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Le fado : un exemple de métissage musical aux influences maures et arabo-andalouses

Le fado : un exemple de métissage musical aux influences maures et arabo-andalouses

Le Fado - chanson des ports, chanson de Lisbonne, est étroitement liée à la mer et à la diaspora portugaise grâce à laquelle elle s'est enrichie de divers apports musicaux (musique européenne, arabe, africaine, brésilienne). Le Fado, pure émotion, vit de ce moment mystique qui se crée entre la poésie, le chant, l’accompagnement musical et le public, moment musical unique, mais universel qui transcende les barrières culturelles, générationnelles ou socio-culturelles. Le fado est l’expression musicale portugaise par excellence et son legs culturel le plus diffusé.

Le fado (du latin fatum, « destin ») est souvent comparé au flamenco espagnol, qui exprime également l’âme d’un peuple, l’odeur de sa terre. Ayant pour origine le lundum brésilien qui est un mélange de rythmique noire et de musique de cour portugaise, le fado a subi par la suite des influences maures et arabo-andalouses.

Le Fado est un genre de spectacle associant musique et poésie, très largement pratiqué au sein de diverses communautés de Lisbonne. C’est la synthèse multiculturelle de danses chantées afro-brésiliennes, de genres traditionnels locaux de chants et danses, de traditions musicales des zones rurales du pays apportées par les vagues successives d’immigration intérieure, et des courants de chant urbain cosmopolite du début du XIXe siècle. Le Fado est généralement interprété par un chanteur seul, homme ou femme, traditionnellement accompagné d’une guitare acoustique à cordes métalliques et de la guitarra portugaise, une cithare en forme de poire à douze cordes métalliques, spécifique au Portugal, qui a également un vaste répertoire solo. Depuis quelques décennies, l’accompagnement instrumental s’est enrichi : deux guitares portugaises, une guitare et une guitare basse. Le Fado est chanté par des professionnels dans le cadre de concerts organisés et dans de petites « maisons du Fado », et par des amateurs au sein de nombreuses associations locales dans les vieux quartiers de Lisbonne. Des cours informels par des interprètes plus anciens et respectés sont donnés dans les lieux traditionnels d’exécution du Fado, souvent sur plusieurs générations successives au sein des mêmes familles. La propagation du Fado par le biais de l’émigration et des circuits de la world music a renforcé son image de symbole de l’identité portugaise, débouchant sur un processus d’échanges interculturels avec d’autres traditions musicales. 


Le Fado patrimoine de l’humanité


Au début de la dictature (1939-1968) instaurée par Salazar, le fado est tout d’abord censuré à cause de son expression trop libre, puis une fraction de partisans de Salazar a vu dans cette musique un moyen de soutenir la dictature en célébrant les thèmes de l’acceptation des volontés divines, l’écrasement de l’attente, le désespoir métaphysique ; un moyen d’inverser dans leur propre intérêt cette musique populaire qui symbolise un temps la dictature portugaise. Amalia Rodrigues est d’ailleurs accusée à cette époque de soutenir le pouvoir en place, mais Mahado Soarés, chef de file de l’école de Coimbra a pris sa défense et dit que le fado « a aussi préparé la révolution d’avril 1974 » (la révolution des Œillets). Le fado, chanson strophique d’origine urbaine à la force pathétique et douce, a survécu aux épreuves du « destin » et reste aujourd’hui encore bien présent dans l’âme des Portugais avec l’essor de nouvelles générations et l’éclosion de nouveaux talents comme Camane ou Jorge Fernando. Le fado reste intimement lié à l’histoire du Portugal contemporain. Les années 90 sont marquées par la redécouvertedu fado par toute une nouvelle génération de musiciens qui contribueront à sa renaissance et à sa reconnaissance sur le plan international. Des fadistas comme Camané, Cristina Branco, Mísia et récemment aussi Mariza comptent parmi les figures de proue de ce mouvement.
Fado português - Fado PortugaisAmalia Rodrigues
Letra José Régio
Traduction : Jean-Charles Rosa

"O Fado nasceu um dia, / Le Fado est né un jour
quando o vento mal bulia / Quand le vent bougeait à peine
e o céu o mar prolongava, / et le ciel prolongeait la mer
na amurada dum veleiro, / dans le rempart d'un voilier
no peito dum marinheiro / dans le coeur d'un marin
que, estando triste, cantava, / qui, étant triste, chantait
que, estando triste, cantava, / qui, étant triste, chantait
Ai, que lindeza tamanha, / Aï quelle grande beauté
meu chão, meu monte, meu vale, / mon sol, ma montagne, ma vallée
de folhas, flores, frutas de oiro, / de feuilles, fleurs, fruits d'or
vê se vês terras de Espanha, / Vois si tu vois les terres d'Espagne
areias de Portugal, / les sables du Portugal
olhar ceguinho de choro. / regard aveuglé de pleurs.
Na boca dum marinheiro / Dans la bouche d'un marin
do frágil barco veleiro, / du fragile voilier,
morrendo a canção magoada, / mourrant la chanson blessée
diz o pungir dos desejos / disent les désires qui commencent à poindre
do lábio a queimar de beijos / des lèvres brûlant les baisers
que beija o ar, e mais nada, / qui embrasse l'air, et plus rien
que beija o ar, e mais nada, / qui embrasse l'air, et plus rien
Mãe, adeus. Adeus, Maria. / Mère, adieu, Adieu, Maria
Guarda bem no teu sentido / Garde bien en toi
que aqui te faço uma jura: / Qu'ici je te te promet :
que ou te levo à sacristia, / De t'emmèner à la sacristie
ou foi Deus que foi servido / Ou c'est Dieu qui sera servi
dar-me no mar sepultura. / me donnant la mer pour sépulture.
Ora eis que embora outro dia, / Bien qu'un autre jour
quando o vento mal bulia / Quand le vent bougeait à peine
e o céu o mar prolongava, / et le ciel prolongeait la mer
à proa de outro veleiro / à la proue d'un autre voilier
velava outro marinheiro / veillait un autre marin
que, estando triste, cantava, / qui, étant triste, chantait
que, estando triste, cantava, / qui, étant triste, chantait 
Le fado, c’est se rendre compte que l’absolu ne fait pas partie de ce monde. Ce n’est qu’une caractéristique du désir humain, son fond fictif. Il tente d’exploiter au maximum cette ambiguïté dans une structure musicale où chaque point de repère est d’abord bien établi pour être ensuite directement relativisé : une ligne de base qui bat rigoureusement la mesure – dar chão – au moyen de la ‘viola’ (guitare acoustique) ou la main gauche du piano, et de la basse,un(e) fadista qui peut chanter contre ce rythme – contracantos, et une guitare portugaise qui se met librement entre chant et section rythmique (cithare anglaise à 12 cordes en forme de flamme datant du 18° siècle, aujourd’hui utilisée que dans le fado). Ainsi se construit un tissu subtil de mélodies qui s’entrelacent et se délient à nouveau, laissant libre cours à l’improvisation.


Le fado est un chant teinté de fatalisme, de nostalgie (saudade) très populaire depuis le milieu du xixe siècle. Sa mélodie comporte huit mesures, notées en 2/4, qui se décomposent en deux parties symétriques. Il est accompagné d’accords classiques de guitare, de rythme syncopé et d’un léger contre-chant de viola. Le fado inspire également la danse et son chant poétique exalte les mélopées douloureuses et rieuses. La sobriété de l’accompagnement instrumental impose aux chanteurs de se donner à corps perdu « jusqu’à ce que la voix fasse mal », selon Maria da Fé, l’une des principales interprètes du fado moderne.  « Le fado appartient à la famille des danses umbigada ( « nombril contre nombril » ) qui a donné naissance à la samba. Avec le fofa et le lundu, il serait l'une des nombreuses versions profanes des manifestations religieuses de terreiro apportée par les bantous du Congo, d'Angola et de Mozambique au Brésil, et nous le verrons bientôt, et au Portugal. Le lundu, dans un processus pour ainsi dire inverse à celui de la génèse du carnaval brésilien, aurait très vraisemblablement été dansé par les Noirs et regardé par les blancs au rythme de percussions africaines comme le batuque et l'agogo.  A côté ou plutôt en profonde interaction avec ces éléments afro-brésiliens, seraient intervenus des éléments chorégraphiques d'origine ibérique : en particulier le fandogo espagnol de Séville, qui appartient au genre du flamenco andalou et dont on peut estimer qu'il était connu au XVIII ème siècle à la fois au Portugal et en Amérique latine. Le fandango, dansé au rythme de la viola est notamment caractéridé par l'ondulation des bras en arc levés au dessus de la tête et les doigts écartés, ce qui est typique des danses méditerranéennes. 

Telles seraient les deux composantes majeures à partir desquelles on peut tenter d'expliquer la généalogie du fado. C'est en tous cas ce qui peut être repéré aussi loinqu'il soit possible de remonter dans le temps depuis le XVII ème siècle jusqu'aux années 1825. Pour mieux comprendre ce processus de métissage et étayer l'hypothèse de la rencontre au brésil du lundu bantou et du thème de la saudade portugaise , un autre élément doit être mentionné : le mot lundu a la même racine que calundu, cérémonie religieuse afro-brésilienne dans laquelle la dimension chorégraphique est importante ainsi que kilundu, divinité bantou secondaire responsable du destin individuel. »
Cf Laplantine F., De Rio de Janeiro à Lisbonne, du fado danse au fado chanté. La question des origines afro-brésiliennes du fado.
Bien écouter le Fado
Dans cet univers où les frontières de la scène s'effacent, on invite l'étranger à s'associer au rituel, en lui rappelant : « N'est pas fadista seulement celui qui chante, mais aussi celui qui sait écouter ». Mais les gens de fado - ceux qui côtoient le fado au quotidien - défendent l'unité inaltérable de leur chant, soudé par une appréhension particulière des choses de la vie : une « Étrange manière de vivre », qui se perpétue depuis l'apparition du fado, dans le second quart du XIXe siècle. Pour bien écouter, comprendre et sentir l’esprit du fado, deux conditions sont essentielles. La première est le silence absolu. La deuxième est la lumière. Il est important de tamiser la lumière au plus bas ou encore mieux, de n’utiliser que des chandelles sur les tables. Cela fera ressortir encore plus la musique de la « viola », de la « guitarra » et surtout, la voix des « fadistas ». Aussi, de cette façon, on gardera l’intimité de la soirée.
Fado (translated as destiny or fate) is a music genre which can be traced from the 1820s in Portugal, but probably with much earlier origins. In popular belief, fado is a form of music characterized by mournful tunes and lyrics, often about the sea or the life of the poor. However, in reality fado is simply a form of song which can be about anything, but must follow a certain structure.
The music is usually linked to the Portuguese word saudade (that has no match in English but it could be understood as nostalgia felt while missing something or someone important), a word describing a sentiment. The word "pine", sharing the same root as the Portuguese word "pena" (which has evolved to express the feeling of being sorry for someone) seems to describe the meaning of the word saudade only in very crude terms as a feeling of nostalgia, or longing, which is agreed by translators not to be an accurate description. Furthermore, because the word "pine" is actually a verb in English whilst saudade is simply a noun, any translation using these two words would be inaccurate.

Some enthusiasts claim that fado's origins are a mixture of African slave rhythms with the traditional music of Portuguese sailors and Arabic influence.

There are two main varieties of fado, namely those of the cities of Lisbon and Coimbra. The Lisbon style is the most popular, while Coimbra's is the more refined style. Modern fado is popular in Portugal, and has produced many renowned musicians. According to tradition, to applaud fado in Lisbon you clap your hands, while in Coimbra one coughs like if clearing one's throat.

Mainstream fado performances during the 20th century included only a singer, a Portuguese guitar player and a classical guitar player but more recent settings range from singer and string quartet to full orchestra.