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Le Congrès du Caire de 1932

Le Congrès du Caire de 1932


A la fin des années 1920, au Caire, les mélomanes constatent la décadence de la musique classique arabe. Assouplissements, corruption, inculture, disent-ils, appelant de leur voeux un modernisme inspiré de la musique occidentale, déjà largement diffusée au Caire. La ville possède un opéra et plusieurs écoles de musique. Accompagnant l'émergeance des mouvements nationalistes panarabes, musiciens et musicologues cherchent à créer un mode, ou maqâm, unique pour tous les pays de la zone (l'équivalent, en tant que principe unificateur de la gamme occidentale. Les traditions de ces pays différemment pourtant profondément. Le maqâm permettrait de jouer différemment une musique identique de Damas à Marrakech, de Tunis au Caire. Poussant le jeu plus loin, certains théoriciens proposent de mettre au point une échelle tonale universelle, utilisée à la fois par l'Orient et par l'Occident.

Fin 1929, le gouvernement égyptien inaugure l'Institut Oriental de Musique, et le roi Fouad décide de marquer le coup. "Tous les  compositeurs, tous les musiciens ambulants et tous les improvisateurs de l'Islam y seront convoqués avec leurs instruments de musique. Nous débattrons du meilleur moyen de développer le meilleur le génie musical de nos races, en conservant les vieilles traditions tout en suscitant de nouvelles originalités créatrices". Sachant  également que les théories musicales de ces cultures sont différentes (le congrès du Caire (en 1932) a mis en évidence des disparités sensibles dans les échelles (toutes non tempérées), et dans le moyen de les construire), les instruments  de musique montrent des particularités selon l'aire d'usage, utilisant des gammes propres chacune à ces musiques respectives (par exemple dans la flûte ney les micro intervalles nécessaires pour rendre parfaitement ces échelles sont obtenus en éloignant légèrement la flûte de l'axe de la bouche). La justesse obtenue est remarquable de précision, c'est d'ailleurs indispensable puisque la mélodie dans la modalité non tempérée ne supporte pas d'approximations s'agissant de la justesse. Le Congrès du Caire de 1932, qui constitue une avancée majeure dans l'histoire de la musique arabe, contribue, tant bien que mal, à la standardisation d'un système modal reconnu par toutes les musiques arabes. Le système proposé au Congrès est basé principalement sur une échelle générale de vingt quatre notes à distance de quart de ton. Mais cette normalisation n'admettant qu'un seul référencement tendrait à négliger les spécificités locales de chacune de ces musiques.

Le roi demande au Baron Rodolphe d'Erlanger de mettre sur pied le premier concrès Congrès de musique arabe, qui s'ouvre le 28 mars 1932. Il y travaille avec l'aide de musiciens tunisiens et proche-orientaux ainsi que du baron Carra de Vaux. Malheureusement, sa santé ne lui permet pas de se rendre au Caire pour participer au congrès et il décède le 29 octobre de la même année.

Ce rassemblement a permis de constater que l'échelle musicale utilisée par les musulmans orientaux est foncièrement différente de la gamme en usage chez les musulmans du Maghreb. Ces derniers - sans doutes au contact avec de l'Europe durant leur séjour en Espagne - ont adopté une échelle sensiblement analogue  à la gamme dite naturelle que l'oeuvre de Jean Sébastien  Bach et l'usage des instruments à clavier ont rendu tempérée du contraire des Turcs, des syriens, des irakiens, et les égyptiens demeurés fidèles à des habitudes millénaires qui ont conservé un goût prononcé pour des intervalles inférieurs au demi ton.


Le Congrès du Caire de 1932, qui constitue une avancée majeure dans l'histoire de la musique arabe, contribue, tant bien que mal, à la standardisation d'un système modal reconnu par toutes les musiques arabes. Le système proposé au Congrès est basé principalement sur une échelle générale de vingt quatre notes à distance de quart de ton. Mais cette normalisation n'admettant qu'un seul référencement tendrait à négliger les spécificités locales de chacune de ces musiques. (Mohammed Zied Zouari - Projet de thèse : L'évolution du langage musical tunisien à travers le temps. L'impact du Congrès du Caire de 1932).

 Dans le Proche-Orient arabe, la musique traditionnelle, savante et populaire, s'étend sur un espace géographiquement vaste et hétérogène et touche plusieurs millions d'êtres humains. Des traditions populaires, régionales ou trans-régionales, côtoient de grandes traditions savantes qui sont aussi bien panarabes, comme les mouashah, interprétés dans tous les centres urbains, que locales, propres à des centres urbains particuliers, comme Alep, Damas, Bagdad, Mossoul, ou d'autres cités qui représentent chacune une école, avec des caractéristiques et un style reconnus. En général, une différence de perception avec le monde moderne se situe d'abord au niveau de la définition même de la musique. La musique traditionnelle est enracinée dans une vaste réalité sociale et culturelle aux significations complexes, dans laquelle l'aspect sonore n'est qu'un élément aux côtés des éléments poétiques et gestuels. Être ensemble, communiquer et transmettre l'émoi, vivre la créativité esthétique en groupe est essentiel pour la musique dans les sociétés arabes. Ces conceptions contribuent à transmettre les valeurs, les préceptes sociaux, spirituels et esthétiques. (Tradition et modernisme, Le cas de la musique arabe au Proche-Orient - Schéhérazade Qassim Hassan Paris ).

 

 

Cheikh Hadj Larbi Ben Sari (1863-1964); musicien, compositeur algérien, pédagogue, figure emblématique, il fut le doyen de la musique arabo-andalouse algérienne et fut invité à ce congrès où il fit entendre les œuvres de l'école de Tlemcen, inspirées, par la musique gharnati.



Bibliographie
  • Bartók, Béla, with contributor Benjamin Suchoff (1992). Music/History and criticism series. University of Nebraska Press. ISBN 080326108X.
  • Danielson, Virginia. "Musique Arabe: Le Congres du Caire de 1932 by Philippe Vigreux." Yearbook for Traditional Music, vol. 26 (1994), pp. 132-136.
  • Musique arabe: Le congres du Caire de 1932. Cairo: Cedej, 1992.
  • Racy, A. J. (2003). Making Music in the Arab World: The Culture and Artistry of Ṭarab. Cambridge University Press.
  • Shannon, Jonathan Holt (2006). Among the Jasmine Trees: Music and Modernity in Contemporary Syria. Social life and customs series. Middletown, Connecticut: Wesleyan University Press. ISBN 0819567981.
  • Mohammed Zied Zouari.  L’évolution du langage musical tunisien à travers le temps. L’impact du Congrès du Caire de 1932: Directeur de thèse : Nicolas Meeùs

Discographie

  • 1988 - Congrès du Caire, 1932: musique arabe savante & populaire / Muhammad al Qubbanji, Dawud Hosni, Muhammad Ghanim, etc. 2 CDs made from historical recordings in the occasion of Cairo Congress in 1932: v. 1. Musique savante de Bagdad/Irak; Musique populaire/Égypte -- v. 2. Musique citadine de Tlemcen/Algérie; Musique savante de Fès/Maroc; Musique citadine de Tunis/Tunisie. Includes a special booklet in Arabic, English, and French. Paris: Édition Bibliothèque Nationale - L'Institut du Monde arabe (Ma'had al-'Alam al-'Arabi), APN 88-9,10.
  • 1989 - Maroc: Musique Classique / Congrès du Caire 1932 Cheikh Mohamed Chouika and Omar Jaïdi / Moroccan famous musicians. Paris: Club du Disque Arabe/Artistes Arabes Associés AAA006.
  • 1994 - Le Maqam en Iraq vol. I Congres du Caire 1932 / Mohamed Elkabandji / Iraqi singer Mohamed Elkabandji (b. 1901), et al. Paris: Club du Disque Arabe AAA087.
  • 1994 - Malouf Tunisien: La Musique Classique Tunisienne - Congrès du Caire 1932. Tunisian classical music performed by Mohamed Ben Hassan and Mohamed Cherif. Paris: Club du Disque Arabe AAA094.
  • 1994 - Le Maqam en Iraq vol. II Congres du Caire 1932 / Mohamed Elkabandji / Historical recordings of Iraqi Mohamed Elkabandji (b. 1901), et al. Paris: Club du Disque Arabe AAA097.
  • 1995 - Musique Classique Arabo-Andalouse - ECOLE DE TLEMCEN Congrès du Caire 1932 / ELHADJ ELARBI BENSARI et RODWANE. Historical recordings of Algerian El Haji El Arabi (1857-1954) and his son Rodwane. Paris: Club du Disque Arabe AAA098.



Voir aussi