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Les musiques traditionnelles de l’Afrique noire subsaharienne

Les musiques traditionnelles de l’Afrique noire subsaharienne

Il est difficile d'évoquer une musique de l’Afrique noire subsaharienne au sens large. En effet, jusqu’au milieu du XXème siècle, la musique a toujours été le reflet de la diversité des ethnies de ce continent immense. Au début des années 1960, la proclamation des indépendances et l’urbanisation annoncent une ère nouvelle, celle de sociétés en pleine mutation qui veulent rompre définitivement avec le colonialisme en adoptant des modes de vie modernes. La généralisation d’instruments amplifiés et des cuivres, tout comme la naissance de maisons de disques et de producteurs locaux sont les premiers grands signes de cette évolution, tant sur la forme que sur le fond. Des rythmes nouveaux voient le jour, influencés par la musique des Caraïbes, le folklore, la pop, la soul, le rock ou le funk.

On peut toutefois scinder la musique africaine en deux sous-groupes : la musique nord-africaine ayant subi l'influence de la musique savante arabe et andalouse, et la musique noire-africaine qui n'a pas développé de musique savante et qui est restée très rythmique.

Il existe une riche tradition musicale dans cet ensemble d’une quarantaine de pays, qui ont chacun leur histoire, leurs langues et leurs cultures propres. L’expression exclut la musique arabe d’Afrique du Nord.
Vers la seconde moitié du XXe siècle et jusqu'à nos jours, le progrès dans diverses disciplines des sciences humaines orienta les recherches ethnomusicologiques dans de nouvelles voies. C'est ainsi par exemple que les méthodes de la linguistique ou du structuralisme ont marqué certains travaux sur la musique africaine. Fait nouveau, des Africains eux-mêmes étudient la musique traditionnelle de leur propre pays et apportent ainsi une précieuse contribution à la connaissance des musiques africaines. Les enregistrements sur bande magnétique se multiplient, les phonothèques s'enrichissent, l'édition de disques se développe, l'étude des musiques de tradition orale se généralise. Mais alors même que les possibilités d'accéder aux musiques africaines n'ont jamais été aussi aisées, que le désir de les découvrir, de les étudier n'a jamais été aussi fort, il semblerait que le souffle de l'Occident sans cesse amplifié par les prodigieux moyens modernes de communication, en atteignant jusqu'au plus petit village où se perpétuait un art musical traditionnel, contribue précisément à la perte de celui-ci en faisant disparaître ou en tout cas en transformant radicalement les traditions musicales.

Organologie
L’Afrique est, après l’Asie, le pays ou se rencontre encore aujourd’hui la plus grande variété d’instruments de musique. Beaucoup d’entre eux par le degré d’archaïsme qu’ils présentent, restent assez proches d’instrument de l’Océanie, de l’Asie méridionale et de l’Amérique indienne. Qu’il s’agisse des noirs proprement dit ou des non noirs de l’Afrique australe(boschimans, Hottentots), chez tous sont demeurés intacts des procédés sonores d’une réelle primitivité. Une pareille survivance est d’autant plus extraordinaire qu’elle accompagne souvent d’une diffusion assez large à travers le continent, rien n’y paraît en voie d’extinction, ni rejeté du cours normal de la vie.

1. Percussions
Les musiques d’Afrique emploient un grand nombre d’instruments différents. Les tambours, instruments les plus répandus, sont de formes et de tailles variées. Le corps des tambours peut être fait de bois, de calebasses ou d’argile ; leurs membranes proviennent de peaux de reptiles, de vaches, de chèvres ou d’autres animaux. Parmi les grandes familles de tambours, on trouve des jeux de tambours accordés pour former une gamme et montés sur un cadre, qui sont joués par plusieurs percussionnistes ; les tambours frottés, dont le son provient du frottement de la membrane ; le tambour à tension en forme de sablier, d’Afrique occidentale, que l’on appelle parfois « tambour parlant », parce qu’on peut l’utiliser pour imiter les intonations de la voix. 

Bien qu’ils tiennent une grande place dans les musiques d’Afrique, les tambours sont loin d’être les seuls instruments à percussion couramment employés (voir instruments de musique). On trouve aussi des claquettes, des cloches, des hochets, des gongs fendus, des calebasses, des pots de terre, des bâtons de rythme et des xylophones. Dans la famille des lamellophones, la sanza, instrument que l’on trouve uniquement en Afrique, est formée d’une série de lamelles de métal ou de bambou montées sur une planche ou sur une boîte. Le musicien tient l’instrument entre ses jambes ou le pose sur ses genoux et pince les extrémités libres des lamelles avec ses pouces ou ses index. On trouve des lamellophones dans toute l’Afrique sous les noms de mbira, kalimba ou likembe. 

2. Instruments à cordes
Les instruments à cordes les plus courants en Afrique sont les arcs musicaux, les luths, les lyres, les harpes et les cithares. En Gambie, les musiciens professionnels du peuple mandinka jouent de la kora, une harpe-luth à vingt et une cordes, comprenant un jeu de cordes pincées et un jeu de cordes sympathiques. Le xalam, luth à cordes pincées proche du banjo afro-américain, est un instrument répandu au Sénégal. L’arc musical fait d’une corde tendue entre les extrémités d’une baguette flexible joue un rôle particulièrement important dans la musique traditionnelle des peuples san, xhosa et zoulou en Afrique australe.

3. Instruments à vent
Les instruments à vent africains comptent des flûtes, des sifflets, des hautbois et des trompettes. Les flûtes à bec et les flûtes traversières faites de bambou, de roseau, de bois, d’argile, d’os et d’autres matériaux sont répandues dans toute la zone subsaharienne. Les trompettes, souvent associées à la fonction royale, sont faites de cornes d’animaux ou de bois, et sont également courantes. Les clarinettes des régions de savane d’Afrique occidentale sont faites d’une grosse tige de mil ou de sorgho, avec une anche découpée à une extrémité de la tige. Les instruments à anche double, comme l’algaita des Haoussa, sont originaires d’Afrique du Nord.

Eléments et structure de la musique noire
La musique des Noirs s’oppose à cette du Maghreb par l’abondance des ses répétitions des motifs et polyphonie, par la rigueur de celles-ci, par la relative brièveté des ses phrases, par leur peu d’aptitude à la variation, par leur aisance à entrer dans une construction polyphonique. Toute la musique orientale depuis le Maghreb (et même l’Espagne) jusqu’à l’Inde, est fondé sur le tracé d’une pure arabesque, apparemment indéfinie malgré son morcellement, malgré ses ruptures intérieurs ; quoique beaucoup moins fractionné, le chant grégorien en offrirait un exemple dans la musique occidentale.

Bien que les musiques d’Afrique soient variées, et parfois très différentes les unes des autres, elles partagent néanmoins certains traits communs. Le premier est l’emploi de la répétition comme principe d’organisation. Par exemple, dans la musique mbira des Shonas du Zimbabwe, le musicien établit un motif répété en alternant l’action de ses mains, à partir duquel il développe des improvisations. 

Leur seconde caractéristique commune importante est l’usage de la polyphonie, juxtaposition de plusieurs parties distinctes. Par certains aspects, la musique africaine ressemble à une conversation, dans laquelle se répondent les différentes voix, les parties instrumentales, ou même un seul chanteur frappant dans ses mains. L’un des styles les plus courants est le chant de forme question-réponse, dans lequel le chœur répète un refrain fixe qui alterne avec le chanteur soliste, plus libre d’improviser. 

Les modes d’expression des musiques d’Afrique sont très divers. En Afrique occidentale, on trouve fréquemment des groupes de trois à cinq percussionnistes qui jouent des motifs imbriqués. Dans ces ensembles, chaque musicien emploie une technique de percussion particulière qui permet d’obtenir des hauteurs de son et des timbres (couleur musicale) qui distinguent son instrument des autres. Ces ensembles comprennent souvent des hochets et des cloches de fer que l’on frappe avec une baguette pour produire un rythme de base (appelé ligne rythmique) intégré à la texture dense de l’ensemble, qui aide les percussionnistes à rester synchronisés. 

Dans la musique akadinda pour xylophone, de l’ethnie baganda en Ouganda, deux groupes de trois musiciens se font face de chaque côté d’un xylophone. Le premier groupe joue un motif répété en octaves et, pendant les silences, le second groupe joue un motif imbriqué. Le tempo peut atteindre jusqu’à six cents notes par minute. En Afrique orientale, centrale et australe, des groupes de musiciens jouent sur des flûtes et des trompettes bouchées, chaque musicien jouant une seule note dans un ordre strict. L’alternance des parties crée une riche texture polyphonique. Cette technique instrumentale, appelée « hoquet », était employée dans la musique médiévale en Europe aux XIVe et XVe siècles. Elle joue un rôle de premier plan dans la musique des Bochimans, qui habitent le désert du Kalahari, et dans celle des Pygmées des forêts tropicales d’Afrique centrale. 

Musique vocale
Chez les peuples d’Afrique australe, c’est dans la musique vocale que la polyphonie est la plus élaborée. Dans la musique chorale zouloue, chaque voix entre à son tour dans un cycle continu et se mêle aux autres pour former une texture complexe et changeant constamment. La même technique peut être utilisée pour le chant soliste ; le chanteur saute alors d’un point d’entrée à l’autre pour reproduire l’ensemble de la structure polyphonique. Les musiques d’Afrique emploient des techniques vocales variées. Des idiophones, instruments qui produisent des sons par simple choc ou frottement, sont également couramment utilisés ; ainsi par exemple les sonnailles, les hochets et les membranes, que l’on attache aux instruments (comme le mbira) pour produire un son semblable à un ronflement.

La musique et le divin
De nombreuses religions africaines estiment que le son est le principal moyen qu’ont les dieux et les hommes d’ordonner l’univers. En Afrique occidentale, les percussionnistes jouent un rôle essentiel dans les transes ou les possessions, cérémonies pendant lesquelles les dieux entrent dans le corps des croyants. Un bon percussionniste doit connaître des dizaines de rythmes spécifiques ; il est responsable de la régulation des pouvoirs surnaturels au cours de cérémonies. Au Zimbabwe, les joueurs shonas de mbira créent un environnement sonore qui encourage l’esprit des ancêtres à prendre possession des malades, étape nécessaire de leur guérison. 

Le monde du travail
La musique structure également le travail. Les hommes kpelle du Liberia produisent avec la gorge un son proche du hoquet pour coordonner leurs coups de machette quand ils défrichent les broussailles denses pour planter du riz. Dans les sociétés pygmées qui vivent dans les forêts tropicales d’Afrique centrale, le chant et les appels sont employés pour coordonner les mouvements des chasseurs dans la forêt. Enfin, en Afrique du Sud, les bergers emploient des flûtes et d’autres instruments pour se communiquer les mouvements du bétail.
De l'Afrique à l'Amérique 
Toute la culture musicale Afro-américaine est née de les siècles de servitude subis par les ethnies africaines déportées, pour la majeure partie, de l'Afrique de l'Ouest. Déracinées, elles ont dû re-créer dans le Nouveau Monde, une nouvelle culture issue du phénomène acculturation/enculturation. Cette nouvelle identité créée de toutes pièces a permis à ces différentes ethnies africaines de se souder autour de repères culturels communs, basés sur la survivance des cultures africaines originelles, et dont les religions animistes et les musiques pratiquées par les esclaves, sont d'excellents exemples. Pour le Noir, américain et africain, ces trois domaines que sont la musique, la danse et le chant sont imbriqués si fortement les uns aux autres qu'il désigne ce total comme un seul et unique Art. Les composants de cet Art sont caractérisés par une participation collective, tant de ceux qui jouent la musique que de ceux qui l'écoutent et qui la dansent.  Il faut donc bien se garder de confondre ces trois notions : le " métissage " proprement dit, biologique, génétique ; la symbiose culturelle, qui est le fondement principal de la dynamique des relations entre individus et sociétés ; et enfin l'évolution musicale, qui a ses propres lois, parfois totalement indépendantes des échanges biologiques et culturels. Parler de métissage musical est donc une aberration dans ce cas.  La meilleure preuve, c'est que la plupart des musiques populaires aujourd'hui écoutées dans le monde entier sont issues d'un mélange qui s'est effectué aux États-Unis entre le début du XIXe siècle et celui du XXe. C'est-à-dire dans l'une des rares sociétés où le métissage biologique n'a presque pas existé, où la ségrégation était une règle quasi absolue et sacrée.