Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LNO

LNO

Menu
Mohamed Belmecheri, portrait d'un artisan luthier algérien

Mohamed Belmecheri, portrait d'un artisan luthier algérien

Mohamed Belmecheri est un artisan luthier réputé dans la confection d'instrument de musique en Algérie.

 

Né dans un milieu familial où l’on pratique toutes formes d’art, comme la peinture et le théâtre, le jeune Mohamed se tourne d’abord vers le dessin où il présente des prédispositions évidentes. «Etant jeune, j’aimais beaucoup dessiner, aussi, tout en griffonnant toute sortes de croquis, je dessinais aussi des luths. C’est à l’âge de 18 ans, que je réalise mon premier instrument, fait avec du bois. Fier de ma création, je la montre à un artisan luthier connu dans notre région, le regretté El hadj Djoudi Mabrouk qui me donnera des conseils très éclairés pour son amélioration. Je prends ensuite conseil auprès d’un autre grand luthier, en l’occurrence Hassaïm Abdeldjalil de Tlemcen, qui m’inculque les véritables bases et les méthodes justes pour la fabrication de la kouitra, du ‘oud… Par la suite, je m’envole vers Damas pour parfaire mon apprentissage. Là-bas, je fais des rencontres prodigieuses, notamment celle de Cheikh El Halabi avec qui je découvre les 10 distances du ‘oud et les 3 distances du Qânoun.»

 

En 1982, Mohamed Belmechri fait la connaissance de Hadj Mabrouk El Adjouadi, un pionnier dans l’artisanat et la fabrication des instruments de musique auprès de qui il apprendra les véritables bases du métier. A Telemcen, d’où il tire déjà une partie de ses origines et comme il le précise sa passion de la musique, qu’il a héritée de ses oncles maternels, Mohamed entre en contact avec un autre maître de renom : El Hadj Abdel Djalil Hessaïn. Lequel contribue, grâce aux instructions qu’il lui inculque, à renflouer ses connaissances. Les enseignements fournis par ces deux grands maîtres et spécialistes en la matière ont contribué à forger en lui l’artisan qu’il est devenu à force de persévérer.  

En 1992, il entreprend de se consacrer entièrement à sa vocation. Il adhère alors à la chambre de l’artisanat de Laghouat et fonde, une fois son registre du commerce et son agrément en main, son atelier qu’il baptise «Dar Zeriab» en hommage au grand maître et fondateur de la musique andalouse. Dès lors, il s’atèle à la fabrication des luths, cithares et mandolines ainsi qu’à la réparation de tous les autres types d’instruments musicaux. 

Et dès lors c’est un véritable parcours du combattant que celui entrepris par notre artisan qui déclare que le premier handicap qu’il avait rencontré était l’indisponibilité sur le marché de la matière première. Un handicap qu’il contourne de façon ingénieuse en puisant cette matière sur de vieux meubles. Ensuite il se met à la recherche de vieux meubles et tisse un solide réseau avec les brocanteurs de Laghouat et ses environs. En plus pour sa passion pour le bois, Mohamed Belmechi qui est aujourd’hui marié et père de deux garçons, nourrit un intérêt particulier pour la musique, le dessin et la poésie. Il a déclaré qu’il a descellé les mêmes passions chez son jeune fils qu’il encourage de son mieux à développer ce merveilleux don de Dieu.  

 «Je suis en train d’écrire un livre sur les fondements et les techniques de la fabrication du luth. Et j’ai pu avoir les promesses du directeur de la culture de Laghouat de m’aider à créer une école pour la fabrication des instruments de musique». Un tel projet va permettre à Mohamed de transmettre son métier à d’autres générations pour préserver un patrimoine auquel il consacre toute sa vie et à y assurer la relève.  

Soucieux par ailleurs de donner un autre essor au métier d’artisan de manière générale, Mohamed Belmecheri demande à tous les artisans à l’échelle nationale de se réunir dans le cadre d’une coopérative ou d’une association, pour faire valoir leurs droits et promouvoir leurs produits.  A son retour en Algérie, il multiplie les créations et finit même par obtenir la médaille d’or du président de la République, à l’occasion de la Journée nationale des métiers traditionnels de 2007.

 

Après avoir eu pour clients célèbres le regretté Othmane Bali, maître du Tindé ou encore Mohamed Boulifa, ce luthier espère pouvoir transmettre le fruit de son savoir aux élèves dont il assure la formation dans son modeste atelier de Laghouat.