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Les Meddahates produisent t-elles un art musical typiquement féminin ?

Les Meddahates produisent t-elles un art musical typiquement féminin ?

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Les cabarets et cafés oranais ont longtemps caché l’hédonisme exacerbé de la culture algérienne à l’œil de la morale. Des preuves documentées existent et montrent que le raï est né au milieu des fêtes familiales et des mariages, le premier cercle» du raï constitué principalement de femmes, telles que Zahra Benaouda, Aïcha El Wahrania, Kheira Kendil, Mama El Abassia.

Ces femmes qui vantent les embrasement charnels, les infidélités cruelles, la griserie éthylique, chantent aussi les odes mystiques musulmanes, d'où d'ailleurs leur nom de laudatrice, meddahate. A ce propos, leur répertoire religieux a été largement nourri par les poèmes mystiques de Abdelkader Bentobji (1871-1948), auteur du fameux chant interprété jusqu'à nos jours par les chanteuses et chanteur de Raï, y compris ceux nés en France comme Faudel : Abdelkader ya bou el Aâlem (Abdelkader, l'homme à l'oriflamme) qui est un éloge au saint Sidi Abdelkader El Djilani (XVème siècle), créateur de l'obédience soufie la plus populaire du Maghreb. 

Les Medahattes, parfois appelées cheikhattes ou encore eleabat (dans le Souss marocain) constituent autant d'ensembles musicaux féminins que l'on retrouve dans la culture musicale bédouine, berbère ou citadinisée au-delà pays du Maghreb lors de cérémonies privées et familiales. Pas un scandale sans ces cafés oranais où les femmes de « mauvaise vie » chantent, dansent et plus si affinité. Depuis les années 40 jusqu’à nos jours, trimballant des légendes toujours vivaces, les ambiances de ses palais de la nuit ont su faire exploser les préjugés, consacrant des divas fantasmagoriques, et servant de creuset au raï moderne, cette musique rurale d’origine bédouine qui exprime une société en pleine transformation.

Ces maîtresses (raïssa) du verbe, de la rime et du flow, s'accompagnent d'instruments de musique à percussions, comme la  derbouka, le bendir, daff, tbal ou instruments de musique à vent comme le guellal, la zokra (zurna).

Ces femmes bien que socialement déracinées de leur campagne, sont régulièrement délaissées par leurs époux et deviennent des femmes veuves, divorcées et régulièrement sans ressources qui transmettent une poésie (malhoun) écrite et souvent complexe.

Leur voix donnent au raï ses aspects les plus sensuels en parlant de sexe. Parmis ces chanteuses aux voix sulfureuses citons : Zohra bent OudaSoubria bent Menad, Bnat (les filles de) BaghdadKheira GuendilSnabbiyaFatma el KhademMama el AbassiaCheikha AïchouchZohra el Relizania, cheikha Remitti ou encore Aïcha el Wahrania qui chantera à la fin des années 1920: " Mama tu as le vin mauvais...Et ça te rend querelleur...Tu m’as habituée à tes visites...Puis tu as cessé de venir...Marna qui t’a poussé à me tourmenter...Tu me plonges dans l’inquiétude. "

En raï dit "ancien" dans le langage de DJ branchés de Paris ou en version électrique, ce type de chants fait partie intégrante du tourat (patrimoine féminin), surtout celui des meddahates.

Ces structures musicales féminines se produisent alors essentiellement pour un public féminin lors des fêtes familiales.

Les chanteuses ou chanteurs de raï actuels ont fait leurs classes au sein des meddahates. A l'origine, aucun homme ne se prêtait au jeux des "medahattes" car les Cheikhattes ne chantent exclusivement qu'entre femmes. L'art medahatte demeure un art féminin. 

D'après les descriptions établie dans les monographies de ethnomusicologiques coloniaux du 19ème et 20ème siècles établissaient déjà les descriptions précise que ces femmes se réunissaient déjà lors des lila, en chantant leurs liaisons amoureuses, les plaisirs de la chair, des interdits de la société qu’elles enfreignent, mais surtout étaient des femmes qui exprimaient la liberté à laquelle elles aspiraient...Leur réthorique était plus que féministe, irrévérencieuse et très souvent  crue ou directe.

Parmi les hommes citons Abdou, feu cheb Madona, Houari Manar ou plus récemment El-Houari Sghir faisant partie du mouvement masculin actuel.

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Texte de Mario Scolas, le texte n'est pas libre