’Andalousie. Ces différents apports ont contribué avec certitude à façonner l’identité culturelle particulière  de cette ethnie.

Bien qu’il existe des villes à la périphérie de la région, les Jbalas n'en sont pas les fondateurs. Ainsi, dans des villes comme Tétouan (fondée par des Arabo-andalous), Tanger, Chefchaouen, Larache, etc, le terme jbala s’applique aux paysans, pourtant une grande partie de la population de ces villes est d’origine jeblie.

Tanger comme à Tétouan, Ouezzane et Asilah, ou Fès,  les belles chansons de l'Aïta Jabalia restent très populaires.

 

Cet art se distingue surtout par son répertoire masculin. Ses textes se présentent pour leur majorité comme une sorte d'invocations de Dieu, du Prophète Sidna Mohammed et le saint Moulay Abdeslam Ben Mchich dont le nom est lié à la Quaraouiyine. Cette famille est issue de la lignée de Ali Haïdara fils de Muhammad ben Idris, fils aîné de Idriss II. Le premier à quitter Fès pour le pays Jbala est le prince Ahmed Mezouar, son tombeau est encore visible dans le nid d'aigle de Hajarat Chorfa